Aumônier d’hôpital

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Une personne sur deux meurt aujourd’hui à l’hôpital. L’aumônier y joue un rôle irremplaçable.
Aumônier d’hôpital

Quelle est votre mission ?

Nous sommes présents au chevet des malades pour un accompagnement spirituel et religieux. Durant le temps d’hospitalisation nous accompagnons la vie, et la vie jusqu’à la fin s’il le faut.

Comment les choses se présentent-elles concrètement ?

En règle générale, je me présente à la demande du malade ou de la famille. C’est parfois le cadre du service, voire le psychologue, qui propose le passage d’un aumônier s’il observe une détresse spirituelle. Beaucoup de gens, s’ils sont en fin de vie, ressentent le besoin de décharger leur conscience, pour partir en paix. Ils peuvent avoir des interrogations sur Dieu, sur une transcendance qu’ils ne nomment pas toujours, besoin aussi de trouver du sens.

Êtes-vous toujours bien reçu ?

Le plus souvent oui, mais la présence de l’aumônier est parfois redoutée. Pour beaucoup, il est encore perçu comme le prêtre qui vient à la dernière heure pour donner l’extrême onction.

Que rencontrez-vous comme situations ?

Si certains ouvrent leur cœur, d’autres, forts de leurs convictions, n’ont aucun doute : « Après la mort il n’y a rien, c’est fini on va tous y passer, on vit puis on meurt, c’est absurde mais c’est comme ça ! » Ils meurent comme ils ont vécu. Certains sont amers et en veulent à la terre entière, voire à Dieu s’il existait.
Un seul regret, partir les mains vides, laisser leur labeur aux « rapaces ». Il faut qu’ils crient leur rage. L’aumônier, venu juste prendre de leurs nouvelles, peut en faire les frais.
Parfois c’est un chrétien à la foi fragilisée par l’épreuve de la souffrance, une colère ou une révolte jusqu’ici contenues, il faut que ça sorte. La plainte est aussi une forme de prière que Dieu accueille.
Il m’arrive aussi d’aider certains à dépoussiérer une foi enfouie sous une tonne de traditions et de religiosité sans fondement et que la maladie met à nu.

Avez-vous observé des constantes devant l’imminence de la mort ?

Il n’y a pas deux fins de vie semblables. Durant mes huit années d’aumônerie, j’ai pu observer différentes réactions. Que l’on soit croyant ou pas, lorsque la grande faucheuse arrive, on est pris, voire surpris par une forte angoisse. C’est toujours trop tôt, tant de choses sont restées inachevées. Sans compter les rêves brisés, le remord des priorités mal placées. Succèdent alors des émotions comme la colère, un sentiment d’injustice, le moral au plus bas. On peut assister aussi à un flot de paroles et de silences baignés de larmes de joies ou de regrets. Une souffrance morale supérieure à la souffrance physique que les antalgiques ne peuvent soulager.
Il peut arriver qu’une personne ressente un apaisement, un mieux même physique. Elle prend alors le temps de revisiter sa vie, de mettre de l’ordre dans ses affaires. Elle écrit ses dernières volontés mais garde néanmoins toujours l’espoir d’un dernier traitement. Devant le dépouillement, l’essentiel émerge : l’amour des siens, que deviendront-ils ? Y a-t-il quelque chose après la mort ?
L’angoisse existentielle est encore plus profonde si la vie a toujours été noyée dans la foule des activités et des loisirs.

Et la famille dans tout ça ?

Parfois elle dissimule la vérité, faisant bonne figure au chevet du malade : « Il ne faut surtout pas lui dire ! » Ou alors, on me dit : « Il ne faut pas qu’il vous voie, autrement il comprendra ! » C’est dommage de passer à côté d’une relation authentique qui aide l’un et l’autre à faire son deuil. À ce moment, j’accompagne surtout les proches pour les aider à dépasser leurs faux-semblants.
J’ai pu néanmoins remarquer que le mourant joue parfois le même jeu, ne voulant aucun apitoiement sur son sort de la part des siens.
Parce que je suis étranger à sa famille, il me parlera plus facilement et me dira le fond de sa pensée.

Quelle est votre attitude devant le malade ?

Je l’écoute toujours avec attention dans un silence respectueux calculant la bonne distance pour ne pas me laisser submerger par l’émotion. Dans le respect de sa spiritualité, je chemine à ses côtés en lui tenant la main, lui murmurant qu’il n’est pas seul.
Quand je vois que la personne est prête, je lis des psaumes d’espérance, des promesses de l’Évangile comme cette scène où Jésus dit aux sœurs de Lazare, mort depuis quelques jours : « Je suis la résurrection et la vie... Celui qui place toute sa confiance en moi vivra, même s'il meurt. »
J’aime aussi rappeler la Passion du Christ qui, dans l’angoisse, s’identifie à nous et s’abandonne à la volonté de son Père.

Faites-vous une différence selon que la personne est chrétienne ou pas ?

Avec les non-chrétiens je me dois d’être simplement là, dans un soutien émotionnel et spirituel. J’invite la famille à parler au malade pour le rassurer et l’assurer de l’amour des siens. Nous lui parlons même s’il semble inconscient. Je cherche à détendre l’atmosphère par des questions débouchant sur des anecdotes, de beaux souvenirs.
Seul avec la personne, je chercherai à établir une relation de confiance où elle explorera son passé, parlera du présent, s’ouvrira peut-être au futur. Le contenu de l’entretien orientera mon cheminement à ses côtés, dans le non-jugement mais avec une valorisation de l’empreinte laissée.
J’évite de précéder la personne ou de la tirer vers ma conception chrétienne de la vie. Elle pourra m’interroger sur ma foi si elle le désire mais mon rôle n’est pas de sauver des âmes de l’enfer. C’est un accompagnement spirituel et non religieux dans ce cas. Si elle me parle de sa croyance, je pourrai lui proposer un aumônier de sa confession.
Si la personne est chrétienne, en plus du soutien spirituel elle sera accompagnée par tous les rituels qui ont jalonné son existence. Lectures des textes bibliques, sources de réconfort, la prière, la cène, des cantiques, afin qu’elle soit renouvelée intérieurement et qu’elle saisisse la paix que Dieu lui offre.

L’attitude d’une personne devant la mort est-elle différente si elle est croyante ?

Oui. Il y a des contrastes saisissants. En général, elle a hâte d’être débarrassée de son corps meurtri parce qu’elle sait qu’elle va rejoindre son Seigneur. Après l’angoisse et l’incompréhension, elle accepte cette paix divine indescriptible. Elle aura préparé son départ avec des textes bibliques, des chants prévus pour son enterrement.
Je suis toujours impressionné par ce détachement des choses terrestres et le regard tourné vers cette nouvelle vie tant espérée. La présence de Dieu est alors presque palpable dans la chambre. Cela console grandement la famille.
Le personnel médical voit lui aussi la différence avec ceux qui ne croient en rien. C’est une vraie source de réconfort et de paix, partagée sans hésitation avec les soignants. Alors le médecin dira avec émotion : « Il est parti ! »
Pour aller plus loin
Matthieu 26.36-46 ; Jean 11.25 ; Psaumes 13 ; 22 ; 23 ; 73 ; Lamentations de Jérémie 3 ; 2 Corinthiens 5.8



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