Que penser de l’incinération ?

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Sur une question aussi sensible, il convient tout d’abord de déminer le terrain en remettant à leur juste place les motivations de choix qui sont le plus souvent liés à notre sensibilité qu’à un enseignement de la Bible. C’est l’un des premiers mérites de cet article.

Que penser de l’incinération ?

INTRODUCTION

Pendant longtemps, la chose allait de soi : il fallait enterrer les morts. Depuis le 19ème siècle, on observe de plus en plus de funérailles avec incinération (et en général inhumation des cendres ensuite). Dans certaines villes, pour des raisons pratiques, elles sont même devenues la norme. Aujourd'hui, nous avons le choix entre l'enterrement du corps et son incinération.
En tant que chrétiens, qu’en penser ? Quelle est, du point de vue de la foi chrétienne, la forme de funérailles qui est juste ? Un chrétien peut-il choisir de se faire incinérer ? Les avis divergent sur ce sujet, avec passion parfois. Ce n’est pourtant mais ce n’est pas une question de salut qui est en jeu ici. Il convient donc de relativiser les prises de position de chacun.

I. CONSTATS ET STATISTIQUES

Parmi les nombreuses coutumes funéraires dont témoigne l’histoire de l’humanité, la crémation ou incinération (du latin cinis = « cendre ») n’a pas de profonde racine culturelle dans notre Occident judéo-chrétien… sauf à remonter à l’antiquité romaine ! Continuant la coutume d’Israël, le christianisme a en effet imposé l’inhumation comme unique pratique funéraire pendant de longs siècles : d’abord dans les catacombes, au temps des persécutions, puis, une fois le christianisme devenu religion officielle, dans les églises et les cimetières paroissiaux.
Ne soyons donc pas surpris si les promoteurs de la crémation se heurtent encore en France aux hésitations du législateur (votée en 2006, la proposition de loi du sénateur PS Jean-Pierre Sueur, visant à donner un véritable statut aux cendres, n’a toujours pas été examinée par l’Assemblée Nationale) ou des communes (si l’on ouvre un site cinéraire dans un cimetière, comment le concevoir et que privilégier : le minéral ?… l’espace vert ?). Il faut également faire face à la relative inexpérience des sociétés de pompes funèbres (qui commencent pourtant déjà à proposer de nouveaux produits, tels ces « urnes thalassa » solubles, spécialement prévues pour la dispersion des cendres en mer !), au désarroi des proches (quoi faire pendant l’heure et demie que dure en moyenne la crémation ?… et que faire ensuite des cendres du défunt ?) et à la réticence sinon la franche opposition des divers ministres des cultes (le Judaïsme, l’Islam et l’Orthodoxie condamnent cette pratique au nom du respect de l’intégrité du corps) !


Quelques chiffres …


C’est seulement à la fin du 19ème siècle, et – en France du moins – dans un contexte d’hostilité déclarée à la religion et sous la pression des sociétés maçonniques, que l’incinération a commençé vraiment à se développer en Europe… avec plus ou moins de rapidité selon les pays et les traditions religieuses (on comptait en 1996 71% de crémations en Grande-Bretagne, 63% en Suisse et Suède, mais seulement 4,7% en Espagne et 1,5% en Italie !).
En France, légalement permise depuis 1889, cette pratique s’est développée rapidement (en 2006, 24% des personnes décédées ont été incinérées), si rapidement même, qu’elle l’emporte désormais sur l’inhumation dans les préférences des Français (sondage Ipsos réalisé par téléphone du 5 au 7 juillet 2008 auprès de 1016 Français).


Parmi les raisons d’une telle attirance les plus faciles à repérer sont celles qui sont explicitement mises en avant par les tenants de la crémation. Elles sont d’ordre :
  – économique : une crémation coûterait en moyenne 356 euros, un enterrement 2.300 euros (jusqu’à 15.000 parfois). Néanmoins, ces prix peuvent fluctuer, surtout si l’incinération est suivie de la dépose de l’urne dans le caveau familial. Il est vrai que l’entretien d’une urne coûte moins cher que celui d’une tombe (marbre, fleurs, …) Un espace de 2m² dans un cimetière à Lyon coûte 500 euros pour 15 ans, 2.300 euros pour 50 ans et 5.800 euros pour perpétuité,
  – écologique : moins polluante, la crémation permettrait en outre de limiter l’emprise au sol des cimetières, surtout dans un contexte de forte urbanisation,
  – philosophique : à l’origine, athéisme et anticléricalisme déclarés, comme par exemple, négation de la résurrection des corps ou même parfois tenants de la réincarnation, ou alors emprunt aux religions de l’Orient et à leur symbolique du feu. Parfois aussi, l’incinération s’inscrit dans un processus de dénégation de la réalité de la mort qui caractérise notre société : à défaut d’avoir la maîtrise de la mort, on voudrait du moins pouvoir s’en donner l’illusion en programmant la disparition du corps et en effaçant au plus vite les traces du passage de la mort. Fréquent chez les malades du sida, ce souhait de la crémation semble correspondre à une tragique fuite en avant dans la désespérance : aller jusqu’au bout de la détérioration de son corps et jusqu’au bout de sa solitude !
  – juridique : on va en effet jusqu’à invoquer le code pénal qui imposerait les vœux du défunt à ses proches ;
  – altruiste : on ne veut pas embarrasser les survivants avec les contraintes de l’entretien d’une tombe, surtout dans un contexte de grande mobilité où la famille n’est plus liée à une localité précise ; ainsi, quand la famille déménage, elle peut prendre l’urne avec elle.

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Le Pasteur Christophe Hahling a donné cette étude dans le cadre de l’Église Baptiste de Seloncourt. Il est maintenant pasteur de l’Église Baptiste de Saint Jean de la Ruelle (Orléans).

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