
Mort il y a 350 ans, ce grand illustrateur a photographié son siècle.
Abraham Bosse (vers 1604-1676), originaire de Tours, est élevé dans un milieu protestant. En 1633, il s’établit à Paris, près de la place Dauphine, où il travaille chez le graveur Melchior Tavernier, lui-même protestant. Il y côtoie ses coreligionnaires, les peintres Sébastien Bourdon, Louis et Henri Testelin, tous trois futurs membres de l’Académie royale de peinture. Il reçoit les conseils de Jacques Callot, un autre graveur prolifique.
Scientifique
Passionné par les mathématiques, la géométrie et le travail sur la perspective, il va franchir les barrières du savoir et accéder à la fréquentation de cercles scientifiques. Il enseigne la perspective à l’Académie de peinture.
Graveur
Abraham est un bosseur. Son œuvre de graveur est extrêmement variée et le conduit à répondre à toutes sortes de commandes : portraits, allégories, scènes de genre, scènes religieuses, et gravures de plantes pour le recueil dit « Les Plantes du Roi ».
Ses gravures sont très célèbres, même si son nom est souvent oublié. En effet, elles ont servi d’illustration pour les « Lagarde et Michard », manuels de littérature française qui ont accompagné plusieurs générations d’élèves et de professeurs, depuis la publication du premier volume en 1948 jusque dans les années 1990.
Illustrateur de la Bible
Bosse est conduit à illustrer, dans les années 1640, la Bible en français. Il se plaît alors à transposer les scènes de l’Évangile dans la société française de son époque, avec des intérieurs, des costumes et des objets qui sont ceux de son temps. Notamment pour la série sur la parabole des vierges sages et des vierges folles et celle du fils prodigue. Ceci pour une raison profonde : montrer l’actualité des textes bibliques.
Père de famille
Il manifeste une attention aiguë aux menus objets de la vie quotidienne : une approche de la « poésie de la vie » et une prédilection pour les scènes de la vie familiale. L’artiste lui-même est père d’une famille nombreuse.
On la retrouve dans « La Bénédiction de la Table » (vers 1635), qui est une de ses plus célèbres estampes. Au milieu de la salle, un homme joint les mains. Son épouse, les enfants, un serviteur l’entourent, immobiles et graves, les mains jointes. La pièce est largement ouverte sur l’extérieur, mais l’atmosphère est recueillie. On voit au mur les « Dix commandements ». Cette « signature discrète » du graveur huguenot nous est adressée comme un clin d’œil par-delà les siècles.