Les Attestants. Naissance et enjeux d’un mouvement confessant au sein de l’Eglise protestante unie de France

Extrait
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Les Attestants. Naissance et enjeux d’un mouvement confessant au sein de l’Eglise protestante unie de France

Introduction

Cet article a pour objet de relater brièvement et d’expliquer l’émergence des Attestants, un mouvement à la fois pleinement situé au sein de l’Eglise protestante unie de France, constitué exclusivement de membres de cette Union, refusant toute perspective schismatique, qui s’est pourtant doté de statuts propres (ceux d’une association Loi de 1901) pour garder une autonomie d’organisation et d’action. Nous tenterons de montrer comment un débat synodal, en l’occurrence celui qui a été consacré au thème de la bénédiction en 2014-2015, a pu révéler un malaise ecclésial profond aux niveaux institutionnel (les questions de représentativité, de modalités de prises de décision), et théologique (les difficultés liées au pluralisme théologique, héritage historique de l’Eglise protestante unie de France).

Aux origines : le débat autour de la bénédiction des couples de même sexe (1) .

Au début de 2014 est lancée dans les paroisses membres de l’Eglise protestante unie de France (issue depuis 2013 de la réunion de l’Eglise Réformée et de l’Eglise Evangélique Luthérienne) une réflexion intitulée Bénir. Témoins de l'Evangile dans l'accompagnement des personnes et des couples. Elle aboutira en 2015 à la décision prise par le synode national de l’EPUdF, réuni à Sète, d’ouvrir la possibilité aux Eglises et pasteurs de l’Union qui le souhaitent de célébrer des bénédictions entre personnes mariées de même sexe (la loi sur le mariage pour tous a été promulguée en France en 2013). Deux numéros spéciaux de la revue information-évangélisation, organe officiel de l’EPUdF , avaient été préalablement consacrés à ce sujet et envoyés à tous les conseillers des paroisses et aux pasteurs. Ces documents (dès l’introduction) annonçaient clairement que dans le cadre du sujet assez large de la bénédiction (2) , la question de la célébration liturgique de mariages entres personnes de même sexe serait posée. En quelque sorte, au lendemain de l’institution par la République du mariage pour tous, le conseil national de l’EPUdF demandait au synodaux de se confronter à la question de la bénédiction pour tous.

Les brochures préparatoires situent la réflexion sur la bénédiction dans le cadre d’une théologie de la Grâce, vue comme l’amour inconditionnel de Dieu. Ce qui ne va pas sans poser question. La bénédiction est-elle l’approbation, la validation par Dieu de nos propres projets ou la promesse qui accompagne toute vie entrant dans son propre projet, créateur et rédempteur ? (3)

C’est, entre autres préoccupations, ce souci de clarification théologique qui décide trois pasteurs de l’EPUdF à publier en décembre 2014, après les sessions des synodes régionaux consacrées à ce thème, un appel aux délégués du synode national qui doit se réunir au mois de mai suivant. Cet appel comporte essentiellement deux volets : Il met en garde contre le risque de division que le sujet comporte (certains débats dans les synodes régionaux, en novembre, ont été difficiles). D’autre part il plaide pour l’adoption d’un moratoire sur la question (à l’instar de la décision prise par l’Eglise Protestante d’Alsace-Moselle), en suggérant que l’EPUdF entre dans une démarche de type conciliaire : prendre le temps de se mettre d’accord en reprenant sérieusement les questions de sexualité et de conjugalité comme l’avait demandé le synode national de Cognac en 2004 (4) . Le processus synodal qui aboutira à la décision prise à Sète en mai 2015 a en effet été rapide (entre le lancement du sujet, la consultation des paroisses, des synodes régionaux, et la décision finale du synode national, il aura duré moins d’un an et demi) (5). ...

1. Ci-après BCMS.

2. Comme l’écrira au lendemain du synode le Pasteur Olivier Pigeaud, bibliste reconnu au sein de l’EPUdF, « concept absolument flou et bibliquement sans rapport étroit avec le cœur de l’Evangile ». Effectivement, on peut se demander s’il est pertinent de qualifier l’acte de bénir comme « La mission de l’Eglise » (cf Bénir, Témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples, Information/Evangélisation n°1-2/2014, volume 1, ch.5).

3. Voir la mise au point de Jean-Yves Peter, « L’EPUdF et la bénédiction pour tous. Essai de décryptage théologique », publié sur le site internet de l’Eglise réformée Evangélique de Mulhouse en juin 2015. 

4. Ce Synode, à une quasi-unanimité (60 contre, 4 pour) avait demandé au conseil national de l’Eglise Réformée de France d’intégrer la question des personnes homosexuelles « dans une réflexion plus large sur la famille, la conjugalité, la parentalité » (décision 27).

5. Sur les faiblesses de ce processus : précipitation due au suivisme des tendances de fond de la société ambiante, absence de réflexion quant aux critères de discernement moral et quant à l’herméneutique sur les fondements donnés par la Bible, « feuilletée plutôt que lue », on lira avec intérêt Christophe Singer, « Le discernement moral dans la tradition protestante », in Revue d’Ethique et de Théologie Morale, juin 2018, pp. 41-59, en particulier les pages 51-55.

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