Le salut, l’Esprit et le corps de Christ

Extrait
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Lors de son exposé au congrès 2015 de la FEEBF à Wasquehal, le pasteur Thierry Rouquet devait faire réfléchir les congressistes sur l’implication de l’œuvre de l’Esprit en vue du salut pour la vie communautaire des croyants, bénéficiaires de cette œuvre salvifique. Comment conjuguer réception personnelle, individuelle de l’Esprit, avec la nécessité de vivre pleinement la communauté ? En quoi la communauté, le corps de Christ, est-elle nécessaire au croyant ? Est-elle un frein ou, au contraire, une exigence à sa croissance ? En somme, en quoi notre doctrine de l’Esprit (pneumatologie) est-elle liée à notre doctrine de l’Église (ecclésiologie) ? Le style oral de l’intervention a été le plus souvent conservé.

Le salut, l’Esprit et le corps de Christ

« 1. Galates stupides, qui a pu vous fasciner, alors que sous vos yeux Jésus-Christ a été dépeint crucifié ?
2. Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : est-ce en vertu des œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou parce que vous avez entendu le message de la foi ?
3. Êtes-vous donc stupides à ce point ? Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous maintenant achever par la chair ?
4. Avez-vous fait tant d’expériences pour rien ? Si du moins c’est pour rien !
5. Celui qui vous accorde l’Esprit et qui opère des miracles parmi vous, le fait-il donc en vertu des œuvres de la loi, ou parce que vous avez entendu le message de la foi ? » (Ga 3.1-5)

Introduction

Ce passage retrace  les événements tumultueux des relations entre les Églises de Galatie et l’apôtre Paul. L’épisode a été déterminant dans l’histoire de l’Église naissante. Cette crise qui contraint l’apôtre à intervenir de façon aussi virulente n’est pas le simple fait d’un coup de sang. C’est un moment décisif dans l’histoire de l’Église, car au-delà des difficultés relationnelles avec ces Églises de Galatie que l’apôtre doit gérer, il est question, ici, de ce qui motive et fonde l’apostolat de l’apôtre, à savoir « le message de la foi ». Ou plus exactement « l’écoute de la foi », comme il le dit lui-même à deux reprises (versets 2 et 5). Dans le chapitre 1 au verset 6, nous apprenons qu’il y a eu, en effet, des personnes de passage dans ces Églises qui ont « perverti l’Évangile du Christ » au point que les chrétiens « se sont détournés de Christ pour passer à un autre Évangile ».

On assiste donc, dans ce « feuilleton », à un moment clé où le message de l’Évangile et ce qui le fonde sont remis en cause dans ces Églises. Cette contestation n’est pas nouvelle puisque l’apôtre précise dans Galates 2.4 que, déjà à Jérusalem, « de faux frères s’étaient introduits dans la communauté chrétienne pour épier la liberté en Jésus-Christ, avec l’intention d’asservir ». Cet enseignement asservit car il oblige les pagano-chrétiens à observer la loi pour être sauvés en tant que signe d’appartenance au peuple de Dieu. Ce « feuilleton » en Galatie est l’occasion pour l’apôtre Paul de rappeler la nature même du lien théologique qui unit les Églises entre elles. Autrement dit, celle de répondre à la question suivante : sur quelle base les Églises, de Jérusalem jusqu’en Galatie, peuvent-elles se reconnaître en tant qu’Église de Jésus-Christ ? Comment et pourquoi peuvent-elles se reconnaître ensemble Église de Jésus-Christ ? Et l’apôtre d’exhorter énergiquement ces Églises de Galatie (Ga 1.2) à se positionner clairement : elles sont appelées à faire un choix, et un choix décisif. Il y va de la vérité de l’Évangile et donc de la fidélité de l’Église à cette vérité !

Deux axes orienteront notre réflexion quant au thème de la réception de l’Esprit : premièrement, nous verrons ensemble que la réception de l’Esprit nous relie au Christ mort et ressuscité : la pneumatologie est liée à la christologie. Deuxièmement, nous envisagerons le fait que la réception de l’Esprit nous relie aux membres du corps de Christ : la pneumatologie est liée à l’ecclésiologie.

La réception de l’Esprit nous relie au Christ mort et ressuscité

« Galates stupides, qui a pu vous fasciner, alors que sous vos yeux Jésus-Christ a été dépeint crucifié ? »

Au vu de cette apostrophe plutôt musclée, il semble bien que l’expérience des Galates au sujet de l’Esprit n’ait pas suffi pour maintenir l’Église de Galatie dans la vérité de l’Évangile. Encore fallait-il que cette réception de l’Esprit soit consolidée par un enseignement régulier et conséquent pour que leur expérience de l’Esprit ne fasse pas « pschitt ». Encore fallait-il que cette expérience de l’Esprit reçoive tout son sens évangélique, qu’elle assume pleinement son origine spirituelle. Et, afin de porter tout le potentiel de son fruit, que cette expérience de l’Esprit surtout ne se détache pas du lien étroit de l’Esprit avec celui qui l’a promis, qui en a payé le prix fort en donnant sa vie et qui, par son obéissance et une fois glorifié, a pu l’envoyer de la part de son Père. Ce fut la tâche de l’apôtre Paul de rappeler aux Églises de Galatie cet enracinement christologique. D’où l’interpellation du verset 1 : « Galates stupides, qui a pu vous fasciner... ». Cette tâche est aussi celle de tout apostolat, je veux parler de l’apostolat de tous les pasteurs/docteurs et autres ministères que Dieu donne à son Église encore aujourd’hui.

Aux versets 2 et 3, l’apôtre interroge ironiquement les Galates :

« Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : est-ce en vertu des œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou parce que vous avez entendu le message de la foi ? Êtes-vous donc stupides à ce point ? Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous maintenant achever par la chair ? »

L’apôtre pose cette question, mais elle semble n’avoir pour lui aucun sens, c’est comme s’il leur disait « Pensez-vous qu’il soit possible de commencer une vie chrétienne authentique par l’Esprit et la parfaire par la chair ? ». La réponse à la question posée appelle bien sûr la négative. La vie chrétienne commence et est inaugurée par la réception de l’Esprit considérant que c’est Dieu qui en a l’initiative. Il serait donc stupide et vain de sortir de ce processus spirituel pour reprendre la main sur cette vie spirituelle en pensant compléter, « parfaire » l’œuvre divine. C’est ce que l’apôtre exprime par ces mots « achever par la chair » ce qui a été commencé par l’Esprit. On peut dire que la vie chrétienne, de son commencement à sa fin, est toute spirituelle. Elle ne peut se parfaire, s’achever par la chair. C’est l’Esprit de Dieu et lui seul qui communique cette vie. Ainsi, vouloir y introduire un zeste de légalisme serait ruiner la vie chrétienne tout entière et, en définitive, la rendre charnelle, inopérante, morte, stérile, sans fruits.

Dans ce texte de l’épître aux Galates, on trouve deux couples de mots qui sont en opposition irréductibles. L’apôtre oppose non seulement la foi à la Loi, mais aussi l’Esprit à la chair. Le couple foi/Loi met en contraste deux régimes de salut, Jésus mettant fin à la Loi pour nous faire entrer dans le régime nouveau de la foi. L’opposition Esprit/chair décrit deux sources d’inspiration, et finalement deux puissances, auxquelles l’homme puise sa capacité pour accomplir la volonté de Dieu. La capacité spirituelle, celle de l’Esprit, est liée au régime nouveau de la foi (c’est le principe de l’Évangile), alors que la capacité charnelle, celle de la seule force religieuse humaine, est liée au régime de la Loi et s’avère impuissante pour accomplir la volonté de Dieu. L’œuvre de l’Esprit requiert seulement la foi. À l’opposé, si l’homme puise en lui-même, « dans la chair », il n’arrivera à rien, car cette autosuffisance le conduira inévitablement à l’échec, à l’orgueil et au repli sur soi. Au final, on se retrouve avec un troisième et dernier couple d’opposition, que l’apôtre développera plus loin dans sa lettre, le couple liberté/asservissement (Ga 4.6 ; 5.1) :

« Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans notre cœur l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba ! Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils ; c’est pour la liberté que Christ nous a libérés... »

(cf. aussi Rm 8 « La loi de l’Esprit de la vie en Jésus-Christ nous a libéré de la loi du péché et de la mort »).

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Bibliographie

Max A. Chevallier, Souffle de Dieu, le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, Paris, Beauchesne, Collection Le point théologique, 1990.
James D. G. Dunn, Baptism in the Holy Spirit, Philadelphia, Westminster Press, 1970.
Gordon Fee, God’s Empowering Presence, The Holy Spirit in the Letters of Paul, Peabody, Hendrickson Publishers, 1994.
Sinclair Ferguson, L’Esprit Saint, Charols, Excelsis, 1999.
Robert A. Peterson, Salvation applied by the Spirit, Union with Christ, Wheaton, Crossway, 2015.
Sylvain Romerowski, L’œuvre du Saint-Esprit dans l’histoire du salut, Charols, Excelsis, 2005.

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