Lâcher prise !

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Lettre d’un conseil d’Église à un pasteur

Une personne de la communauté est inquiète à l’égard de plusieurs situations qu’elle observe. Elle a alerté le pasteur dans un premier temps, puis un autre responsable, puis l’ensemble des responsables. Les choix faits par ceux-ci ne correspondent pas à son attente. Elle insiste, plus ou moins lourdement, jusqu’à la mise en demeure de « faire quelque chose », voire la menace. Que faire ?
En l’occurrence, c’est une personne dont l’intention est bonne. Ce qui n’empêche pas que sa façon de faire dépasse à plusieurs reprises les limites de l’acceptable...
Une manière possible de répondre consisterait à ne rien dire, à «  attendre que ça passe ». Cela pourrait fonctionner avec certaines personnes.
Une autre approche consisterait à taper du poing sur la table, en accompagnant le geste d’une invitation à se soumettre aux responsables de la communauté. Cela ne serait sans doute pas inapproprié.
Dans cette lettre, le conseil propose au pasteur une façon différente de chercher à résorber la difficulté.

Lâcher prise !

Cher ***,

Un petit mot en écho à ce que tu as pu communiquer avec nous ou une partie d’entre nous à un moment ou un autre ces derniers mois.

Nous ne reviendrons pas sur chacun des points particuliers que tu as évoqués. Pour chacun d’eux, il faudrait prendre un certain temps, pour préciser ce qui nous paraît exact, ce qui nous paraît contestable...
Au cours d’un tel échange, nous pourrions sans doute dire des choses qui te convaincraient, mais nous en dirions certainement qui te laisseraient insatisfait. Nous pouvons simplement garantir que nous avons cherché à faire de notre mieux à partir des éléments qui étaient à notre disposition. Avons-nous fait les bons choix ? La véritable réponse appartient à Dieu. Nous n’y reviendrons pas.

Notre impression est que le coeur de la difficulté se situe en amont.
Nous avons le sentiment :
– qu’il t’est difficile de vivre avec ce que l’Église, ou une partie de l’Église, est ;
– qu’il t’est difficile de vivre avec une partie au moins des choix qui ont été faits par les responsables de la communauté.

Il peut s’agir là de choix humains et pastoraux liés à des personnes particulières.
Ou bien, il peut s’agir de choix d’orientations qui sont données ou qui ne sont pas données à l’Église dans son ensemble.
Donc, si nous te comprenons bien, ce qui t‘attriste c’est que l’Église soit ce qu’elle est. Te peine également le fait que plusieurs au moins de nos choix ne correspondent pas à ce qui te paraîtrait nécessaire, utile, approprié. Tu attendrais autre chose, ou d’autres choses.
Et il t’est difficile de faire abstraction de ce qui t’afflige.

Si cette présentation est juste ou pas trop éloignée de la vérité, nous tenons à te dire en premier lieu que nous pouvons bien le comprendre.
Nous pourrions d’ailleurs te dire que nous aussi, nous ne sommes pas toujours heureux de ce qu’est l’Église. Nous ne sommes pas toujours heureux non plus de ce que nous sommes. Nous ne sommes pas heureux non plus de nos choix, nous ne sommes pas sûrs que ce soient les meilleurs choix. Oui, nous sommes humains, nous sommes fragiles. Chacun des responsables, comme chacun des membres de cette communauté, est un être humain, et un être humain faillible.

Nous essayons de faire ce qui nous paraît juste, de discerner la volonté de Dieu, de chercher un compromis entre un idéal souhaitable et ce que nous avons l’impression que l’Église est en mesure de faire, de vivre. Nous portons des jugements, des appréciations, qui sont ce qu’ils sont...
Nous essayons. Et parfois sans doute nous nous trompons. Et nous nous tromperons vraisemblablement encore.

Nous avons à gérer des remarques de personnes qui nous disent que nous en faisons trop, tandis que d’autres nous disent que nous n’en faisons pas assez. Nous entendons dire que nous sommes trop durs d’avoir dit telle ou telle chose, tandis que d’autres disent que nous avons été trop laxistes. Certains nous disent qu’on peut compter sur nous. D’autres nous disent qu’on n’est pas assez solides pour faire face.

Mais en même temps, et c’est la deuxième chose que nous voulons essayer de te dire, nous ne pouvons pas être ce que tu aimerais que nous soyons. Nous ne pouvons pas faire tous les choix comme tu aimerais que nous les fassions.

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Commentaires

Françoise
17 March 2012, à 19:44
Une lettre très mesurée, un article excellent.
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