12 septembre 1573. Sancerre et les protestants

publié le 12 September 2022 à 00h01 par José LONCKE

12 septembre 1573. Sancerre et les protestants

Sancerre et les protestants, c'est une longue histoire.

Dès la début de la Réforme Sancerre est touchée par les idées luthériennes. C'est une place forte protestante. En 1534, Jean Michel, ancien aumônier de Marguerite d’Angoulême, sœur de François 1er, prêche à Sancerre. En 1548, l'église Saint-Jean est réaménagé pour devenir le premier temple protestant de Sancerre.

L'histoire de la ville est marquée par le siège de Sancerre, mené par les armées catholiques.

Jean de Léry (1536-1613), le célèbre auteur de « L’histoire d’un Voyage fait dans la terre du Brésil » (1578), se réfugie à Sancerre après le massacre de la Saint-Barthélemy (1572). Sancerre avait en effet accueilli des réfugiés après la Saint-Barthélemy.

 

Siège de Sancerre

Mais Sancerre est bientôt assiégée. Le siège proprement dit, c'est-à-dire le blocus intégral de la place dure 5 mois (7 février 1573 au 24 juin 1573). Léry y connaît la famine et est témoin d’une scène d’anthropophagie. L'événement lui rappelle les scènes de cannibalisme qu’il a pu observer lors de son séjour au Brésil.

Anthropophagie

Des scènes apocalyptiques se déroulent. Lorsque les Sancerrois eurent tout mangé, jusqu'à la moindre petite touffe d'herbe en passant par chats, taupes, rats, il fallut trouver autre chose : les peaux de bœuf, de chèvre, d'âne, de cheval sont « pelées, raclées, lavées, échaudées et cuites ».

On les fait « rôtir sur le gril comme tripes ; que si quelqu'un avait de la graisse, il en faisait de la fricassée et du pâté en pot. »

Ensuite, plus de bêtes. vient le tour des parchemins qu'on met à tremper deux jours dans de l'eau et qu'on mange par morceaux gluants, puis du suif de chandelle, des coquilles de noix pilées ou des ardoises moulues pour faire du pain, des « fientes de cheval » cuites dans du suif et mélangées à des herbes...

Quand il n'y eut plus rien de rien, on assiste à l’extrême : des scènes d'anthropophagie.

Léry en est témoin et se souvient avoir vu des scènes semblables au Brésil, chez ceux qu'on nomme alors « sauvages »...

Comble de l’horreur : vers le 20 juillet, le bruit court que le vigneron Simon Potard et sa femme ont tué leur fille de 3 ans pour la manger.

L'homme est brûlé vif et sa femme étranglée... La mauvaise nourriture engendre des maladies.

On ne voit que des mourants dans les rues d’ordinaire si tranquilles !

Capitulation

Brisés, à bout de force, les Sancerrois capitulent. Le 24 juin 1573, après cinq mois d’une résistance acharnée face au pouvoir catholique, les Sancerrois, capitulent. Léry est chargé des négociations. Ces événements sont relatés par Léry dans « L’Histoire mémorable du siège de Sancerre » (1574).

La vengeance est terrible. Les murailles sont détruites, on brûle les portes de la ville, on enlève la cloche du beffroi au terme du siège pour punir la ville de sa résistance. On l'emmène à Bourges, où elle restera pendant plus de quatre siècles… La ville la récupérera à la toute fin du 20e siècle. Et on réclame 40 000 livres à la ville. L'échevin André Jouhanneau, l'un des chefs de la résistance, est jeté dans le puits de la Halle après avoir été tué le  12 septembre 1573.

Sévèrment punie, convertie de force ou exilée, la communauté protestante est décimée.

De nos jours, Sancerre est une des rares villes de France, composée de familles protestantes de souche, celles qui ont échappé au massacre de 1573.

Les Temples

En 1548, les protestants devinrent assez nombreux pour prendre l'église Saint-Jean pour temple, laissant aux catholiques les autres églises et chapelles. Cette église ne correspondait pas à celle qui porte actuellement ce nom. Elle fut utilisée jusqu'en août 1573 date à laquelle elle fut rendue aux catholiques.

Suite à l'Édit de Nantes de 1598, la construction d'un temple fut possible et se fit à l'extérieur des murs de la ville, rue Porte Oizon (ou Porte Oyson). Cet édifice fut assez mal construit, trop petit et mal commode. C'est pourquoi la communauté protestante obtint l'autorisation d'édifier un temple à l'intérieur de la ville : il sera inauguré le 15 avril 1610. En 1640, Henri II de Bourbon, prince de Condé, rachète la seigneurie de Sancerre et fait fermer le temple, obligeant les protestants sancerrois à aller au temple d'Henrichemont. En 1645, ils obtiennent l'autorisation de célébrer le culte sous une tente dressée à Porte Oyson, puis, en 1652, de reconstruire ce temple.

Ces deux temples sont démolis du 26 octobre au 17 novembre 1685 et leurs chaires brûlées.

Les matériaux sont récupérés pour construire la chapelle des "nouvelles converties" inaugurée le 29 septembre 1700. A la Révolution, les communautés religieuses sont dissoutes, et le couvent de la Miséricorde est désaffecté. Ironie du sort, la jouissance de la chapelle est concédée aux protestants provisoirement en 1797 puis à perpétuité par décret impérial du 20 juillet 1807. Ceux-ci célèbrent donc leur culte dans un édifice bâti avec les pierres de celui que leurs ancêtres avaient édifié en 1610 ! En 1894, une importante rénovation sera effectuée et inaugurée le 2 décembre.

Sur le fronton du Temple, les trois dates, correspondent,

-au premier prêche de Jean de Léry à Sancerre (1548),

-à la transformation de l’église en Temple (1797),

-et à l’importante rénovation de l’édifice (1894).

Juste au face, se trouve la rue du Vieux-Prêche.

Cimetière

De 1548 à 1695, le cimetière communal se trouvait autour de l’église Saint-Romble située un peu à l’extérieur de la ville. Mais les gens constatèrent alors que des chiens ou des loups venaient déterrer les cadavres. Un nouveau cimetière fut ouvert où se situe l’actuelle place du souvenir (avec un carré pour les protestants).

Mais ce cimetière fut rapidement trop petit.

Et en 1850, après dix ans de tractations et grâce à l’intervention de Napoléon III, le cimetière actuel fut ouvert, mais avec trois portes, encore visibles aujourd’hui. La plus grande pour faire entrer les catholiques, une plus petite et située à côté pour les protestants, et une troisième située du côté des caves de la Mignonne, et qui était réservée aux non chrétiens. Le coin protestant se trouvait tout en bas du cimetière et comme la pente est importante, à chaque gros orage, les tombes protestantes étaient recouvertes d’une couche de boue… Les allées ont été depuis pavées et, les protestants peuvent maintenant être enterrés sans distinction religieuse…

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