
Tous les 31 décembre, depuis le début des années soixante, à 20 heures, sur les écrans des téléviseurs apparaît la façade du Palais de l’Élysée. Le Président de la République française présente ses vœux de Nouvel An aux Français.
Ce qui change
Les présidents passent, la mise en scène change. Le président Coty s’adresse à des « Chers amis » en 1957. De Gaulle est à son bureau, en plan rapproché. Il souhaite avec gravité et hauteur une « Bonne année à la France ». Giscard d’Estaing s’assied au coin du feu dans un fauteuil confortable, parfois avec son épouse, Anne-Aymone. Il emploie un ton qui se veut proche des gens : « Adieu donc 1974, et salut à toi 1975. » « Mes chers compatriotes », dit François Hollande. Le traditionnel « Vive la République et vive la France » n’est pas si ancien que cela. En effet, c’est à partir de Jacques Chirac que les vœux se terminent ainsi.
Ce qui ne change pas
Un certain aveuglement s’empare de nos chefs d’État au moment de prononcer les vœux.
Le 31 décembre 1967, le général de Gaulle dit : « C’est vraiment avec confiance que j’envisage pour les douze prochains mois, l’existence de notre pays. … L’année 1968, je la salue avec sérénité, et même satisfaction… [qu’elle] fasse honneur à la France. » On sait ce qu’il en a été, mais nul n’est prophète en son pays* ; pas même le visionnaire de l’appel du 18 juin. Personne n'avait vu venir les événements de mai 1968, cela laisse un peu d’espoir face à nos prévisionnistes pessimistes actuels.
Pompidou, quatre mois avant sa mort, dit : « Soyons résolus et le ciel s’éclaircira. »
De même, quand Mitterrand s’apprête à quitter l’Élysée après 14 ans au pouvoir, il fait des promesses qui n’engagent que ceux qui l’écoutent : « L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai… Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Lucidité
Sur un point, on ne peut leur reprocher une certaine lucidité : Giscard reproche aux Français de faire preuve de « critique incessante », Mitterrand d’être « prompts à la querelle » et Macron d’être des « Gaulois réfractaires ».
Nos braves Gaulois n’ont guère fait mentir ces constats… Mais, puisque l’avenir n’est pas écrit par nos hommes politiques, faisons mentir les prévisions et acceptons de changer les choses.
*Luc 4.24 et Marc 6.4