Prêcher avec autorité

Extrait La prédication

« Prêcher avec autorité » est une expression que certains emploient volontiers, notamment quand il s’agit d’exprimer qu’un prédicateur a brillamment su proclamer son message. Mais il vaut la peine de tenter d’affiner la notion d’autorité en lien avec la prédication et avec le prédicateur ou la prédicatrice. L’article qui suit répondra à deux questions essentielles autour du sujet traité :

(1) D’où l’autorité du prédicateur lui vient-elle ?
Il est essentiel de se souvenir que toute autorité est déléguée (elle n’est pas intrinsèque au prédicateur).

(2) À quoi cette autorité peut-elle et doit-elle ressembler ?
Plusieurs pistes et caractéristiques concrètes sont proposées en fin d’article.

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Billy Graham preaching Dans l’Église, la notion même d’autorité n’a pas toujours bonne presse. Les hommes et les femmes qui exercent la prédication dans l’Église sont parfois eux-mêmes gênés par cette idée. Or, quand il est question de l’autorité de la prédication, dans la prédication, et plus encore du prédicateur ou de la prédicatrice(1), les choses se complexifient quelque peu. Déjà en 1971, Fred Craddock, grand homiléticien américain, avait fait fureur en publiant un livre intitulé : As One Without Authority (Comme quelqu’un qui n’a pas d’autorité). Dans cet ouvrage, il argumentait qu’au vu du déclin important de la prédication dans l’Église, il fallait qu’elle se réinvente à moins de disparaître complètement. Sa proposition pour revitaliser l’exercice consista à réorienter le focus sur l’assemblée, ou l’auditoire, plutôt que sur le prédicateur lui-même. Ce faisant, il proposa par exemple que l’assemblée découvre par elle-même le sens du texte biblique plutôt que de le lui expliquer du haut de la chaire (à travers une méthode inductive plutôt que déductive, donc)(2).

Bien sûr, le diagnostic de Craddock n’était pas dénué d’intérêt : l’homme moderne exècre la notion d’autorité et a plutôt tendance à ne pas faire confiance à la personne qui se trouve sur l’estrade, derrière la chaire. Mais, si le diagnostic est intéressant, le remède de Craddock doit encore aujourd’hui être questionné. Évidemment, cet ouvrage ne se réduisait pas à cette proposition, mais le cœur de son propos était néanmoins qu’il serait opportun d’abandonner ni plus ni moins l’idée de l’autorité du prédicateur. On sent bien l’ambiguïté et la difficulté de distinguer autorité du prédicateur et autorité de la prédication. Si, pour Craddock, il ne fallait même plus tenter de prêcher avec autorité (d’où le titre de son livre), si le prédicateur lui-même était dénué d’autorité, quelle autorité restait-il à la prédication elle-même ? Faudrait-il aussi abandonner cette notion ? Si non, sur quoi se baserait une telle autorité ? Certains répondront évidemment, et en partie à raison, « sur la Parole ! », mais il convient d’affiner quelque peu le propos et la distinction.

Dans ce qui suit, nous allons donc réfléchir à ces notions : de quelle autorité un prédicateur est-il investi quand il prêche, et à quoi cela peut-il ressembler ?

Quel lien entre « autorité » et « prédication » ?

Il apparaît que, dans les Écritures, et pour le dire probablement de façon lacunaire, s’il n’y a pas d’autorité, il n’y a pas de prédication non plus. Prêcher sans autorité, c’est une contradiction de termes, un oxymore (c’est comme parler de « pluie sèche » ou de « douce violence »).

Quand on examine la façon dont le Nouveau Testament parle de la prédication, les termes associés sont ceux qui évoquent justement ...

Auteurs
Nicolas FARELLY

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1.
L’emploi du masculin largement utilisé à travers l’article n’induit aucunement que les prédicateurs ne soient que de sexe masculin. Il est utilisé au sens neutre et sert à ne pas alourdir le texte.
2.
Fred B. CRADDOCK, As One Without Autority, Saint Louis, MO, Chalice Press, 1971, p.18 : « De toute évidence, la puissance de la prédication augmente quand elle est en dialogue, quand orateur et auditoire partagent la proclamation de la Parole » (notre traduction).

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