Je m’en suis sortie !

J’ai longtemps vécu séquestrée. Je n’avais pas le droit d’aller faire les courses moi-même, je ne disposais même pas d’un billet de cinq euros. J’étais juste bonne pour le ménage et la cuisine. Critiquée et humiliée, victime de coups parfois, je me suis un jour retrouvée à la rue, sans mes enfants. Grâce à une assistante sociale, je suis arrivée dans un centre d’hébergement. Je me trouvais dans une détresse extrême. Petit à petit, j’ai repris courage. En étant accompagnée, j’ai découvert mes droits, j’ai osé porter mon témoignage, aller en justice, rechercher mes enfants, en assurer la garde, ne plus répondre aux critiques ou moqueries. J’ai rebâti mon identité, trouvé un travail. Quelques années plus tard, j’ai découvert de vraies amitiés et même construit une nouvelle vie avec un compagnon plein de respect. N.
La blessure dont il est question ici, c’est l’humiliation, le mépris, la violence qui ont particulièrement marqué le chemin de nombreuses jeunes filles et femmes. D’autres personnes pourront se reconnaître dans cet aperçu.
Le poids des blessures
Ces vécus produisent chez la victime des réactions diverses :
- une douleur aigüe qui peut provoquer la révolte, la rage ou la haine ;
- une souffrance diffuse qui anesthésie les réactions normales ;
- la perte de conscience de sa dignité ;
- des sentiments mélangés d’impuissance, de trahison, de confusion, d’abandon ;
- des conséquences psychiques ou physiques qui peuvent s’installer plus ou moins durablement : honte, culpabilité, vulnérabilité, faible estime de soi, douleurs chroniques, troubles du stress posttraumatique, dépression, éloignement de la foi.
L’art de l’écoute
- La personne qui évoque ses blessures de vie sera accueillie sans jugement, sans enquête préalable.
- Elle bénéficiera d’un regard d’estime, d’une écoute qui fait confiance (je donne de l’importance à ce que tu dis) et permet d’entendre au-delà des mots.
- L’écoutant montrera du respect pour la démarche de la personne et manifestera une certaine retenue.
- Il fera entrevoir que « tout n’est pas foutu », c’est-à-dire une parole d’espérance.
- Si nous nous sentons dépassés par cette situation, nous orienterons vers des personnes compétentes.
Les étapes vers la renaissance
- La personne consentira petit à petit à reconnaître qu’elle a été victime, nommera l’étendue des dommages subis et les façons dont elle a voulu les masquer pour survivre.
- Un travail collaboratif s’engagera pour accueillir et nommer les émotions, pour agir, dire à l’agresseur le mal subi, aller en justice s’il le faut, mais aussi pour retrouver des gestes simples du quotidien, pour demander et recevoir une aide matérielle.
- Si c’est possible, une avancée pourra s’entrevoir vers une démarche de prière, parfois de pardon, en recherchant comment l’auteur des faits a pu en arriver là, sans rien minimiser.
- Enfin il s’agira de s’abandonner, sachant que les blessures ne s’effaceront peut-être pas totalement, mais seront guéries.
La contemplation de Jésus dans ses souffrances et sa victoire pourra être d’un grand secours.