Prêchez la Parole !

Extrait
Note : 40
( 1 vote )

« La foi vient de la prédication, nous dit l’apôtre Paul, et la prédication, c’est l’annonce de la Parole du Christ » (Rm 10.17). Prêcher est la vocation centrale de l’Église tant pour appeler au Salut, que pour nourrir la foi. Mais comment prêcher mieux aujourd’hui ? Comment prêcher fidèlement l’Évangile, tout en demeurant pertinent vis à vis de la culture contemporaine ? Comment progresser dans cet exercice, voire sortir d’ornières dans lesquelles nous serions tombés ?
Étienne Koning est persuadé que la prédication doit être « textuelle » afin qu’elle puisse vraiment édifier les fidèles dans leur vie de croyant, et éclairer les personnes qui s’interrogent sur la foi chrétienne. C’est ce que l’on appelle, outre Manche, “expository preaching”. Cela veut dire que la prédication suit l’agenda du texte biblique tel qu’il nous est donné, aussi bien dans le fond que dans la forme. Dans cet article, il se montre un passionné de cette méthode. Quels en sont les principes de base ? Comment le comprendre et comment le vivre ? Comment entrer dans la dynamique de la série, au fil des semaines, et quels en seront les fruits sur le long terme ? Voilà les questions qu’il aborde, avec entrain et lucidité.

Prêchez la Parole !

Notre propos portera sur la prédication textuelle. En bons évangéliques, on pourrait se demander pourquoi la précision : « une prédication, c’est forcément textuel : on ouvre la Bible, on s’arrête sur un passage donné, on le prêche… ». J’aimerai suggérer que non. Il ne suffit pas d’ouvrir la Bible, ou de faire référence à un texte biblique pour que notre prédication prenne automatiquement appuis sur le texte. Dans nos expériences personnelles (que l’on soit auditeur ou prédicateur !), nous savons bien que le lien entre le texte biblique et la prédication est plus ou moins fort, suivant la situation de prédication et le prédicateur ! Nous rassemblerons ici les quelques éléments – théoriques et pratiques ! – qui peuvent nous encourager à ancrer notre prédication dans le texte biblique, dans le chemin qui nous conduit du texte biblique à sa proclamation, pour mener à bien la mission du prédicateur telle que l’apôtre Paul la résume en 2 Timothée 4.2 : « prêche la Parole » !

1) LA DOCTRINE ÉVANGÉLIQUE DES ÉCRITURES : UN RAPPEL ESSENTIEL

Tout commence par le statut de la Bible. Nous avons tous à l’esprit notre doctrine évangélique des Écritures, chère à notre cœur, sur laquelle nous nous appliquons à fonder à la fois notre théologie et notre action. On peut la résumer ainsi : parce qu’elle est inspirée de Dieu, la Bible est sa parole vivante, et permanente ; elle ne se trompe pas, et ne trompe personne.

Au-dessus des traditions, de l’expérience, ou de l’exercice indépendant de la raison, nous croyons que c’est l’Écriture qui constitue notre seule norme de foi et de vie. C’est elle qui façonne nos traditions, notre expérience et notre raison, parce que c’est par elle que Dieu appelle au Salut et façonne chaque individu de son peuple, pour qu’il soit « prêt pour toute œuvre bonne » (2 Tm 3.16-17).

Lorsque nous disons cela, nous reconnaissons, d’accord avec ce que dit la Bible, que l’Écriture est le moyen que Dieu a souverainement choisi, son « mode de communication », pour se faire connaître, se révéler à nous. Il est le Tout-Autre, mais il a décidé de se rendre compréhensible par nous. Dans et par la Bible, il parle notre langue, selon les règles de notre langage, selon nos codes linguistiques, nos conventions, notre grammaire, notre sémantique, les genres littéraires et les styles qui ont cours dans notre humanité, selon aussi nos émotions et nos expressions humaines. Tout cela, il le fait pour que nous puissions le connaître, lui, ainsi que son Fils Jésus-Christ, et que par lui, nous soyons sauvés de la colère à venir, et promis à son ciel de gloire ; et pour qu’en attendant ce jour béni, nous menions, ainsi nourris par sa Parole, la vie sainte qui lui plaît (1 P 1.13 à 2.3).

Le fait que la Bible est la Parole de Dieu n’en fait pas un livre magique, qui nous autoriserait à l’ouvrir au hasard, sur le simple critère de notre lecture subjective, au gré de nos sentiments. Sa portée dépasse le moment où, d’une manière ou d’une autre, elle m’a touché « personnellement ». La Bible ne devient pas la Parole de Dieu, si ou quand elle me parle : de par sa nature, elle est la Parole de Dieu, de façon permanente.

Il reste que Dieu veut effectivement nous toucher par sa Parole, profondément même, et radicalement, dans toute notre vie, nos sentiments et notre volonté, notre compréhension de la vie, notre raison, notre action. Il veut nous changer, nous transformer toujours plus à l’image de son Fils Jésus-Christ… Mais pas n’importe comment !

Car, dans sa grâce, il a aussi prévu la manière. Et sa manière, c’est la Bible telle qu’elle nous a été transmise. Il a déjà tout prévu pour que cette œuvre de transformation s’accomplisse en nous. C’est un peu comme un repas tout prêt, qu’il nous suffit de prendre dans la joie et la confiance. Par son Esprit, c’est sûr, il nous touchera : peut-être pas comme nous pensions devoir être touchés. Certainement comment lui entend nous toucher… et plus d’une fois, on peut être surpris !

Gardons ainsi à l’esprit deux éléments fondamentaux lorsque nous ouvrons la Parole pour la prêcher :

1° la valeur en soi de la Bible : la Parole, telle qu’elle se donne, dans le propos de l’auteur d’origine, est pleine de sens : du sens que Dieu a voulu. Il n’y a rien à y ajouter, encore moins à y retrancher. Il n’est pas non plus de notre ressort d’y trouver un sens « nouveau », qui serait plus vrai ou plus pertinent. Telle qu’elle est, la Bible contient sa pertinence ; telle qu’elle est, elle est digne de confiance : c’est rassurant !

2° la nécessité d’être fidèles à la Parole : en situation de prédication, il est donc logique de la manier avec la même crainte que celle que nous devons à son Auteur divin : non pas d’une manière parcellaire, mais globale, totale, dans une écoute joyeuse. Avec une soumission pleine de confiance.

Le mandat est simple dans les termes, et la mission glorieuse. Mais la tâche est redoutable ! Le prédicateur ne le sait que trop bien, dans la course de ses semaines et de ses journées, au cœur des multiples exigences/attentes/pressions liées au ministère, cette mission lui demande de l’investissement, du sérieux, de l’abnégation, de la sueur, des luttes… bref : du temps et de l’énergie ! Pour vivre sereinement sa mission, il a besoin d’être encouragé à garder le cap, et d’outils qui l’aident à le tenir. C’est ce double défi que la prédication textuelle cherche à relever.

2) LA PRÉDICATION TEXTUELLE : À LA RECHERCHE D’UNE MISE EN ŒUVRE COHÉRENTE

Esquissons tout d’abord une définition. La « prédication textuelle » cherche à proclamer la Parole du Dieu trinitaire dans toutes les Écritures. Reconnaissant que c’est par la Bible que Dieu appelle les hommes au salut et conduit son peuple, le prédicateur cherche à se conformer au contenu biblique tel qu’il se donne, en exhortant les hommes à vivre à la gloire du Père, à l’obéissance du Fils, et à la vie sainte que produit en nous l’Esprit.

En fait, ce que la prédication textuelle nous propose de faire, c’est tout simplement de chercher à mettre en pratique de manière cohérente notre doctrine évangélique des Écritures.
En situation de prédication, c’est notre mission d’aider nos auditeurs à se repérer, à se positionner dans la Bible. Ils devront pouvoir vérifier que ce qu’ils entendent de notre bouche trouve bien son fondement dans le texte biblique que nous leur proclamons, et qu’il ne s’agit pas de notre point de vue personnel sur l’une ou l’autre question, ou l’un ou l’autre thème.
Ce qui intéresse Dieu, c’est que son peuple entende sa Parole ; qu’en l’entendant, il la comprenne ; qu’en l’ayant comprise, il l’applique dans sa vie quotidienne pour la gloire de son Seigneur.

En fait, ce qui est en jeu, c’est l’obéissance au Divin Maître. Il est nécessaire pour le prédicateur d’être transparent au texte biblique. Car, si ce qu’il dit ne vient que de ce que lui, personnellement, « avait à cœur de partager », le risque est grand que l’auditeur perçoive l’exhortation comme une option de vie parmi d’autres, et non comme la Parole que son Dieu lui adresse.
L’expression « prédication textuelle » trouve ici sa raison d’être : lorsqu’il la pratique, le prédicateur cherche à faire justice au texte dans le contexte du donné biblique. Il montre, « expose » le texte aux auditeurs, en vue de le communiquer, de le faire comprendre, et d’inviter à le vivre, pour qu’au-delà de sa voix humaine, ce soit la voix du Dieu vivant qui résonne, par l’Esprit.

Dans ce cadre, l’invitation à appliquer le texte constitue un non-négociable de la prédication. C’est même ce que Dieu lui-même attend de sa Parole : qu’elle ne revienne pas à lui « sans avoir accompli avec succès ce pour quoi [il] l’a envoyée » (És 55.11). Une prédication ne peut pas être considérée comme « biblique », si elle n’invite pas l’auditoire à répondre à la proclamation, pour la gloire de Dieu, l’obéissance à Jésus-Christ, et la vie que met en nous l’Esprit (Mt 7.21-27 ; Jc 1.16-27…).

En s’appliquant à la prédication textuelle, le prédicateur cherche à fonder toute la force de son propos, sa pertinence, sa puissance, sur le texte biblique.

...

...

Pasteur de l’Église Évangélique Baptiste (AEEBLF), à Moissy-Cramayel (77).

Vous aimerez aussi

Brian Chapell, Prêcher. L’art et la manière, Charols, Excelsis, 478 pages,...
Prêcher accompagne inséparablement le mouvement de toute l’histoire de...
La prédication est un des actes essentiels et régulier du ministère pastoral....
La société dans laquelle nous évoluons brille de mille images : panneaux...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...