Viser la croissance

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Petites ou grandes Églises ? Si une communauté se développe, faut-il en créer une autre ou apprendre à grandir ? Le  pasteur  Chris  Short  propose  une  réflexion  qui  nous aidera à mieux réfléchir à ces questions et nous fera sans doute découvrir que d’autres l’ont fait avant nous.

Viser la croissance

I. LES SEUILS DE CROISSANCE

Comme tout le monde le sait, l’adolescence est une zone de turbulence particulièrement difficile pour les enfants mais également pour les parents ! En tant que père de quatre enfants, j’ai pu vivre ce constat sociétal en direct ! Pourtant chaque enfant a vécu la transition de l’enfance à l’état d’adulte différemment. Certains enfants commencent leur crise d’adolescence très tôt, d’autres plus tardivement ; certains la vivent d’une façon conflictuelle tandis que d’autres connaissent un passage plus tranquille. Pourtant, malgré la trajectoire unique de chaque adolescent, les spécialistes ont su établir des principes de base pour ce « seuil de croissance ». Nos librairies possèdent des rayons entiers de livres qui traitent de ce sujet sous tous les angles imaginables. Certains parents ont pourtant su y faire face sans lire la moindre page, mais d’autres auraient évité bien des erreurs si seulement ils avaient pris le temps de lire attentivement les conseils des professionnels…

Dans la vie d’une Église locale, et notamment dans sa croissance numérique, nous vivons également des étapes de transition. De la même façon qu’une bonne connaissance du problème de l’adolescence permet une meilleure gestion de la situation, une bonne compréhension des paliers dans la vie de l’Église risque de nous éviter des difficultés inutiles.

Bien évidemment, la croissance numérique ne correspond pas toujours à une croissance vers la maturité. C’est dommage. Dans ce survol rapide, je n’essaie pas d’expliquer comment une Église locale peut arriver à une vie adulte en Christ. Beaucoup d’auteurs ont déjà déblayé ce chemin. En revanche, je veux examiner de près une des étapes de transition qui peut être aussi compliquée que celle de l’adolescence.

C’est Robin Dunbar qui nous donnera notre point de départ.

Robin Dunbar et la règle de 150

On peut penser que 150 est le chiffre clé pour notre compréhension de la vie de l’Église. Le raisonnement ne vient pas d’un pragmatisme ecclésiologique à l’américaine, mais provient d’un professeur d’anthropologie britannique d’Oxford nommé Robin Dunbar. Malcolm Gladwell(1) est tellement impressionné par cette présentation qu’il parle même du nombre « magique » de 150 dans son livre Le point de bascule(2). Dans « L’hypothèse du cerveau social »(3), Dunbar évalue à 150 la limite cognitive du nombre de personnes avec lesquelles un individu peut entretenir des relations stables. Dans son étude de 21 tribus vivant un peu partout dans le monde, il explique qu’à partir de 150 les relations deviennent si complexes que le groupe doit se diviser ou faire face à la désintégration sociale. Au-dessus de ce nombre, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer le fonctionnement du groupe. Il faut ensuite passer à une hiérarchie plus importante, avec une structure et des règles plus développées. On le voit, par exemple, à l'échelle d'un pays et de son gouvernement.

Gladwell cite deux illustrations intéressantes dans ce contexte.

Premièrement, l’unité militaire la plus efficace à l’époque des Romains était le manipule. Il se composait de deux centuries, au sein d'une même cohorte, pour un effectif qui a varié entre 120 et 200 hommes. Les expériences militaires depuis rejoignent les conclusions organisationnelles des Romains. Actuellement, dans l'armée française, une compagnie est une unité d'environ cent quarante hommes, généralement commandée par un capitaine.

Deuxièmement, les communautés mennonites appelées Huttérites estiment qu’une « colonie » ou village ne doit pas dépasser 150 personnes. Sans connaître les Romains et Dunbar, ils ont découvert par expérience qu’il valait mieux diviser le groupe de plus de 150 car autrement le relationnel se dégrade.

Kevin Martin(4) applique la règle de 150 à la vie d’Église. Il cite des commentaires typiques provenant des personnes d’Églises en transition. Un membre d’une Église en croissance dit à son pasteur : Il fut un temps où je connaissais tout le monde dans notre Église. Maintenant elle a grandi et je ne connais plus personne. Un autre : Notre Église n’est plus celle que j’ai connue il y a 15 ans, c’est peut-être le moment pour ma famille de changer d’Église. J’ai entendu les mêmes propos dans mon ministère à Ozoir-la-Ferrière et à Pontault-Combault.

Gare à celui qui ne tient pas compte de ce constat. Un groupe qui dépasse 150 personnes rencontrera inévitablement quelques problèmes, et parfois de grosses difficultés, et ceci tout simplement à cause des limites du cerveau humain !

Le chiffre de 150 serait donc un des seuils de croissance dans la vie de l’Église, mais il y en a encore deux que nous devons mentionner très rapidement.

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1. Selon Wikipédia, journaliste au New Yorker et écrivain.

2. Malcolm Gladwell, Le point de bascule, comment faire une grande différence avec de très petites choses, Édition Transcontinentale, 2006.

3. http://www.liv.ac.uk/evolpsyc/Evol_Anthrop_6.pdf

4. Kevin E. Martin, The Myth of the 200 Barrier, How to Lead Through Transitional Growth, TN-Nashville, Abingdon Press, 2005, 135p.

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