4 avril 1609. Le prophète de la pomme de terre et de la tulipe

publié le 4 April 2016 à 00h01 par José LONCKE

4 avril 1609. Mort de Charles de l’Ecluse dit Clusius (1526-1609), médecin et Botaniste du 16ème siècle, considéré comme "le prophète" de la pomme de terre et de la tulipe.

4 avril 1609. Le prophète de la pomme de terre et de la tulipe

Cet Arrageois de souche mort à l'âge de 84 ans à Leyde est né le 19 février 1526, à Arras, dans une famille noble, attirée très tôt par la foi protestante. Il signera d'ailleurs ses lettres et ses ouvrages «Carolus Clusius Atrebatum», Charles de l'Escluse l'Artésien.

Charles de l’Ecluse entame ses études de droit à Gand puis à l'université de Louvain. En 1548, il part pour Marbourg, avant d'aller à Wittenberg suivre l'enseignement de Melanchthon. Sur les conseils de celui-ci, il abandonne le droit pour l'étude de la médecine et de la botanique. En 1551, il étudie la botanique à Montpellier sous la direction du célèbre médecin Guillaume Rondelet (1507-1566), qui l'héberge chez lui durant trois ans, en qualité de secrétaire. En 1557, il traduit en français l'herbier de Rembert Dodoens (1517-1585) : "Histoire des plantes".

Ses études achevées, Charles de L'Écluse occupe des fonctions variées. En 1573, l'empereur Maximilien II (1527-1576) le nomme médecin de cour et responsable du jardin impérial. Grâce à cette protection, il peut voyager dans toute l'Europe, rassemble de nombreuses observations et réunit de nombreux spécimens de végétaux,

En 1588, il reçoit du gouverneur de Mons un tubercule encore mal connu, ramené du Pérou par des missionnaires et dont le pape Pie IV se servait pour soigner ses rhumatismes. Ce tubercule, à la chair ferme et blanche, allongé et rouge, de la taille d’une noix, et à qui Charles de L'Écluse donne le nom de "papas des Péruviens", n’est autre que la pomme de terre. Frappé par la vigueur et la faculté prolifique de cette nouvelle plante, Charles de L’Écluse, qui connaît l’usage culinaire qu’en font les Indiens du Pérou, décide de la cultiver dans son jardin particulier, à Vienne puis à Francfort. Après avoir goûté avec satisfaction ces papas, il en distribue à ses amis en Allemagne, à Bruxelles et à Padoue. Cette plante féconde devient très vite

"assez vulgaire dans la plupart des jardins de l’Allemagne".

À la mort de son protecteur, Cherles de l'Ecluse doit quitter Vienne après y avoir passé quatorze années. En 1576, il fait paraître une "Flore d'Espagne", suivie en 1583 de "La description des plantes d'Autriche et des régions voisines".

En 1593, il obtint un poste de Professeur de Botanique à l’Université de Leyde où il contribua à créer un des premiers jardins botaniques en Europe. Il y cultive des plantes rares venant d'Europe du sud, d'Espagne, du Portugal, de Hongrie…

Vivant à Leyde, il occupe une place de choix pour obtenir, des vaisseaux qui arrivent aux Pays-Bas toutes sortes d'espèces exotiques :

-animales, comme des spécimens, de nombreuses espèces nouvelles : le casoar (du genre Casuarius), le manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus), le perroquet maillé (Deroptyus accipitrinus), le lori noira (Lorius garrulus), l'ibis rouge (Eudocimus ruber) …

-ou végétales comme le marronnier venu d'Inde (qu'il introduit en Hollande), le jasmin et l'aralia ou les anémones et la tulipe, venue de Perse. Charles de L’Ecluse est souvent cité comme étant la personne ayant le plus contribué à la multiplication de la tulipe en Europe. Durant sa vie, il fit parvenir plus de mille bulbes de tulipes à ses relations à travers toute l’Europe. Il posa les fondations de la culture et de l’industrie de la tulipe et des bulbes en Hollande telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Et pour finir ce poème de Théophile Gautier qui évoque la tulipe inégalable : 

 

Moi je suis la tulipe, une fleur de Hollande,

Et telle est ma beauté, que l’avare Flamand

Paye un de mes oignons plus cher qu’un diamant

Si mes fonds sont bien purs, si je suis droite et grande,

Mon air est féodal, et comme une Yolande

Dans sa jupe à longs plis étoffée amplement,

Je porte des blasons peints sur mon vêtement,

Gueules fascé d’argent, or avec pourpre en bande.

Le jardinier divin a filé de ses doigts

Les rayons du soleil et la pourpre des rois

Pour me faire une robe à trame douce et fine.

Nulle fleur du jardin n’égale ma splendeur,

Mais la nature, hélas ! n’a pas versé d’odeur

Dans mon calice fait comme un vase de Chine. 

Source : Jean-Marie Pelt, « Charles de Lécluse, prince des descripteurs »  dans La Cannelle et le panda : les grands naturalistes explorateurs autour du Monde, éd. Fayard 1999


 

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