Il y a une question qui fâche, mais qu’il nous faut poser : pourquoi les milieux religieux semblent-ils parfois être un terrain si fertile pour les théories du complot ou les fausses nouvelles ? Ce n’est pas une fatalité, mais un mécanisme psychologique et spirituel qui se doit d’être compris pour pouvoir s’en libérer. Les fake news ne s’appuient pas toujours sur la méchanceté - même si c’est parfois le cas - mais le plus souvent, au contraire, elles prennent racine et se propagent à cause de nos meilleures intentions.
Lors du colloque de mai 2025 du CERIE sur les Fake news, plusieurs intervenants ont ainsi souligné que les fake news sont souvent là pour combler un vide. Le monde moderne est complexe, imprévisible et souvent angoissant. Face à cela, une théorie du complot offre une explication simple, un « grand récit » où tout est lié. Pour certains croyants, il est paradoxalement plus rassurant de croire que des forces obscures dirigent tout, secrètement, plutôt que d’accepter l’incertitude du monde, sa vacuité… ou sa bêtise. 
Je fais écho ici au fameux « Rasoir d’Hanlon », un principe de simplicité suggérant qu’il faut « raser » les hypothèses inutiles (ici, le complot) et « ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer », proposait notamment le programmeur américain Robert J. Hanlon. Là où, dans son domaine informatique, il serait facile de soupçonner un piratage, il suggère en premier lieu d’envisager une défaillance technique interne.
Un principe sain et une règle de raisonnement efficace qui pourraient être mis en lumière avec cette exhortation de l’apôtre Paul en 1 Corinthiens 13.5 : « [L’amour] ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal… »
On pourrait ainsi dire que l’amour ne cherche pas de motivations cachées ou malveillantes derrière les actes de l’autre, il préfère croire en la bonté de l’autre plutôt que de vivre dans la méfiance, et n’enregistre pas les offenses pour s’en servir plus tard.
Dans son ouvrage Être sel de la terre dans un monde en mutation, le sociologue Frédéric de Coninck souligne que la propagande et la publicité partagent un même but(1) : distordre notre perception pour nous faire adhérer à un projet sur des bases irrationnelles. Nous vivons dans l’ère des « communicants » qui présentent l’offre de manière avantageuse en laissant l’ombre sur le moins reluisant.
Le drame est que le citoyen moderne préfère un slogan simple à une explication compliquée. Même avec un bon niveau d’éducation, nous cherchons d’abord à confirmer ce que nous pensons déjà. De Coninck nous rappelle une vérité désagréable : nous sommes prêts à écouter une vérité uniquement si elle ne nous remet pas trop en question. Par exemple, sur l’écologie, on préfère ignorer la menace, car la solution semble trop coûteuse pour notre mode de vie. Comme alertaient les prophètes de l’Ancien Testament, nous devons redessiner notre espace de responsabilité : l’homme ne maîtrise pas tout, mais il est responsable de ce qu’il dégrade.
Étude de cas 2 : « Olisabang »...
Le chapitre Pieuse désinformation poursuit en développant les thèmes suivants:
Le piège de la preuve : l’Arche de Noé sur commande...
Le prix de l’impréparation : l’exemple de la crise COVID...
Le bouc émissaire : le cas de l’église de la Porte Ouverte de Mulhouse...
L’impact humain : derrière les pixels, des vies brisées...
L’un des vecteurs les plus puissants de désinformation* dans les Églises est le message WhatsApp de « prière urgente ». Voici un message régulièrement relayé :
« Urgent, triste nouvelle, ...