La fin de vie : accompagnement spirituel

Extrait
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Le sujet est brûlant, capital aussi…

Aujourd’hui, une majorité de personnes meurent à l’hôpital (entre 70 et 80 %). Or, notre auteur, œuvrant principalement dans le milieu hospitalier, rencontre presque tous les jours des personnes qui se désolent moins de mourir que de ne pas mourir à la maison... C’est que la maison est bien – et devrait demeurer – le premier lieu pour l’accompagnement fraternel et pastoral. Il suggère ainsi de ne voir l’hôpital que comme une loupe sur une réalité qui déborde l’hôpital.

L’article rend compte de l’intervention fort appréciée de l’auteur lors d’un colloque sur la fin de vie à la Faculté Libre de Théologie de Vaux-sur-Seine.
La fin de vie : accompagnement spirituel

1. Des définitions disparates


À l’hôpital d’Alès, nous avons des rencontres régulières de réflexion avec l’équipe de soins palliatifs sur le sens de nos missions, notamment afin de préciser ce que nous entendons par « besoins spirituels ». Il est évident que nos définitions ne concordent pas pleinement. En un sens, c’est normal. En même temps, il est préoccupant d’utiliser des mots qui n’ont pas la même signification pour parler de réalités si profondes. Or, c’est souvent le cas alors qu’on fait tout pour l’éviter dans les bureaux d’ingénieurs ou les laboratoires !

Je dois dire qu’actuellement, en « aumônerie hospitalière », où les sciences humaines fournissent les principaux outils sensés nous mettre à l’unisson des autres disciplines, la notion de « besoin spirituel » est parfois devenue bien floue, là aussi...

La difficulté tient, entre autres, au fait que l’expérience de la fin de vie n’est pas la spécificité des chrétiens ! Et quand on dit « fin de vie », on peut aussi penser à toutes les questions qui se posent dans le contexte de la maladie ou de la souffrance, d’une manière générale. Car tout cela, même si l’on n’en est pas vraiment conscient, nous renvoie à la finitude, au caractère passager de notre vie sur cette terre. J’aime cette phrase de Woody Allen : « Tant que l’homme se saura mortel, il ne sera pas vraiment décontracté. »

2. La notion de recueillement


On voyait autrefois, aux abords des hôpitaux, un panneau bleu-nuit avec cette inscription : Silence ! Hôpital. Quand j’étais enfant, cela m’intriguait fortement et je me suis souvent interrogé sur ce que cela voulait dire.

Je pense que cela signifiait :
« Attention, vous qui passez, vous qui vaquez à vos occupations, ici il y a des personnes alitées, des personnes qui souffrent, des personnes qui ne savent pas ce qu’elles vont devenir, des personnes aux prises avec l’anxiété, l’angoisse, la séparation, la mort... Ici, c’est un lieu où des personnes se penchent sur ces souffrants pour tenter de les soigner. Ici, c’est un lieu où l’on est invité au recueillement, comme dans les Églises ».

Aujourd’hui, ce panneau n’existe plus. Il y a des doubles vitrages aux fenêtres, il est vrai, mais aussi des postes de télévision dans chaque chambre. Il n’est pas évident de s’y recueillir...

Je pense à l’expression utilisée au sujet du fils prodigue, alors qu’il était seul et démuni : « Étant entré en lui-même, il se dit... » N’est-ce pas cela le recueillement ? On voit que c’est loin d’être évident. On voit aussi que ce n’est pas que dans les Églises ou les salles de culte. (D’ailleurs, se recueille-t-on nécessairement dans les salles de culte ?)

Voici ce que je suggère : toute personne malade, et spécialement toute personne en fin de vie, est invitée, presque contrainte, à une forme de recueillement. Et il est quasiment impossible de la rejoindre, de la rencontrer, si l’on n’est pas soi-même dans une forme de recueillement.

Vous connaissez la devise des infirmières : Premièrement ne pas nuire. C’est modeste, n’est-ce pas ? Mais c’est sage. Il est si facile de nuire, en effet, même en voulant faire du bien, quand on s’approche de quelqu’un qui souffre ou qui se trouve sur un chemin difficile. Imaginez un chirurgien qui ne se laverait pas les mains.

Ainsi, la question qui se pose pourrait être celle-ci : ma visite, ma présence, les mots que je pourrai dire vont-ils favoriser ce recueillement que la personne est sensée vivre, dans son intimité, ou vont-ils l’interrompre, le divertir ? Cela n’est pas évident.

Dans les comités de réflexion éthique, on parle parfois d’acharnement affectif, du refus de certaines familles d’admettre qu’on a abordé une étape nouvelle. Je constate que la question de la nourriture, dans ce contexte, est souvent évoquée, la famille se persuadant que c’est là la fonction vitale ultime qu’il faut maintenir à tout prix, tandis que la personne en fin de vie n’a plus faim – dans tous les sens du terme(1).

3. L’inévitable solitude


Je reprends volontiers ce qu’a dit Pascal(2) : en un sens, on souffre seul. Et on meurt seul. Même si on est entouré.

Comment le dire ? ...

1. On pense à Barzillaï – très âgé – qui demande au roi : « Ton serviteur peut-il savourer ce qu’il mange et ce qu’il boit ? » (2 Sa 19.31-40).

2. « Tu mourras seul », cité par Christian Chabanis dans son livre Gustave Thibon témoin de la lumière, Paris, Éditions Beauchesne, 1967, p. 72.

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