Témoignage multiple – mission intégrale en quatre mandats

Extrait
Note : 50
( 1 vote )
Dans quel but et pour accomplir quelles tâches les disciples de Jésus sont-ils envoyés dans le monde ? C’est ainsi que nous pouvons reformuler la question « Qu’est-ce que la mission ? ». En effet, le mot mission a deux significations : être envoyé et un mandat à remplir. Ayant passé en revue, dans un numéro précédent des CEP, trois approches pour répondre à cette question, Evert Van de Poll reprend ici la dernière qui consiste à élargir le spectre à plusieurs tâches missionnaires. On parle alors de mission holistique ou intégrale qui consiste en plusieurs éléments. C’est un schéma de quatre mandats missionnaires qui sera présenté.
Témoignage multiple – mission intégrale en quatre mandats

Comment appréhender l’intégralité des mandats missionnaires ? Certains diront qu’il s’agit là de « la mission » au singulier qui se décline en plusieurs « missions ». D’autres préciseront que notre mission s’inscrit dans la mission de Dieu d’établir son règne dans tous les domaines de sa création. D’autres encore parleront d’évangélisation en paroles et en actes. Sans nier l’utilité d’une telle terminologie, nous allons proposer la notion biblique de « témoin/témoignage » pour englober tout ce que nous sommes envoyés vivre, dire et faire dans le monde. Chaque mandat missionnaire invite à être des témoins d’une certaine manière.

Les évangiles et les grandes lignes missionnaires de la Bible

Puisque c’est Jésus qui a envoyé ses disciples dans le monde, notre démarche est de nous concentrer sur les Évangiles pour la simple raison qu’ils contiennent les paroles de Jésus lui-même, adressées aux premiers apôtres. À ce titre, les Évangiles constituent la référence principale pour comprendre notre mission.

Le grand commandement, le nouveau commandement de l’amour fraternel à l’exemple de Jésus, l’appel à le suivre pour être « lumière du monde », le mandat d’évangéliser les nations et les instructions par rapport à la manière d’être témoins de la Bonne Nouvelle du Christ, tout est là.

Bien évidemment, les évangiles ne sont pas à lire de façon isolée. D’une part, toute l’œuvre de Jésus est enracinée dans l’histoire d’Israël et les paroles de Dieu dans l’Ancien Testament. D’autre part, les apôtres ont été désignés pour expliquer les actes et les paroles de Jésus, et poser ainsi le fondement de la doctrine, de la morale, de la spiritualité et de la mission chrétiennes. Dont acte dans le reste du Nouveau Testament.

Par conséquent, les évangiles sont à lire à la lumière de toutes les Écritures – avant et après. C’est justement ce que la missiologie des dernières décennies s’est employée à faire. Elle met en exergue les grandes lignes missionnaires qui traversent toute la Bible, de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse. Elle souligne également le caractère missionnaire de chacun de ses écrits. Le livre de Chris Wright, La mission de Dieu, en est un exemple parmi tant d’autres.

À travers la Bible se dessinent les séquences suivantes :

  • La mission de l’homme (mandat créationnel ou « culturel »)
  • La mission d’Israël
  • La mission de Jésus
  • La mission de l’Église
  • La mission du peuple de Dieu dans la création renouvelée.

Il serait intéressant de montrer à quel point ces missions sont en continuité, les unes avec les autres. Dans les limites de ce chapitre qui porte sur la mission de l’Église, nous ne pouvons élaborer une vue d’ensemble. Quelques remarques sont pourtant utiles, pour mettre les mandats donnés aux disciples dans un contexte biblique plus large.

Mission de l’homme – la toile de fond

Le point de départ de la mission se trouve au tout début de la Parole révélée. Créé à l’image de Dieu, l’homme est investi d’une mission que l’on appelle le mandat créationnel ou « culturel(1) ». Présentée en deux temps, dans le premier et le second récit de la création (Gn 1.26-2.7 et 2.8-15), cette mission révèle le projet initial de Dieu pour l’humanité.

En règle générale, on se concentre sur un seul aspect: l’homme est appelé à régner sur les autres domaines de la nature, à travailler et à sauvegarder la terre. Et puis, on l’actualise dans le cadre des enjeux écologiques d’aujourd’hui.

Comme nous l’avons fait remarquer dans le premier article, certains missiologues considèrent que le mandat culturel est la base biblique, théologique, pour la responsabilité sociale et l’action écologique. Ils le mettent en parallèle avec le mandat missionnaire d’évangéliser les nations.

Mais le mandat ne se limite pas à l’intendance de la création. La mission de l’homme revêt plusieurs aspects, que nous résumons dans les quatre éléments suivants :

1) Vivre à la hauteur de l’image de Dieu

Curieusement, le texte se répète : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu » (Gn 1.27). Pourquoi ? Selon l’interprétation rabbinique, que nous prenons à notre compte, il y a là un indicatif et un impératif. Ayant été créés à l’image de Dieu, nous avons aussi la responsabilité de penser et d’agir de la sorte. La Bible du Semeur exprime bien ce double sens en rendant ce verset sous forme d’une paraphrase : « Dieu créa les hommes pour qu’ils soient son image. » On pourrait aussi dire : « …pour qu’ils vivent à la hauteur de son image ».

Le récit de la Genèse montre que l’imago dei est propre à l’homme, ce qui le distingue des autres êtres vivants créés par Dieu. C’est quoi, au juste, l’image de Dieu en l’homme ? Les traditions juive et chrétienne, ont avancé plusieurs réponses. La raison, la conscience de soi, la communication verbale, l’esprit qui communique avec Dieu, la créativité, et surtout la moralité – l’action de l’homme n’est pas seulement déterminée par les besoins relatifs à son existence physique (vie, nourriture, procréation), mais l’homme est également capable d’agir en fonction des valeurs morales qui reflètent le caractère moral de Dieu : amour, justice, bonté, miséricorde, etc.

Toutes ces réponses se valent, elles ne s’excluent pas les unes les autres. Elles montrent bien que l’image de Dieu en l’homme n’est pas seulement une donne mais aussi un défi à relever, quelque chose de dynamique qui se réalise dans l’action et dans le vécu. L’homme a donc une mission à accomplir : penser et agir conformément aux valeurs morales de son créateur.

2) Développer la société

L’ordre donné aux hommes de « se multiplier » et de « remplir la terre » implique beaucoup de choses : se marier, fonder des familles, éduquer des enfants, transmettre des connaissances et des valeurs, pourvoir aux besoins des uns et des autres, développer des structures sociales permettant de travailler et de vivre ensemble, construire des habitations et des infrastructures, prendre soin des autres, notamment les faibles, développer ses talents au service d’autrui. Travailler pour le bien commun.

Étant créé à l’image de Dieu, l’homme doit donc faire en sorte que la terre soit remplie du reflet de cette image de Dieu.

3) Régner sur la nature

Le terme employé dans Genèse 1.27 est fort : dominer, assujettir, régner. Mais il est à comprendre dans le contexte. Dans ce domaine nous avons également vocation à agir à l’image de Dieu. Le verset 15 exprime un équilibre important entre avad et sjamar : travailler et sauvegarder la terre, labourer et veiller, en exploiter les potentialités tout en respectant ce que Dieu a créé.

4) Entretenir la relation avec Dieu

Le quatrième élément du mandat créationnel stipule que ...

1. Culture vient du verbe colore, traduction latine du verbe hébreu avad dans Genèse 2.15 qui veut dire « travailler », « labourer », « servir ». D’où l’idée de « cultiver » la terre, et de la « culture » dans un sens plus large, à savoir la résultante de l’activité humaine dans un groupe quelconque.

Vous aimerez aussi

La culture occidentale, son organisation de la sphère politique, son système...
La tentation du pouvoir est une vieille question qui remonte aux origines même...
Un pasteur à la tête de la République ? Vous plaisantez ! Pas du tout, car...
« Laisse la colère, abandonne la fureur ; ne t’irrite pas, ce serait mal...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...