Prêcher sur l’Ancien Testament

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Prêcher l’Évangile à partir des textes de l’A.T. demande une attention et une rigueur qui parfois effraye un peu. Émile Nicole met sa passion et sa compétence au service de cette cause.Prêcher l’Évangile à partir des textes de l’A.T. demande une attention et une rigueur qui parfois effraye un peu. Émile Nicole met sa passion et sa compétence au service de cette cause.

Prêcher sur l’Ancien Testament

Où est le problème ? L’Ancien Testament offre au prédicateur de la Parole un champ vaste et varié : des récits vivants qui invitent à la réflexion et au discernement éthique, des prières propres à nourrir la vie spirituelle, des paroles prophétiques vives et tranchantes aussi bien pour dénoncer le mal que pour éclairer l’avenir, des paroles de sagesse pour susciter et guider la réflexion. Comment le prédicateur pourrait-il se priver d’une telle richesse et surtout en priver l’assemblée qu’il a la charge d’instruire et d’exhorter ?

Est-ce la déformation professionnelle attachée à trente-cinq ans d’enseignement de l’Ancien Testament, j’ai peine à imaginer qu’on puisse ne pas aimer entendre ou délivrer un message inspiré et guidé par un texte de la première partie de notre Bible. J’ai peine à croire que ce soit par choix délibéré que certains s’en abstiennent ou n’y recourent que rarement. La difficulté même de certains textes ne devrait-elle pas stimuler le prédicateur ? N’est-ce pas en aidant le croyant à surmonter certaines difficultés de compréhension et d’appropriation que le pasteur se rend utile ?

Où l’on parle de lectionnaire

Faut-il d’ailleurs se plaindre d’une certaine désaffection ? D’un déséquilibre plus ou moins criant entre les deux parties de la Bible ? Je ne sais et ne vais pas m’essayer ici à des statistiques. La seule remarque que je me risquerai à faire est que l’alignement sur un lectionnaire proposant pour chaque dimanche un texte de l’Ancien Testament, une épître et un évangile tend à privilégier l’évangile par rapport aux deux autres textes. La liturgie catholique romaine souligne de manière très ostensible cette prééminence. Mais, indépendamment de toute mise en scène, le seul choix des textes montre que l’Ancien Testament et l’épître ne sont choisis que pour servir d’appoint au texte de l’évangile. Ce que l’on aurait pu gagner à suivre une liste qui impose de commenter des textes que l’on n’a pas choisis se trouve malheureusement réduit par le choix de trois textes qui conduit de façon quasi irrésistible vers celui des évangiles. Il est certes sympathique de pouvoir penser que différentes confessions chrétiennes se retrouvent réunies le dimanche par l’écoute des mêmes textes bibliques, mais, quelque soit la beauté du symbole, on doit veiller à ne pas se laisser entraîner par-là à une lecture sélective des textes bibliques, à une prédication conçue essentiellement comme commentaire de l’évangile du jour.

Pour compenser cet effet malheureux du lectionnaire, trois stratégies paraissent envisageables.

La première consiste à tenir compte dans la prédication des trois textes du jour. On donne ainsi à l’évangile l’arrière plan du texte vétérotestamentaire et son prolongement dans l’enseignement apostolique par le texte de l’épître. C’est une manière judicieuse de profiter du lien qui unit les trois textes et d’asseoir l’enseignement et l’exhortation sur la révélation dans son déploiement historique, ce qui est rendre justice à la Bible qui nous la présente elle-même ainsi. Ce que l’on peut ainsi qualifier de bon usage du lectionnaire, est, il me semble, assez souvent pratiqué et encouragé. On peut encore diversifier la méthode en accordant une attention plus ou moins grande à l’un ou l’autre des trois textes. On évitera ainsi une prédication uniquement centrée sur l’évangile. Précisons, pour éviter toute méprise, qu’on parle ici du texte pris dans l’un des quatre évangiles et non de l’Évangile, la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ, cœur du message chrétien, qui doit évidemment être et rester au centre de toute prédication.

Cette prédication sur les trois textes risque cependant, en voulant trop embrasser, de mal étreindre. Peut-on vraiment entrer dans le texte biblique, en faire entendre et ressentir la force, sans y mettre le temps nécessaire ? On pourra alors choisir une seconde voie, encore reliée au lectionnaire : retenir un seul des trois textes, Ancien Testament, évangile ou épître, ce qui permet de donner au texte retenu toute l’attention qu’il mérite et notamment de prendre un texte de l’Ancien Testament comme seul objet de méditation. Il faudra alors aller peut-être au-delà de la seule section réduite prévue par le lectionnaire, surtout s’il s’agit d’un récit.

Désirant soumettre le choix du texte biblique de mes prédications à une instance extérieure, j’ai opté moi-même depuis quelque temps pour une troisième voie qui n’a plus de lien avec le lectionnaire : suivre la liste quotidienne de la Ligue pour la lecture de la Bible. Cette solution offre à mes yeux un double avantage par rapport aux précédentes. Elle restreint l’offre à un seul texte, alors que le lectionnaire laisse le choix entre trois et le texte médité le dimanche s’inscrit dans un programme quotidien que peuvent suivre les membres de l’Église tout au long de la semaine. Le paradoxe de cette discipline, librement consentie et parfois transgressée, est qu’elle m’amène à prêcher encore assez souvent sur un texte du Nouveau Testament !

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