Les caractéristiques d’une Eglise qui grandit

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Par Lord George CAREY, ancien archevêque de Cantorbéry (1)

Quand il a écrit ces lignes, George CAREY était évêque anglican. Il donna cet exposé sur la croissance de l’Eglise à différents endroits de son diocèse (Bath and Wells). La même année, il fut élu archevêque de Cantorbéry, une charge qu’il exerça de 1991 à 2002.

Pourquoi relire un document si ancien ?

1 ° Parce que la situation de l’Eglise réformée ressemble souvent à celle de l’Eglise d’Angleterre il y a 30 ans. Bon nombre de nos paroisses ressemblent aux Eglises de moins de 25 membres dont il est fait mention ici.

2 ° Parce que l’aveu d’échec, exprimé par un si haut responsable, est certainement un élément-clé du renouveau de l’Eglise, lorsqu’il est accompagné, comme nous le constatons ici, d’une prière persévérante. Nous croyons que cette attitude spirituelle - humilité et prière - est un des moteurs du renouveau de l’Eglise anglicane que nous constatons avec reconnaissance. Elle nous encourage nous aussi à ne pas nous borner à expliquer la désaffection de nos paroisses par des analyses sociologiques ou à chercher de nouvelles stratégies qui marchent mais à nous tourner résolument vers Dieu.(Ndt).

 Les caractéristiques d’une Eglise qui grandit

Commençons par rappeler la situation de l’Angleterre en ce qui concerne la foi chrétienne. Que cela nous plaise ou non, le fait est que nous sommes, à l’échelle mondiale, un reliquat de christianisme. Nous pouvons nous targuer d’avoir donné le christianisme au monde au travers du mouvement missionnaire, mais nous ne sommes plus que l’ombre de l’Eglise vigoureuse que Dieu voudrait que nous soyons.

Une statistique récente de la Société biblique le révèle froidement : il y a en Grande-Bretagne 43'000 Eglises de toutes dénominations et le christianisme organisé a perdu 60'000 membres par année depuis la guerre. Cependant, l’image est toute différente quand on regarde le monde entier : on constate que l’Eglise est en train de grandir au rythme de 80'000 nouveaux chrétiens par jour ! Ces Eglises qui grandissent nous interpellent par leur vie, leur richesse et leur foi audacieuse qui refuse tout compromis. Une autre statistique intéressante nous apprend que 37% de toutes les Eglises protestantes ont moins de 25 membres. Trente-sept pourcents ! C’est un pourcentage significatif. Si nous parvenions à donner une vision de la croissance à une petite Eglise – comme à l’Eglise tout entière – nous ne nous retrouverions pas dans une situation de mort imminente mais dans une situation de vie, dans laquelle les Eglises retrouveraient leur mission et leur raison d’exister. Alors quelles sont les caractéristiques d’une Eglise qui grandit ?

Une Eglise qui grandit est disposée à faire face à des nouvelles qui dérangent

Nous ne sommes pas toujours honnêtes avec nous mêmes. Je suppose que c’est typique de la nature humaine. Nous avons souvent entendu les porte-paroles du gouvernement dire à propos de l’économie : « Oui, l’inflation est mauvaise, les taux sont trop élevés mais la tendance générale est bonne ! » J’entends parfois les hommes d’Eglise dire : « Nous avons de bonnes communautés paroissiales, habituellement une centaine de personnes ». Mais la réalité sur le terrain peut-être très différente : cinquante ou soixante paroissiens dans les bons jours. On confond ainsi nos désirs avec la réalité ! Nous aimerions être une centaine régulièrement mais ce n’est pas le cas. A mon sens, il doit y avoir une honnê teté réaliste à propos de nos minist ères de manière à ce qu’on puisse prier pour une réelle croissance et s’attendre à la voir arriver. Pour le dire autrement, il doit y avoir une sainte insatisfaction à propos du travail que nous accomplissons pour l’instant. Nous devons admettre que quelle que soit la qualité de nos prestations, nous sommes tous en situation d’échec parce que nous touchons seulement une minorité de la population. J’insiste donc sur le réalisme comme première condition pour la croissance. Sommes-nous réellement prê ts à être honnêtes devant Dieu et à dire : « Nous avons failli à notre devoir envers toi et nos ministères sont truffés d’échec » ? Nous déguisons souvent la vérité à nos yeux, sans parler de ceux de Dieu. Notre mission commence par une analyse de ce que nous faisons réellement, pas de ce que nous aimerions faire.

Une Eglise qui grandit se préoccupe de la mission de Dieu et non de sa propre existence

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1. Cet article est tiré du livre de George Carey, I Believe , Londres, SPCK, 1991. Il a été traduit par Gérard Pella. Nous n’ignorons pas que la justice anglaise a reproché à George Carey de ne pas avoir dénoncé les abus sexuels commis par l’un de ses évêques. Selon The Guardian du 13 juillet 2018, George Carey a accepté cette critique et présenté sa démission d’évêque honoraire. Cette façon de gérer les abus - typique de nombreux responsables d’Eglise de cette période - nous parait grave. Elle ne nous semble cependant pas de nature à discréditer tout ce qui a été dit ou fait par George Carey.

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