Vous avez dit frustration ?

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Cheveux

Vous sentez, soudainement, monter en vous colère, agacement, agressivité, ressentiment…
Ce que vous aviez demandé à votre conjoint(e), enfant, ami(e), collègue… n’est toujours pas fait !
Vous êtes surpris(e) par la violence de votre ressenti.
Vous réalisez que ce que vous aviez demandé n’était pas si important que cela. Votre irritation disproportionnée révèlerait-elle quelque(s) frustration(s), passée(s) sous silence ?

La frustration. C’est quoi au juste ?

En psychologie, la frustration est la condition du sujet qui se voit refuser ou se refuse la satisfaction d’une demande pulsionnelle. En d’autres termes, c’est une tension psychologique engendrée par un obstacle qui empêche d’atteindre un but ou de réaliser un désir. C’est aussiun sentiment d’insatisfaction ressenti par comparaison avec un tiers injustement mieux loti.

Les sources de la frustration

La frustration naît d’un vécu, conscient ou non, de carences, de manques, de besoins non comblés, d’attentes, de désirs ou de souhaits insatisfaits, sur le plan personnel ou relationnel.
  • La carence émotionnelle résulte d’absence précoce ou de présence insuffisante de relations affectives. Elle entraîne une demande inassouvissable d’attention, de reconnaissance, de réassurance, de valorisation, de légitimité. Faute de réponses appropriées, surgissent des frustrations.
  • Le besoin concerne la survie et le développement. Les besoins physiologiques fondamentaux de l’être humain sont : respirer, boire, manger, évacuer les déchets, dormir et avoir des contacts physiques.
  • Contrairement aux croyances communes, la sexualité n’est pas un besoin fondamental. Toutefois, l’absence, non choisie, de relations sexuelles peut entraîner, pour chaque conjoint, une grande frustration.
  • Le manque est l’insuffisance ou l’absence de ce qui est ou serait nécessaire. Par exemple, le manque d’argent répondrait à une nécessité relative. Juger, à tort ou à raison, ne pas en avoir assez est frustrant.
  • Le désir est la tendance à vouloir atteindre un but connu ou imaginé dans la relation, la possession, la réalisation… Un désir assouvi provoque du plaisir, un désir non satisfait provoque de la frustration.
  • La comparaison à un idéal inaccessible ou à un autre « mieux loti » frustre inévitablement.
Notons que toutes ces notions sont imbriquées et interactives. Il est complexe d’en déterminer précisément les contours.

Les formes de frustration

Liée à l’être, à l’avoir ou au faire, la frustration est présente au quotidien dans le couple, la famille, les amis, la vie professionnelle, personnelle, spirituelle, communautaire…
Prendre conscience de la frustration originelle permet de désamorcer le processus. L’identifier, sous ses différents masques, évite de se tromper de cible, d’exutoire et permet d’en utiliser la dynamique plutôt que de la subir.
Par exemple, l’impression de ne pas être considéré(e). Celle-ci est à l’origine du complexe d’infériorité qui conduit souvent à tout interpréter en termes d’humiliation, de persécution, voire de harcèlement. Or, la personne incriminée ne se reconnaît pas du tout dans ce rôle.
Il est donc indispensable de discerner entre ses propres frustrations, celles des autres et la réalité de la situation.

La frustration chez l’enfant

Être frustré(e) ou frustrer l’autre est inévitable mais nous pouvons donner à nos frustrations un destin approprié.
Plutôt que de générer nos colères et agacements sclérosants, elles peuvent nous inviter à créer, évoluer, grandir, mieux vivre.
Le rôle de parent illustre bien ce propos. En effet, père et mère guident leur enfant, dans l’amour et le respect de sa personnalité propre pour :
reconnaître et nommer son monde intérieur, ses émotions, envies, frustrations, et celles des autres ;
réaliser qu’il y a un monde extérieur impliquant des limites à son mouvement naturel de toute-puissance. Cela lui évitera de traverser la rue seul(e) devant un camion, lui permettra d’avoir de vrais copains, de jouer avec son frère qui, certes, lui prend tous ses jouets, mais a des idées géniales pour se cacher, en rigolant, dans les fleurs de Mamounette. Ce rôle cadrant fait craindre à certains parents de ne plus être aimants et aimés, en réalité, il sécurise et rassure affectueusement l’enfant ;
découvrir que le tout lui a été donné par l’amour d’un Créateur qui a choisi de naître, comme lui, pour mieux le comprendre… et qui a accepté une mission très dure, pour un plus grand bien final : « même plus peur de toi, la mort ! »
La frustration, volontairement acceptée pour accéder à une plus grande satisfaction ultérieure, est une étape fondamentale vers la maturité. La table de multiplications qu’il faut apprendre pour fabriquer, un jour, des fusées… bien se tenir à la table de la vie pour siéger un jour à la table du Roi…
Le défi de l’éducation est de trouver l’équilibre subtil entre trop et pas assez de frustrations. « Trop » enfante un adulte assujetti au désir de l’autre, « pas assez » engendre un tyran qui impose ses désirs.
À nous de choisir. Pour nous-même et pour ceux qui nous entourent.

Auteurs
C. TROISPSY

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