19 juin 1881. Joseph Taquet : un cas de conscience!

publié le 19 June 2022 à 00h01 par José LONCKE

19 juin 1881, affaire du caporal Joseph Taquet, soldat et baptiste en service commandé qui refusa s’agenouiller devant le saint sacrement au terme de la procession de la Fête-Dieu, à Laon, en 1881. Désobéissant à "la loi du IX Messidor" stipulant que tout soldat réquisitionné pour l'accompagnement d'une procession devait s'agenouiller devant l'hostie, il fut emprisonné. L'affaire fit grand bruit, alla jusqu'au Parlement qui, après bien des débats, abrogea la loi.

Voilà ce qu’en écrit le pasteur Aimé Cadot dans ses ses Notes et Récits :  

LE GENDARME DECHY ET LE CAPORAL TAQUET (1858-1936)
C’est vers cette époque, où la police était dure pour nos chers frères, que l’un des membres de l’Eglise baptiste de Chauny, le gendarme Déchy, à Soisson, fut mis en prison à cause de sa foi. Cet homme de Dieu, que nous avons beaucoup connu et aimé, rendait un fidèle témoignage à son Sauveur par ses discours et par ses œuvres. Citoyen sobre, intègre, irréprochable et profondément attaché à l’Evangile, il ne plaisait pas à tous ses collègues.

« Le serviteur n’est pas plus que son maître ». –

Or, il arriva que la veille d’une cérémonie de fête-Dieu, son brigadier lui dit :

« Déchy, demain vous serez de service à la procession, à la cathédrale et dans les rues ».

Notre frère, sachant que cette corvée l’appellerait à s’agenouiller pour l’adoration de l’hostie, fut très ému et, avec des tremblements dans la voix, il pria, il supplia son chef de vouloir bien le dispenser de ce service. Il s’offrit à faire n’importe quoi de pénible ou d’ennuyeux plutôt que cela. Il exposa au brigadier que sa foi évangélique ne lui permettait pas de faire des génuflexions comme celles qui seraient requises de lui, et qu’il ne voudrait pas manquer à l’obéissance due à ses chefs, mais qu’il ne pourrait pas renier l’Evangile pour se soustraire à la punition qu’il allait encourir, s’il ne s’agenouillait pas au commandement de son brigadier. Mais celui-ci fut dur et inflexible, et ne tint aucun compte des prières de Déchy.
Le lendemain, notre frère, après avoir prié Dieu de lui donner la grâce d’être fidèle au Sauveur crucifié pour lui, alla à la procession en compagnie de deux ou trois autres de ses collègues.

Mais quand dans la cathédrale, en face de l’évêque, de son clergé et de tous les catholiques présents, le prêtre officiant leva l’hostie pour la présenter à l’adoration des fidèles, et que le brigadier cria :
- « Genoux terre ! » notre frère Déchy resta debout.
Ainsi, il avait refusé d’obéir !
C’était très grave pour lui.

Le chef fit un rapport dénonçant son subordonné.
Celui-ci devait, par suite de sa désobéissance, passer devant un Conseil de guerre.
Mais comme c’était un excellent gendarme, qui n’avait désobéi que cette fois-là, pour ne pas fouler aux pieds sa conscience ; qu’en outre, il avait, à l’avance, prévenu son brigadier… il ne fut condamné qu’à trente jour de prison…mais sans Conseil de guerre.


De Soissons, notre frère Déchy fut envoyé à Tergnier. Ce fut pour lui comme une récompense du Ciel ; car là entre Chauny et La Fère, il put s’encourager avec ses frères, quand son service lui permettait de les visiter. Quand il obtint sa retraite, il se retira à Rheims, où il devait avoir une place de gardien dans l’usine de M. Holden, homme de Dieu, auquel il nous présenta et qui nous aida de sa bourse, quand nous bâtîmes le Temple de La Fère. – Il mourut quelques années plus tard, puis son cher fils, qui laissa des enfants, puis Madame Déchy, qui avait été soutenue par sa sainte foi dans ses épreuves. – Leur souvenir nous est doux et nous encourage.
Par son refus d’adorer l’hostie de Rome, notre frère Déchy avait le premier préparé le changement, qui fut apporté plus tard, à la loi qui forçait les soldats sous peine du Conseil de guerre, à prendre part aux cérémonies romaines, dont tout militaire peut, maintenant, être dispensé s’il ne se sent pas libre d’y figurer.


La loi d’alors fut abrogée lorsqu’un autre de nos frères baptistes, le caporal Joseph Taquet, aussi forcé par son adjudant major du 45e de ligne à Laon, d’aller processionner, pria son chef, au nom de Dieu et de sa conscience, de vouloir bien le dispenser de ce service.
L’adjudant refusa.
Notre frère suivit la procession (le 19 juin 1881), mais ferme et fidèle il ne s’agenouilla pas non plus au commandement de plier le genou. – Son colonel le condamna aussi à trente jours de prison. Mais notre député de Chauny, M. Fouquet, et celui de la famille Taquet, M. Gérard, de Valenciennes, saisirent le ministre de la Guerre de la question. Le Sénat et la Chambre s’en occupèrent, et Joseph, notre pieux frère, ne passa pas non plus devant le Conseil de guerre.


En outre, il fut décidé, comme nous l’avons dit, que désormais les soldats, pour qui ce serait un cas de conscience de ne pas assister à  certains services religieux, en seraient dispensés sur leur demande.


Par sa fidélité, notre ami Joseph Taquet fut l’instrument de la conversion de l’un de ses camarades nommé Marquer, qui plus tard devint son beau-frère.

19 juin 1881. Joseph Taquet : un cas de conscience!

Cathédrale de Laon

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