Des défis à chaque étape de la vie

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On peut, on doit, apprendre à tout âge.
Des défis à chaque étape de la vie
Sept ans, l’âge de raison ! Et le temps apparent des plus grandes acquisitions ! Mais ce n’est qu’une apparence : le processus a commencé bien avant, et on peut apprendre jusqu’à son dernier souffle !
Je suis toujours frappée, lorsqu’un bébé me regarde, par son air concentré et attentif. Qu’est-il en train de penser ? De son regard sérieux, il est en train de découvrir le monde. Je me souviens de mon petit-fils dans sa chaise haute soulevant l’arrêtoir de volet et le laissant retomber d’un côté, puis de l’autre avec un air extrêmement concentré : « Comment cela peut-il bien fonctionner ? »

C’est avec tout son être que le tout-petit apprend

Toutes les situations de la vie sont sources d’apprentissage. Comment mieux commencer à compter qu’en mettant le couvert pour ceux qu’on aime, en ajoutant les invités ou en soustrayant les absents...
Souvent, les parents d’enfants de maternelle ont le sentiment que leur enfant n’apprend rien, puisqu’il s’amuse. Ils se trompent. La lecture et l’écriture, sujets d’apprentissage par excellence, nécessitent de nombreux prérequis, qui doivent impérativement être intégrés (orientation dans l’espace, rythmes, dextérité…). Tous les jeux psychomoteurs de la petite enfance entrent dans cette construction. Le psychiatre Serge Tisseron préconise l’absence de télévision avant trois ans, car devant la télé l’enfant écoute et regarde, mais se trouve corporellement passif. Il est beaucoup plus constructeur pour le tout-petit de solliciter dans ses occupations l’ensemble de ses sens, de se lever, de jouer à quatre pattes, de construire, défaire, refaire… Les écoles Montessori ont depuis longtemps réalisé cela. Leur méthode pédagogique en tient compte et utilise notamment les sensations tactiles, les odeurs…
Albert Einstein affirmait : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. »
Au fil des différents âges de la vie, on apprend des choses différentes. Toutefois, ce n’est que ce qui est appréhendé avec tout son être et au bon moment qui prend vraiment sens.

Dans la petite enfance

Chaque parent ne peut que s’extasier devant les progrès psychomoteurs et la parole de son enfant : coordination des mouvements, marche, maîtrise des sphincters pour uriner, aller à la selle au bon moment, acquisition d’un langage de plus en plus élaboré. Plus l’enfant bénéficie d’un attachement sécure, qui lui permet à la fois d’être rassuré et d’explorer, et plus il développera ces facultés.

Dans l’enfance proprement dite

On est dans le temps de la scolarité. L’enfant, sorti des turbulences de l’Œdipe(1) , est disponible pour autre chose. Il a de bonnes capacités motrices. La pensée opératoire se développe, l’enfant est curieux de tout, essaie de comprendre, d’appréhender le monde. Il se repère bien dans sa filiation, dans les différentes relations de son quotidien. Le regard qui est porté sur lui et les liens affectifs qu’il a avec son entourage conditionnent beaucoup de choses.
Mais il n’y a pas que l’école et les apprentissages scolaires. Toutes les activités extérieures (sports, musique, art, scoutisme…) contribuent à le construire : il développe des talents divers, et une aisance dans les liens sociaux qui lui seront très utiles toute sa vie, y compris sur le plan professionnel.

L’adolescence

Cette période est plus perturbée. Les capacités d’apprentissage sont optimales : pensée abstraite, esprit de synthèse, esprit critique, pensée réflexive sont maintenant accessibles. Mais la construction identitaire et la crise adolescente peuvent entraver les capacités. La tête est parfois trop pleine d’autres choses.

L’âge adulte

À cette période de la vie, on concentre ses apprentissages sur la vie professionnelle, ses progressions, ses mutations, ainsi que sur la construction de sa vie familiale et amoureuse. Il serait cependant bon de garder un certain équilibre entre ces investissements.

Dans les phases suivantes de la vie

Lorsque le temps aura fait son œuvre, et que la retraite sera arrivée, il sera à nouveau très important de solliciter toutes les richesses, dans des directions très diverses. Le remaniement identitaire de la vieillesse s’appuiera sur les bases préalables. On peut apprendre à tout âge. Les germes enfouis peuvent fructifier. De nouvelles connections neuronales sont possibles. C’est ce dont on ne se sert pas qui s’atrophie ! Même si on n’a plus la même vivacité, il est important de déployer ses goûts, désirs et potentialités.
Oui, l’être humain a été doté de facultés merveilleuses. Cultivons-les, à tout âge ! Et soyons reconnaissants !

L’entrée dans le troisième âge est une crise de l’identité, tout autant que l’adolescence.

Durant la vie adulte, la réalisation professionnelle, les enfants, servent de support à l’identité personnelle, au sentiment de servir à quelque chose et d’avoir une valeur. Mais le travail est terminé, les enfants sont partis. Il faut remanier tout le fonctionnement. Faute d’arriver à le faire, certains dépriment, ou développent une maladie, ont un accident… Mais toute crise est à la fois danger et opportunité. Souvent on découvre, ou on redécouvre, de nombreuses façons d’exister différemment : activités artistiques, culturelles, familiales, engagements associatifs, d’Église… Car on a enfin du temps… Hum !!

Tout est intimement lié

Il n’y a pas d’un côté les apprentissages, et de l’autre côté le reste de la vie. On sait bien qu’un enfant peut être nul en mathématiques, et tout à coup se révéler bon parce qu’il est dans un lien positif avec son enseignant. Par ailleurs, à tout âge, quand des soucis occupent la tête, on n’est plus disponible pour les apprentissages.
François m’avait été envoyé car il n’apprenait pas à l’école. Il me parlait toujours de sa « mauvaise main ». Au fil des séances, il s’avéra que ce qui l’occupait, c’était ce côté de lui, dénié par sa mère, qui le faisait fils de ce père dont il était impossible de parler. Lorsque cela a pu se dénouer, il s’est mis à comprendre ce qui lui était enseigné.
De même cette petite fille amenée pour savoir si elle était déficiente car elle n’arrivait pas à apprendre à lire, avec tout de même un doute, car à la maison, elle faisait preuve d’un bon sens pratique que chacun admirait, était attentive à tout. De fait, elle s’interdisait inconsciemment d’accéder au savoir, à cause de non-dits familiaux qu’elle avait perçus. Elle voulait protéger ses parents…

1. L’Œdipe (en référence au mythe grec) est ce moment de l’enfance, autour de 4 ou 5 ans, où l’enfant aimerait être le seul objet d’amour de l’un de ses parents (en général celui de l’autre sexe) et se trouve alors en rivalité avec l’autre parent, ou toute autre qui a une place importante. L’enfant en sort en s’identifiant au parent de même sexe, et en se projetant vers l’avenir extérieur au cercle familial : « Moi aussi un jour, je me marierai… »


Monique de Hadjetlaché est médecin psychiatre à la retraite.
Monique de Hadjetlaché est l’auteur du livre « Bien vieillir, un chemin qui se prépare » (Éditions Farel).



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