Jeudi 22 décembre 2022, tout va bien ! Avec mon épouse Sabine, nous nous apprêtons à partir en Bretagne pour les fêtes de Noël. En fin de matinée, nos valises sont prêtes et nous les installons tour à tour dans notre camionnette.
Cependant, je commence à ressentir une certaine fatigue ainsi qu’un mal-être inexplicable. Constatant mon état, je ressens le besoin de m’allonger quelques instants.
Malgré la fatigue, aucune douleur n’est localisée. Toutefois, après quelques minutes, la situation se dégrade si rapidement que nous envisageons de contacter les secours.
Il est près de 19 h, l’apparition d’une forte fièvre me fait littéralement claquer des dents. Mon épouse appelle les urgences, et les secours arrivent en moins de quinze minutes à notre domicile.
Tout va très vite, la situation nécessite une hospitalisation immédiate et je suis emmené dans un fauteuil roulant, ne pouvant plus du tout marcher par mes propres moyens.
Je suis seul avec les pompiers dans le véhicule sanitaire, en route vers le service des urgences de l’hôpital de secteur. Il est vingt heures trente et ma prise en charge par un médecin urgentiste ne sera effective que vers une heure quarante-cinq du matin. En attendant, je patiente dans la salle d’attente qui est animée par un va-et-vient constant de patients.
Malheureusement, je perds connaissance, allongé sur deux chaises pour éviter la chute. Revenu à moi, j’entends l’infirmière m’appeler par mon nom mais la douleur généralisée est si intense que j’ai du mal à répondre aux questions. J’ai rapidement droit à une batterie d’examens ainsi qu’à une échographie en raison de douleurs à présent localisées dans l’abdomen.
Un premier médecin vient à ma rencontre dans une petite salle où je suis seul et les nouvelles ne sont pas bonnes. Cette interne s’est concertée avec le chef de service, car je dois être transféré en urgence dans le service d’urologie. Le diagnostic immédiat indique que mes reins sont sur le point de lâcher. Rapidement, je comprends que je suis en grand danger.
Finalement, mon état nécessite une intervention chirurgicale et je suis transféré aux alentours de quatre heures du matin dans un service de soins spécialisés sous haute surveillance. Dans une chambre individuelle, je souffre énormément en attendant de voir le chirurgien ; je ne peux ni dormir ni marcher.
Sept heures trente, une infirmière vient me préparer pour partir au bloc. Une heure plus tard, le chirurgien, le docteur Dolan (pseudonyme) se présente, très inquiet de la situation. Il m’explique qu’il faut tenter de sauver les reins, sans quoi je ne passerais pas la journée. Tout va si vite !
Que se passe-t-il ? Cette semaine terminée est tout à fait ordinaire, j’ai travaillé au ministère de la Justice et je pars en vacances. C’est la routine habituelle entre mes différents engagements : familiaux, professionnels, associatifs, ecclésiaux… Et en un instant : le chaos ! Une remise en question, non pas des engagements, mais de la vie, tout simplement.
La rupture est brutale. Plus rien n’a de sens. La souffrance est intense et omniprésente. D’heure en heure, je perds peu à peu toutes mes forces.
J’appelle alors mon épouse au téléphone avant l’intervention. J’ai de grandes difficultés à être clair dans les informations que je lui transmets, mais le temps me manque. Je sens que cette intervention est à risque et que le chirurgien tente encore de comprendre ce qui m’arrive réellement.
C’est donc le moment de l’intervention chirurgicale (la première d’une longue série). Après une toilette rapide et une préparation à l’aide de deux infirmières : départ pour le bloc opératoire.
Le médecin anesthésiste me parle, mais les souffrances me plongent dans un état de confusion mentale. Les paroles des urgentistes : « il faut agir vite sans quoi vous allez perdre vos reins », tournent en boucle dans mon esprit. Le chirurgien fait preuve d’une grande modestie et m’indique qu’il va tout faire pour me sauver, mais qu’il ne peut rien garantir à ce stade.
Après plusieurs heures d’intervention, retour dans la chambre où mon épouse est présente. Les effets des anesthésiants s’estompent petit à petit et je constate que je suis appareillé avec des sondes au niveau de l’appareil urinaire et de l’un de mes reins.
Vers midi, le chirurgien vient me voir. Avant même qu’il n’ouvre la bouche, en voyant son visage et en observant ma situation, je comprends que les choses ne sont ni simples ni solutionnées.
En substance, il n’a pas réussi à me poser une sonde interne à droite comme il a pu le faire avec succès à gauche. Par ailleurs, ma vessie est très endommagée et mes reins très atteints en raison de l’impossibilité d’évacuer les urines qui saturent de manière anormale le système rénal. Il m’informe que la situation est critique et qu’il doit passer le relais à un autre chirurgien spécialiste de la vessie. J’avoue que tout cela n’évoque rien pour moi, mais je comprends que ma situation demeure complexe.
Cet après-midi-là est inédit ! Je suis bloqué sur un lit et ma vie est reliée à des machines et des appareillages. L’inconfort, la sidération, voilà une posture qui me laisse sans voix !
Dès le lendemain, je vais subir une nouvelle intervention avec ce nouveau chirurgien.