Conclusion : la Vérité vous rendra libres

Complet Guerre

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Au terme de ce parcours, une certitude demeure : le combat contre les fake news n’est pas une simple guerre technique contre des algorithmes*. C’est un combat pour notre liberté intérieure et la sauvegarde de notre paix.

L’aumônier des « Gilets jaunes » et le piège du soupçon

Je me souviens d’un entretien que j’ai mené pour l’un de mes articles (une réflexion que j’ai reprise dans l’introduction du dossier « Fausses nouvelles face à la Bonne Nouvelle » paru dans le numéro de juillet-août 2025 de Christianisme Aujourd’hui).

Au plus fort du mouvement des « Gilets jaunes » en France, j’échangeais avec un chrétien très engagé dans cette mobilisation, une sorte d’aumônier officieux du mouvement. Son indignation était profonde. Il était révolté par la manière dont le gouvernement gérait la crise, ce qui traduisait, selon lui, une volonté d’asservir la population.

Pour lui, les autorités - et particulièrement le gouvernement d’Emmanuel Macron - ne faisaient pas seulement preuve d’hypocrisie et d’incompétence. Il percevait une corruption réelle, des calculs politiciens cyniques, mais aussi une intention malveillante de nuire au peuple, de restreindre ses droits et de le faire souffrir. Il voyait là une volonté sadique d’écraser « le petit peuple ».

En allant au bout de sa pensée, il décelait derrière chaque répression une stratégie organisée par une poignée d’initiés visant à instaurer un contrôle mondial pour préparer l’avènement de Satan comme prince de ce monde. Les mots « mondialistes » ou « européistes » n’étaient plus des concepts politiques, mais les marqueurs d’un complot apocalyptique dont il se sentait la victime impuissante.

Pour l’historien Johann Chapoutot, spécialiste de l’histoire du nazisme, de l’Allemagne et de la modernité occidentale et auteur de l’ouvrage Le Grand Récit. Introduction à l’histoire de notre temps(1), le complotisme, c’est le diable sans Dieu. « La matrice complotiste consiste à reprendre la matrice du providentialisme en congédiant Dieu, mais en gardant le diable, une force négative et maléfique qui explique une grande partie de ce que nous vivons », expliquait-il à la RTS(2).

Le complot du péché : un mal sans machination

Ce complot, c’est celui du péché. C’est cette force spirituelle qui pousse des êtres humains à faire le mal, non pas par une machination consciente ou un plan secret discuté autour d’une table, mais parce qu’ils sont dominés par leur nature propre, guidés à leur insu par ce que l’apôtre Paul appelle « l’esprit de ce monde (3) ».

Cette soif de dominer, de briller ou de s’accaparer les richesses n’a pas besoin de réunion secrète pour exister : elle loge dans le cœur de chaque homme, y compris dans le nôtre. En ramenant la faute à une poignée de « grands méchants », on oublie que nous sommes tous traversés par cette même fragilité. J’ai encouragé ce témoin à ne pas se faire des « nœuds à l’estomac » en cherchant des coupables partout, mais à regarder ce combat comme une réalité spirituelle qui appelle avant tout à la prière pour les autorités et à la bienveillance envers le prochain, car l’amour « ne soupçonne pas le mal (4) ».

À la fin de notre échange avec ce chrétien, il m’a remercié. Je crois que l’idée de ne plus « soupçonner le mal » en permanence l’a apaisé. Il a compris que la vigilance ne doit pas devenir une paranoïa qui nous vole notre joie.

Remettre la fausse nouvelle à sa juste place

L’incertitude sur les faits et la défiance envers les institutions ne devraient jamais nous détourner de l’essentiel. Il est facile d’être happé par les mauvaises nouvelles, voire par les fausses, mais celles-ci ne sont rien en comparaison de la Bonne Nouvelle.

La Bonne Nouvelle, c’est que le « complot du péché » a déjà été vaincu sur la croix par Jésus-Christ. Jésus n’a pas encouragé ses disciples à renverser les autorités romaines ni à se révolter contre Hérode et sa famille. Il a rappelé une distinction fondamentale : « Mon royaume n’est pas de ce monde (5) » et « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (6). » 

C’est ce sens des deux royaumes qui permet aux chrétiens de sortir sereinement de la tempête des fake news. Nous devons chercher la vérité activement, corriger les erreurs avec rigueur et humilité, mais sans leur donner un pouvoir qu’elles n’ont pas. Nous devons être prêts à tendre la main, à discuter - même si la discussion est difficile - avec ceux qui pourraient être tentés de propager ces fausses nouvelles.

Il nous faut l’humilité de reconnaître que chacun d’entre nous a pu être, est parfois, et sera peut-être encore un propagateur de fausses nouvelles. Mais nous ne devons pas pour autant nous mortifier, car nous avons accès à la Bonne Nouvelle.

Dans un monde qui s’habitue au « baratin », le chrétien est appelé à une intégrité humble. Comme le suggérait le théologien catholique suisse du 20e siècle, Hans Urs von Balthasar, « la Vérité ne peut être séparée du Beau et du Bien ». Une information est vraiment « vraie » lorsqu’elle nous aide à mieux aimer notre prochain. Musclons notre esprit critique, cultivons notre bienveillance et honorons celui qui, le premier, nous a fait cette promesse :

« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres (7). » 

Nous avons commencé ce voyage avec la voix synthétique de Stromae et les cantiques calculés de Solomon Ray. Nous le terminons avec une question simple : dans ce monde de contrefaçons, qu’est-ce qui reste authentique ?

La lutte contre les fake news n’est pas seulement une question de vérification de faits (fact-checking*) ou d’hygiène numérique. C’est une quête de vérité qui engage notre humanité et notre foi. Être un « Veilleur » au 21e siècle, c’est accepter de ne pas tout savoir, refuser de hurler avec les loups, et garder assez d’humilité pour reconnaître ses propres biais.

Comme nous l’avons vu lors du colloque du CERIE, la vérité est relationnelle. Elle se vit dans le dialogue, dans l’écoute de l’autre et dans le respect du réel, aussi complexe soit-il. Si la technologie peut imiter la voix des hommes, elle ne pourra jamais remplacer la chaleur qui anime une communauté de croyants cherchant ensemble la lumière. « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Cette promesse de Jésus n’est pas un slogan, c’est une boussole. À nous de ne pas la perdre dans la tempête des algorithmes*. Si la vérité est une personne, la lutte contre les fake news et pour la vérité ne peut être que relationnelle. Une attitude interpersonnelle, tout en veillant à distinguer l’individu, qui peut être sujet et victime de ces fausses nouvelles (qu’elles soient étatiques, privées ou commerciales), et ceux qui, sciemment et pour un intérêt caché, les propagent. 

Auteurs
David MÉTREAU

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1.
Johann CHAPOUTOT, Le Grand Récit : Introduction à l’histoire de notre temps, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), coll. « Hors collection », 2021.
2.
Johann CHAPOUTOT, « Le complotisme reprend la matrice de la providence, sans Dieu mais avec le diable », propos recueillis par Patrick CHABOUDEZ (radio) et adaptés par Katharina KUBICEK (Web), RTS Info, 6 novembre 2022, [en ligne], consulté le 10 février 2026.
3.
1 Corinthiens 2.12
4.
1 Corinthiens 13.5
5.
Jean 18.36
6.
Matthieu 22.21
7.
Jean 8.32

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