L'apprentissage de la prière

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Le texte qui suit a d’abord été une plaquette en vue d’une formation à la prière dans le cadre d’une Église. Il a été ensuite utilisé dans plusieurs communautés ainsi que lors de retraites. À ce titre, il nous a paru utile de le proposer aux lecteurs des Cahiers qui pourront le reprendre ou s’en inspirer pour faciliter l’initiation des chrétiens à la prière.

L'apprentissage de la prière

Introduction

Il existe beaucoup de bons ouvrages sur la prière. Ce texte n’a pas la prétention de dire du nouveau. Mais beaucoup ont remarqué que, lorsque les grands principes étaient affirmés, les textes bibliques cités et commentés, le lecteur - l’apprenti - se trouve bien souvent désarmé. Il sait beaucoup de choses justes sur la prière, mais comment entrer dans cette prière ? On peut répondre que prier est si personnel que chacun le fait à sa manière. Peut-être, mais il est certain que beaucoup ne le font pas, ou, découragés, s’arrêtent vite et se privent de toute une richesse.

Notre but sera donc une initiation pratique, non la doctrine définitive qui ferme les portes, mais le conseil qui ouvre ces avenues par lesquelles se sera à chacun de s’aventurer avec Dieu. La perspective sera celle d’un apprentissage de quatre semaines. Distribué sous forme de plaquette, ce texte a été ainsi travaillé dans plusieurs Églises. Il a aussi été utilisé lors de retraites de quelques jours. Le découpage en semaines est donc, bien sûr, une indication secondaire.

La prière est un tout dans lequel les mouvements se succèdent selon le vœu de celui qui prie et les suggestions de l’Esprit. Cependant un peu d’ordre ne fait pas de mal, ni pour un apprentissage ni pour la prière elle-même. Nous envisagerons donc semaine après semaine des aspects différents de la prière. Dans la réalité, ils se mêlent, mais pour tous ceux qui s’engagent sur ce chemin, pour le temps d’une étude, les dissocier sera profitable. Accentuer tel aspect pendant une semaine nous aidera par la suite à ne pas le négliger au profit de tel autre.

Que l’étude se fasse seul ou en groupe, gardons, au moins pour une première fois, un temps égal pour chaque partie. Si une semaine (comme la première ou la quatrième) concerne deux grands aspects, on pourra soit leur consacrer un temps égal chaque jour, soit consacrer la moitié de la semaine à l’un et l’autre moitié au suivant. Si l’on a plus de temps, une semaine entière par chapitre ne serait pas de trop.

Il sera bon d’y revenir chaque jour, de méditer tel ou tel texte proposé pour la semaine et surtout de mettre en pratique ce qui est dit, de prier. L’idéal est de pouvoir ensuite partager avec d’autres ces expériences et la réflexion qu’aura fait naître la prière.

Enfin, rappelons-nous qu’il ne faut pas isoler la prière de la vie. Elle est le lieu qui prépare l’action, le retour à la source qui donne sens et force à la vie, la rencontre et l’écoute de celui dont nous voulons faire la volonté (Mt 7.21).

Première semaine

Qu’est-ce que la prière ?

La prière est une rencontre personnelle avec Dieu (Ex 33.11). Et comme dans toute rencontre normale, il doit y avoir échange. Prier, c’est être devant Dieu, lui parler, l’écouter. Pour le chrétien, la prière n’est donc pas un luxe, mais une nécessité. Si les apôtres et Jésus lui-même ont prié, à combien plus forte raison en ai-je besoin.
La prière est indispensable car à la fois elle me met en relation avec Dieu et elle me permet de vivre et de m’engager dans le monde sans m’y dissoudre inutilement.

1. Être avec Dieu

Si c’est l’Esprit de Dieu qui nous pousse à prier, prier n’en est pas moins un acte libre de notre volonté. Lorsque je prie, je me place devant Dieu. « Être devant Dieu » est l’essentiel de la prière. Elle est donc un temps que je prends pour me consacrer à Dieu seul (Mc 1.35).

Le temps
Nous reviendrons plus tard sur le « priez sans cesse ». Pour l’instant, il nous faut trouver un temps et des temps dans la journée. Pas trop long au début si nous ne voulons pas nous décourager, pas trop court non plus car il nous faut prendre le temps d’entrer dans la prière. Entre un quart d’heure et une demi-heure ? Chacun doit trouver le rythme qui lui convient pour l’instant.

Le lieu
On peut prier partout. Il n’empêche qu’un lieu paisible et isolé facilite bien les choses (Mt 6.6). On peut certes prier dans le métro, mais on le fait mieux si l’on vient de prier dans sa chambre.

Le corps
Toute attitude est possible, mais il en est qui favorisent la concentration et l’éveil, d’autres l’assoupissement béat ou les crampes douloureuses. Si nous ne faisons pas attention à notre corps, c’est lui qui se rappellera à notre souvenir. Une position détendue, stable et sans crispation est toujours souhaitable. D’autre part, le corps peut accompagner notre attitude intérieure de louange ou de repentance et devenir un moyen de notre expression devant Dieu.

L’entrée dans la prière
Là encore, c’est à chacun de trouver sa voie. Mais il est bon de prendre d’abord le temps de se détendre, de laisser couler hors de soi les soucis et les tensions. Pour beaucoup, lire et méditer un passage de la Bible est une excellente introduction. Et puis, se replacer devant Dieu, prendre conscience de celui que nous allons rencontrer, devant qui nous sommes. Il est le Père qui nous a manifesté son amour en Jésus-Christ, qui nous aime tels que nous sommes, que nous ne connaissons pas le Christ (Lc 15.11-32 ; Jn 14.8-11 ; et 1Co 3.16). Acceptons de nous tenir en silence, pendant un moment devant lui. Ce temps de contemplation ou d’adoration sans paroles sera peut-être une louange meilleure que tout ce que nous saurions dire.

2. Parler à Dieu

Parler peu et parler vrai

Les prières de la Bible, particulièrement les psaumes, nous montrent que la plus grande liberté est possible. Mais, comme le dit Calvin, « il nous faut veiller, chaque fois que nous invoquons le Seigneur à descendre au plus profond de notre cœur pour, de là, nous adresser à lui et non pas seulement de la gorge ou de la langue ». D’autant plus que l’essentiel est le mouvement de notre cœur et non les sons et les pensées que nous pouvons produire. C’est à Dieu que nous voulons nous adresser, non au plafond ou à nous-mêmes. Si nous nous adressons à Dieu, que ce soit par des phrases simples, brèves. Il n’a pas besoin de longues explications, encore moins de longs discours et nous ne prions pas pour nous entendre prier (Mt 6.7-15). Quant au « Notre Père », il est le modèle que Jésus nous a laissé. Le répéter sans cesse peut en faire une vaine redite, mais ne pas le connaître pour le prier et le méditer serait prendre le don de Dieu à la légère…

Conduit par l’Esprit
Dans ce que nous disons, pourquoi ne pas nous laisser aussi conduire par l’Esprit (Rm 8.26) ? Il peut nous conduire là où nous ne pensions pas aller : louange ou demande de pardon, offrande de soi ou présentation d’une inquiétude… Être aussi libre qu’on le serait devant un père aimant et sans tenir à multiplier les paroles ou à abréger les silences.

Perturbations
Et lorsque des idées traversent notre esprit, qui détournent notre attention, ne perdons pas de temps à les maudire ou à nous lamenter. Revenons simplement devant Dieu et, si cela est possible, intégrons-les même à notre prière.

Sentons notre liberté ; tout est possible. Si nous prenons le temps de rencontrer Dieu qui nous est tout proche, au cœur de nous-mêmes, c’est lui qui nous apprendra à prier. Nous trouverons le chemin qui nous est propre et les frères nous seront utiles pour nous aider à ôter ou à contourner les obstacles que nous rencontrerons.

Quelques conseils pour la semaine :
• Essayons de lire ce texte chaque jour en nous arrêtant sur tel ou tel point et en méditant les textes bibliques cités.
• Apprenons à prier les psaumes. Pourquoi ne pas souligner tel psaume ou passage d’un psaume qui nous semble exprimer ce qui est en nous ? Et n’ayons pas peur d’y revenir.
• Relisons chaque jour, méditons et, mieux encore prions le Notre Père (Mt 6.9-13). Apprenons à mouler notre prière dans celle de Jésus.

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