Dieu et les pauvres

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Dieu et les pauvres

Aujourd’hui, être pauvre, c’est manquer d’argent, ne pas avoir d’emploi ou de logement. À l’époque biblique où la société est familiale et rurale, c’est surtout manquer de nourriture parce que la récolte a été mauvaise. C’est aussi ne plus avoir de semence pour l’année à venir, plus de soutien de famille, devoir vendre ses bêtes, sa terre, vendre un fils, une fille, se vendre soi-même comme esclave pour espérer survivre. La famine, la maladie, la guerre sont autant de causes directes de la pauvreté, avec l’injustice récurrente des humains envers leurs semblables.

Dans la Bible, Dieu est présenté comme le père des orphelins, le défenseur des veuves, celui qui aime l’immigré. Ce titre généreux n’est pas seulement honorifique, il se traduit concrètement dans la législation donnée à Israël, les récits, l’instruction des sages, les messages adressés par les prophètes, les prières adressées à Dieu.

Aucune législation, dans tout le Proche-Orient ancien, ne montre une telle préoccupation pour les défavorisés. Parmi les dispositions originales prévues, l’obligation de libérer l’esclave hébreu après six années de service, sans contrepartie, la restitution des terres à leur famille d’origine, à date fixe, tous les 50 ans, l’interdiction de prêter au pauvre avec intérêt. Ces dispositions donnent au pauvre l’occasion de remonter la pente en ne ménageant pas ses propres efforts. Le droit de glaner et de grappiller en est un autre exemple. Ces dispositions sont accompagnées d’incitations diverses, promesses, menaces, appels à la conscience, pour susciter l’adhésion de chacun à ce programme généreux.

Les messages des prophètes montrent que, malheureusement, l’appât du gain, l’indifférence aux malheureux... ont sérieusement entravé la réalisation du programme mis en place par Dieu. Hélas, le comportement des gens, l’égoïsme et même l’injustice délibérée n’ont fait qu’accentuer la misère des indigents et la rendre plus désespérée. Dieu, cependant, ne se lasse pas d’avertir son peuple, de le menacer, de l’inciter à bien faire.

Un récit comme celui du livre de Ruth (voir ci-dessous) montre comment une famille qui a connu les pires malheurs a pu finalement s’en sortir grâce au dévouement d’une admirable belle-fille et à la générosité d’un proche parent. Le récit confirme que la générosité de Dieu ne demande qu’à se traduire concrètement au travers de femmes et d’hommes animés des mêmes sentiments.

L’instruction transmise par les proverbes bibliques, souligne que Dieu fait cause commune avec les pauvres. Donner au pauvre, c’est prêter à Dieu. Rester insensible au déshérité, c’est s’exposer à l’indifférence de Dieu. Le livre des Proverbes ne manque pas non plus d’avertir des risques que font courir la paresse ou les projets fantasques. Chacun est responsable de ne pas s’exposer à la pauvreté par nonchalance ou fantaisie. Le réalisme des Proverbes garde le lecteur d’une idéalisation factice du pauvre et encourage ainsi à l’aider concrètement.

Les prières du livre des Psaumes attestent l’attention particulière de Dieu pour les pauvres. Dieu est célébré comme celui qui délivre le pauvre, défend sa cause, lui rend justice. Et c’est à ce titre qu’on s’adresse à lui pour obtenir son aide. Se reconnaître pauvre devant Dieu, c’est avoir l’assurance qu’il entendra. C’est assurément de la pauvreté morale et spirituelle qu’il est question. Elle n’en est pas moins un témoignage rendu à la compassion de Dieu : « Moi je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi » (Ps 40.18).

Par-delà les différences culturelles et économiques, le message de la première partie de la Bible souligne la dignité humaine du pauvre en même temps qu’il témoigne de la sollicitude de Dieu envers lui et invite à l’entraide. Il suggère des dispositions légales permettant, avec l’effort des intéressés, de remonter la pente. Chaque être humain, riche ou pauvre, est invité à se situer devant Dieu comme un pauvre qui a tout à attendre de lui, notamment la compassion et le pardon.

DEUX RÉFUGIÉES

UN PREMIER EXIL touche Naomi, son mari et ses deux fils. Pour survivre à la famine qui sévit en Israël, ils fuient de l’autre côté du Jourdain, au pays de Moab. Comment y sont-ils accueillis ? Le récit ne le précise pas. Ils semblent y refaire tant bien que mal leur vie : les deux fils se marient avec deux filles du pays. Dix ans s’écoulent, mais le malheur frappe la famille là où elle avait trouvé refuge : le père meurt ainsi que ses deux fils. Il ne reste du foyer que trois veuves sans ressources. Naomi décide de rentrer au pays. Elle n’a plus aucun avenir à proposer à ses belles- filles et leur conseille de retourner chez leurs parents pour se remarier. Ainsi chacun se retrouvera chez soi : Naomi à Bethléem, ses deux belles-filles, Orpa et Ruth, mariées dans leur pays à des compatriotes. Mais Ruth refuse d’abandonner Naomi. Pour rester avec elle, elle est prête à quitter son pays.

C’EST UN SECOND EXIL, celui de Ruth. Naomi rentre chez elle, mais Ruth, elle, la suit et s’en va vers un pays qu’elle ne connaît pas. Comment sera-t-elle accueillie ? Lorsque Naomi arrive à Bethléem, elle fait sensation, tout le monde la reconnaît, lui demande des nouvelles. Mais, une fois l’émotion « médiatique » retombée, il faut bien se prendre par la main pour survivre. C’est Ruth, l’étrangère, qui part seule à l’aventure pour glaner dans les champs. Mais, dès le premier jour, la voilà bien accueillie, autorisée à glaner, invitée au casse-croûte des moissonneurs. Son dévouement pour sa  belle-mère n’est pas passé inaperçu et Boaz, le propriétaire du champ, sait trouver les mots qui lui vont droit au cœur : « Que le Seigneur te rende ce que tu as fait ! Que ta récompense soit complète de la part du Seigneur, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue te réfugier ». Une histoire de réfugiées qui finit bien. Combien d’autres se terminent mal. C’est dans la vie de vrais gens que se vivent le malheur et les moyens d’en sortir lorsque se rencontrent l’honnêteté d’une Naomi, l’attachement et l’ardeur au travail d’une Ruth, la générosité bienveillante d’un Boaz et au-dessus d’eux la providence divine dont dépendent les uns et les autres.

UN RÉCIT POUR AUJOURD’HUI

On trouve le récit complet de cette histoire dans le livre biblique de Ruth. Une narration qui vaut le détour.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Dieu, père des orphelins : Psaume 68.6-7 ; 146.9.

Libération de l’esclave hébreu : Exode 21.1-6.

Retour des terres à la famille : Lévitique 25.23-34.

L’injustice dénoncée par les prophètes : Amos 8.4-10.

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