Certaines pauvretés ne disent pas toujours leur nom…

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Pour Jésus, richesse et pauvreté ne se mesurent pas selon des critères économiques.
Certaines pauvretés ne disent pas toujours leur nom…
Jésus était-il pauvre ? Ce qui est certain, c’est que ses parents ont offert en sacrifice au moment de sa naissance deux pigeonneaux et non pas un agneau, comme cela aurait été le cas s’ils en avaient eu les moyens.

Pauvreté subie et sobriété choisie

Les évangiles attestent que Jésus ne possédait aucun bien et vivait exclusivement d’aumônes. Pourtant nous ne l’associons pas à la pauvreté. Pourquoi ? Parce que celle-ci ne se réduit pas aux seuls facteurs économiques. Sa capacité à parler, penser, affirmer, interroger, dialoguer… ainsi que sa sagesse font que Jésus n’était pas un pauvre au sens ordinaire du mot.
Nous savons que les scribes et les rabbins de son époque vivaient souvent d’aumônes. Il nous faut donc distinguer entre la pauvreté que l’on subit et la « sobriété » que l’on choisit. La misère économique subie est décourageante, désagréable ; elle réduit celui qui en est victime à devoir toujours s’inquiéter de ce qu’il mangera. Jésus, lui, vit la sobriété radicale et appelle ses disciples d’hier et d’aujourd’hui à faire de même : « Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. »

Des pauvretés qu’on ne soupçonne pas

La pauvreté économique est criante, mais elle n’est pas la seule.
Il existe aussi des pauvretés culturelles, relationnelles tout aussi nocives que la précarité économique. On ne s’en aperçoit pas toujours. On peut par exemple posséder des objets technologiques qui donnent le sentiment d’appartenir à la société. Mais en vérité, celui qui est incapable d’établir et de développer des relations authentiques, ou celui qui a tendance à gober tout le discours médiatique sans aucun recul critique est aussi un pauvre. En effet, il n’a pas la liberté de penser et de choisir. Il pense être dans le mouvement de la modernité, alors qu’il n’est que la cible de la société de consommation dont il est prisonnier sans le savoir. En réalité, il n’est pas libre.
La pauvreté économique est évidente parce que le repas de chaque jour est inquiétude, parce qu’il faut payer le loyer, la facture d’électricité… Il n’en est pas de même de la pauvreté culturelle et relationnelle : elle passe souvent inaperçue. Les multiples possibilités qu’offre Internet donnent parfois l’illusion d’être riche d’informations. Or, le contraire de la pauvreté n’est pas la richesse mais la liberté, car il y a pauvreté là où l’on n’a plus la possibilité d’espérer.

Vraies pauvretés et vraies richesses

Jésus affirme : « L’humain ne vivra pas de pain seulement. » Pour lui, la nourriture est indispensable pour vivre, mais insuffisante. Pour lui, il est plus important de nous procurer un Père et des frères avec qui communiquer.
Au regard des indicateurs économiques et de mes impôts, je ne suis pas dans la catégorie des nantis et j’ai connu de graves difficultés économiques lorsque j’étais enfant. Pourtant, en présence d’hommes et des femmes en grande misère, je me suis toujours senti mal à l’aise. Ce sentiment n’était dû, je crois, ni à leurs conditions de vie, ni à un sentiment de culpabilité. Bien que plein de bonne volonté à les rencontrer, je me sentais étranger au milieu d’eux. J’étais certes à côté d’eux, mais pas pleinement présent. Ce mal-être venait de ce que culturellement j’étais riche ; mon langage et ma pensée me permettaient de me projeter vers l’avenir, attendre, espérer. Or, la pauvreté tragique se manifeste par un repli sur son propre horizon. Cette pauvreté enferme sur son monde et fait penser que demain sera comme aujourd’hui, identique à hier. La grande pauvreté c’est quand on ne peut même plus croire que l’éducation ouvrira aux enfants des portes aujourd’hui fermées. À ce point-là, la pauvreté a éteint l’espérance. Le mot même a disparu.
C’est pourquoi l’accueil des émigrés du monde demeure un devoir vital. Leur long et terrible voyage témoigne d’un reste en eux de capacité à espérer. Or l’espérance ne doit jamais être rejetée.

« Heureux les pauvres… ! »

Certains ont manipulé cette déclaration de Jésus pour encourager la résignation des pauvres et ainsi mieux les exploiter. Ceci est totalement étranger à sa pensée.
Les évangélistes Luc et Matthieu nous proposent deux versions. Chez Luc, Jésus interpelle directement les pauvres : « Heureux, vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. » Matthieu, lui, rapporte : « Heureux les pauvres en esprit : le Royaume des cieux est à eux. » Il cherche à en rapporter l’esprit. Pour lui, les pauvres ne sont pas tant les nécessiteux que les humbles, ceux qui ont pris conscience de leur insuffisance, de leur besoin.
Comme souvent, ces paroles de Jésus sont volontairement paradoxales. Il veut nous conduire à nous interroger, nous et nos certitudes. Pour lui, le « Royaume des cieux », cette plénitude de la vie avec Dieu, ne dépend pas de nos capacités ou de nos mérites sociaux et religieux, mais de la générosité de Dieu. Dieu n’offre pas sa grâce aux riches mais à ceux qui se reconnaissent infirmes, dans le besoin de recevoir.
Un jour, un jeune homme plein de bonne volonté a demandé à Jésus ce qu’il lui fallait faire pour hériter la vie éternelle. Jésus lui a répondu : « Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » L’Évangile nous rapporte qu’il s’en est allé tout triste car il avait de grands biens. Sans doute n’était-il pas prêt à se séparer de l’image sociale que ses biens lui procuraient.
Les futurs apôtres n’étaient pas particulièrement pauvres, mais il est vrai que leurs ressources financières se sont drastiquement réduites lorsqu’ils se sont mis à suivre Jésus. Rien à regretter cependant : Jésus a transformé leurs pauvretés relationnelles, culturelles et spirituelles en richesses vraies, celles qui apportent à tous de la vie. Ainsi en sera-t-il toujours : la sobriété volontaire, à la suite de Jésus, se révèle épanouissante de richesses souvent insoupçonnées.
Pour aller plus loin
Jérusalem au temps de Jésus, Joachim Jérémias.
Matthieu 4.4 ; 5.3 ; 19.16-29 ; Luc 6.20 ; 14.33.



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