Prière de début et de fin du jour

Extrait
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La routine a mauvaise presse, dans le domaine spirituel comme dans n’importe quel autre. Et, effectivement, quand elle n’est qu’un acte impensé, froid et rébarbatif, elle manque d’intérêt et peut même être néfaste. Par contre, quand une « routine » spirituelle est vécue dans le face-à-face avec Dieu, dans des temps authentiques et vrais, de merveilleuses conséquences voient le jour. La monotonie est absente, car Dieu est présent. En proposant de rythmer nos journées par la prière de début et de fin de jour, l’auteur invite ses lecteurs à une telle routine « habitée » et conséquemment bénissante.
Prière de début et de fin du jour

« La discipline veut dire qu’il faut faire quelque chose de concret et de très précis pour créer le contexte où puisse se développer une vie de prière ininterrompue(1). »

Dans plusieurs de ses livres, Eugene Peterson mentionne les trois piliers essentiels qui devraient caractériser un cœur de berger : la place centrale occupée par la prière, l’écoute de l’Écriture pour proclamer, avec autorité, une Parole qui a été intériorisée, méditée, "ruminée", et enfin l’importance de l’écoute pastorale. Il le résume en ces trois formules : être un berger qui prie, un berger qui prêche et un berger qui écoute(2). On est en droit de se poser la question de la place occupée par ces trois piliers dans nos univers pastoraux surchargés.

Il est difficile de développer une spiritualité équilibrée où la prière et l’écoute de la Parole occupent une juste place, tant les pressions exercées par notre société sont énormes. Il nous faudra donc, sans culpabilité excessive, nous questionner sur nos vraies priorités. Avons-nous soif d’une plus grande intimité avec le Seigneur, et dans l’affirmative, sommes-nous prêts à en payer le prix ?

Les quelques réflexions qui suivent s’adressent à chacun d’entre nous. Que nous soyons impliqués dans un ministère qui, bien souvent entre en conflit permanent avec des agendas saturés, où l’urgent prend la priorité sur l’essentiel, mais aussi, pour celles et ceux qui tentent de garder la tête hors de l’eau, au cœur de leurs engagements familiaux, sociaux, professionnels... Cet article propose quelques jalons pour nous aider à entrer dans une vie de prière plus conséquente. Un disciple s’est, un jour, approché de Jésus pour lui dire : « Seigneur, apprends-nous à prier… » Il se sentait démuni à l’entrée de ce chemin, impressionné par la place occupée par la prière dans la vie du Christ. Un regard qui a éveillé en lui le désir et l’envie de le suivre dans ce chemin.

Ce qui suit n’est qu’un guide, parmi d’autres. Ceux qui se sont quelque peu attachés à ces conseils vous diront que leur vie de prière en a été profondément renouvelée. Nous aborderons la prière du matin et celle de la fin du jour, mais aussi nous verrons comment préserver, au milieu de nos multiples activités, ce que nous avons expérimenté de la présence de Dieu lors de notre temps de méditation matinale.

A. Prière de début du jour

Nous ne sommes pas égaux. Certains sortent du sommeil en un instant, d’autres mettrons plusieurs minutes avant de lentement émerger. C’est un élément dont il faut tenir compte lorsque nous tentons de donner sens aux premiers moments du jour. Ce sera donc à chacun d’aménager le temps qui lui semblera le plus favorable. Mais il ne faudrait pas que nos horaires surchargés nous dispensent de ces quelques minutes passées dans la présence du Seigneur, il en va de notre bonne santé spirituelle.

Pourquoi, dès notre réveil, alors que nous sommes encore dans notre lit, ne pas avoir une brève prière qui remercie le Seigneur de ce que nous soyons simplement « vivants » au sortir de cette nuit de repos – première prière d’action de grâce au lever du jour – et puis lui demander de préparer nos cœurs à la rencontre qui va suivre. Le vivre, c’est découvrir une autre manière de se lever, le Seigneur est présent dans nos premiers gestes matinaux et atténue quelque peu ce qui peut être, pour certains, la rudesse du réveil. Une invitation à offrir à Dieu notre désir de vivre ce jour sous son regard.

Cinq minutes

Si l’on ne dispose que de peu de temps, réserver cinq minutes au silence et à la prière nous semble un temps minimum absolu. Les méditations laïques nous le recommandent. Allons-nous faire moins et sortir de la nuit, prendre notre petit-déjeuner en regardant nos mails et foncer vers le métro et nous engager dans le trafic, comme le chante Cabrel, sans prendre ces quelques minutes de retrait ? Ces quelques instants nous permettront de faire silence, de parcourir, ne serait-ce que quelques versets, en tirer une parole et confier à Dieu notre journée et celle de nos proches.

Cinq minutes nous semblent un temps minimum. Mais si nous nous y tenons avec rigueur, nous nous rendrons vite compte que ce temps va nous paraître trop court. Peut-on suggérer un temps idéal ? Tous les ouvrages de spiritualité, laïques comme chrétiens, conseillent un minimum de vingt minutes chaque matin. Notre première réaction sera certainement de dire, au regard de nos vies trop souvent surchargées : « Je n’y arriverai jamais ! » Et pourtant, si dans ces moments nous apprenons à goûter à la présence bienfaisante de Dieu, nous découvrirons que les minutes que nous y consacrons seront trop brèves… et nous donneront envie d’y consacrer plus de temps. Ne dit-on pas que l’appétit vient en mangeant ?

Si « meubler » cinq minutes ne pose pas de problème, il n’en est pas de même si l’on décide de réserver plus de temps à la méditation et la prière. La question qui nous revient souvent est celle de savoir comment utiliser judicieusement ce temps. Lorsqu’on décide de réserver quelques dizaines de minutes à la méditation de l’Écriture et à la prière, on a bien souvent l’impression de se trouver devant une page blanche. C’est à chacun, en fonction de sa situation familiale, culturelle, professionnelle, mais aussi selon ses attentes spirituelles, de voir comment vivre ce temps.

Un lieu retiré

Si on en a la possibilité, dédier un lieu à la prière/méditation nous semble important. Nous sommes sensibles à l’injonction de Matthieu 6.6 qui nous invite à entrer dans un lieu « secret » pour y prier le Seigneur :

« Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. »

Ce lieu, nous nous y retrouverons chaque jour, espace préservé, si possible quelque peu à l’écart de l’agitation du réveil de la maisonnée. Si les mouvements du lever sont par trop perturbants, on peut conseiller d’envisager de se lever avant les autres membres de la famille et disposer de ce moment de retrait dans un calme préservé. Il est essentiel de prévenir ceux qui partagent ce même espace de vie de notre intention de faire silence quelques minutes. Nous découvrirons peut-être avec étonnement que notre engagement à faire silence impacte le reste de la maison et que les réveils familiaux seront moins tumultueux et bruyants !

Ce lieu de retrait s’il peut être « géographique », devra aussi être préservé de tous ces perturbateurs que sont notre ordinateur, nos téléphones et nos autres outils médiatiques.

Nous disposons de vingt à vingt-cinq minutes, et nous pensons pouvoir nous y tenir, comment allons-nous structurer ce temps sans nous laisser toutefois enfermer dans un ordre qui deviendrait vite contraignant ? Nous placer en silence devant Dieu laisse la porte ouverte à tous les possibles. Si nous vivons ces moments dans la dépendance de l’Esprit, celui-ci peut nous surprendre et nous inviter à ...

1. Henri J. NOUWEN, La seule chose nécessaire, Éditions Bellarmin, 2001, p.109.

2. Eugene PETERSON, Un cœur de berger, Québec, Éditions la Clairière, 2005 ; Ibid., Les trois angles de la croissance, Québec, Éditions la Clairière, 1998.

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