Vivre le couple sans se renier

Complet
Note : 40
( 1 vote )
Vivre le couple sans se renier
Propos recueillis par Anne-Marie Delaugère

Quelle différence entre le couple d’hier et le couple d’aujourd’hui ?

L’importance donnée aux libertés individuelles et aux droits de la personne est le changement majeur. Dans la société traditionnelle, la personne était définie par le groupe auquel elle appartenait et beaucoup de devoirs lui incombaient. Aujourd’hui, l’individu se veut maître de sa vie, responsable de son identité et de sa morale. Il est animé, selon le sociologue Jean-Claude Kaufmann, d’une « irrépressible injonction à être soi ».
La nouvelle éthique individualiste a des impacts sur la place de l’individu au sein du couple face à la réalité de ses désirs et non-désirs.

Est-ce que le couple reste un modèle de vie ?

Oui, tout-à-fait. La vie de couple concerne 66,4 % de la population (INSEE 2014).
Selon des recherches récentes, seuls 2 % de la population n’auront jamais vécu en couple au terme de leur existence. Dans les couples, on intègre les couples pacsés (4,3 %), les couples en union libre (22,6 %) et les couples mariés (73,1 %).
Le mariage est aujourd’hui une forme de couple parmi d’autres : seulement 37,63 % de la population est mariée en France. Si le mariage traverse une crise, le couple, lui, se porte bien.

Quelles sont les motivations à vivre en couple ?

Le couple est un choix de vie. Il ne répond plus à une nécessité sociale ou familiale comme jusqu’au 19e siècle où le choix individuel, motivé par l’amour, était restreint.
Les buts du mariage et de la sexualité ont profondément évolué au cours des siècles, ce que résume Jean-Claude Bologne dans son livre « Histoire du couple ». On est passé d’une problématique de transmission du patrimoine dans l’Antiquité, à un sacrement avec le christianisme, pour devenir de nos jours une recherche d’amour et d’harmonie.
Quant à la sexualité, elle est preuve d’amour d’abord ; la procréation ou la recherche d’une descendance ne sont plus moteurs.

Est-ce qu’on peut encore parler de recherche de fusion dans le couple ?

Le désir d’amour fusionnel a caractérisé l’après-guerre. Cette formule du mariage d’amour parfait et idéal supposait la fusion entre deux êtres et se résumait dans l’équation 1+1 = 1.
Aujourd’hui, à ce désir de fusion s’oppose le désir de chacun de préserver son identité. Le message sociétal privilégie l’équation 1+1 = 3. Le sexologue Pasini parle de toi + moi = nous. Chacune apporte sa part à la vie commune mais garde une part pour soi et souhaite conserver son autonomie.
Robert Neuberger parle de « maison couple » qui représente l’espace conjugal comme un lieu d’intimité à deux mais aussi d’espace personnel. Cet espace évolue avec le temps.
Le défi du couple moderne est de former de « l’être ensemble » sans que les partenaires se renient eux-mêmes.

Qu’est-ce qu’un couple heureux ?

C’est un couple où les besoins rationnels de l’un et de l’autre sont entendus, comblés et respectés. Chacun peut s’exprimer, être entendu, valorisé et reconnu.
L’équilibre est trouvé entre les conjoints pour la recherche d’un épanouissement de chacun dans le couple et de la relation couple elle-même.
Chacun des partenaires vit une double intimité : une intimité commune, partagée et une intimité personnelle, réservée. Une juste distance permet aux deux personnes de satisfaire leur besoin d’intimité et leur besoin d’autonomie.
L’un et l’autre privilégient la relation qui les relie en ayant conscience qu’il leur appartient de la nourrir, de l’entretenir et de la dynamiser.

Quels sont les « stresseurs » conjugaux ?

Selon le psychiatre-sexologue Robert Gellman, le niveau d’exigences dans le couple est très élevé. Chaque conjoint doit répondre aux demandes de son partenaire, en termes de confiance, de soutien psychologique, de tendresse, de tolérance, de plaisir sexuel, d’aide matérielle… Chacun se doit d’être « bon » partout, de savoir tout concilier, notamment travail et obligations familiales. Il est difficile de faire face à autant de demandes !
Notre société aussi est porteuse de nouveaux défis : la distinction entre fécondité et sexualité, la recherche d’épanouissement sexuel chez la femme, l’atteinte de la maternité à un âge tardif ou par assistance médicale, la diversité des cultures et des cartes du monde… Autant de changements auxquels le couple doit s’adapter.
Comme le seuil de la tolérance a baissé, les séparations sont plus fréquentes. En même temps, la durée de vie a allongé donc il n’est pas rare que les personnes vivent plusieurs histoires.

Quels sont les problèmes conjugaux les plus fréquents ?

Près de 62 % des difficultés sont liées à des problèmes de communication. Les partenaires peinent à exprimer leurs sentiments et émotions. Viennent ensuite les mésententes sur le plan sexuel (45 %), puis les problèmes avec la parenté de l’un ou de l’autre (37 %), enfin les questions de caractère ou de personnalité liées à des différences de rythme (36 %). La liste est longue…
La plupart des couples y sont confrontés à un moment ou à un autre de leur trajectoire. C’est un processus normal.
S’ils sont bien gérés, ces problèmes permettront au couple de durer et à sa qualité de s’en trouver renforcée.


Selon certaines études, plus de la moitié des couples, mariés ou en union libre, se séparent. De 20 à 30 % se résignent et s’endurcissent, cherchant des compensations dans le travail ou les enfants. À peine 20 % sortent gagnants de cette lutte inévitable et sont heureux à long terme.


Vous aimerez aussi

L’optimisme du départ en vacances peut cacher bien des aspirations....
Expérience d’un professionnel de la sécurité. La méthode Thomas Gordon....
Ne vous est-il jamais arrivé de rencontrer des personnes d’une rare qualité...
Françoise a découvert les techniques de coaching par la Démarche Résolutive...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...