L’abus spirituel, un sujet tabou ?

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Jacques Poujol est interviewé par Anne-Marie Delaugère.
L’abus spirituel, un sujet tabou ?

À partir de quel moment peut-on dire qu’une personne est abusée spirituellement ?

Quand elle est là pour servir une machine, une association... Elle n’est plus alors sujet d’elle-même mais d’une autre personne ou d’un groupe. C’est le début de l’abus car elle n’est plus au centre de sa construction.
C’est une situation assez fréquente mais on en parle peu. C’est la loi du silence. C’est parce qu’il existe un lien entre abus sexuel et abus spirituel qu’on s’y est intéressé. Car derrière l’abus sexuel, on a très souvent un abus spirituel.

Est-ce que tout le monde peut être victime d’une manipulation spirituelle ?

Avec une bonne manipulation, on peut abuser beaucoup de gens. Cela correspond à une demande intérieure de sécurité, une recherche d’épanouissement, de reconnaissance et surtout de relations, de liens gratifiants.
Ceux qui ont une structure bien construite, une aptitude à analyser les choses et à exercer la critique positive, prendront très vite du recul face à une situation abusive. Par contre, les personnes fragilisées par un milieu familial dysfonctionnel seront plus facilement piégées. L’inégalité dans la famille ouvre également une porte lorsqu’on ne reconnaît pas l’égalité de l’homme et de la femme dans leur différence. C’est le point de départ à l’abus : la graine. Dans les milieux où hommes et femmes sont reconnus égaux, on inclut dès le départ une critique, un paradoxe. Il n’y en pas un qui domine sur l’autre.

Vous décrivez dans votre livre le mécanisme de la souricière*. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Au début de l’addiction, il y a toujours une décharge de plaisir qu’on recherchera ensuite mais qu’on ne retrouvera plus. Ce qui conduit la personne dépendante à augmenter les doses du produit. Dans l’abus spirituel, la victime recherchera toujours cette première dose, le « premier amour » qu’elle a ressenti au départ. Pour cela, on lui demandera davantage de consécration, de foi. C’est ce que j’appelle la souricière. La personne est prise au piège et ne peut s’en sortir.

Cela ressemble donc à une addiction ?

Dans l’addiction comme dans la spiritualité, on trouve la même recherche fusionnelle, avec un aspect réparateur. Or, l’alcool n’aide pas à corriger la mauvaise image que l’on peut avoir de soi pas plus que le fait d’être chrétien engagé. L’abus spirituel consiste à faire croire à la personne qu’on peut la guérir de blessures psychologiques parce qu’on est l’envoyé du Tout-Puissant. Cette revendication de toute-puissance est au cœur de l’abus spirituel.

Peut-on s’en sortir et guérir en cas d’abus spirituel ?

Cela demande beaucoup de temps. Surtout si l’on est resté plusieurs années dans un système abusif.
Souvent, les personnes abusées estiment que ce sont les gens qui faisaient fonctionner le système qui ne savaient pas le faire fonctionner. Quand elles se libèrent, c’est pour rechercher un système comparable avec d’autres personnes. Elles tournent en rond. La difficulté est de reconnaître qu’on a été abusé, comme pour un alcoolique de reconnaître qu’il est dépendant. Sans cette reconnaissance, on ne peut pas guérir.
Dans le cas d’un abus spirituel, cela implique de faire le tri dans ce qui a été reçu, car au milieu des mauvaises choses, il y en a aussi de bonnes.

Comment aider une personne qui se trouve dans une situation d’abus spirituel ?

La meilleure chose à faire, c’est de lui montrer qu’on l’aime. Ne pas l’attaquer de front avec une solution toute faite, mais lui poser des questions qui la mettent dans un conflit cognitif : où as-tu lu cela ? Où est-ce marqué ? Qui a dit cela ?...
Le but est d’amener la personne à s’interroger et à mettre en doute ce qui constitue un acquis pour elle. Si on arrive à la faire douter de ce qu’elle a forgé et qui est très fragile, alors on est sur le chemin pour l’aider. Enlever une pierre suffit souvent pour que tout s’écroule.

Addiction*

Addiction à une drogue

La production de dopamine et de sécrétions endorphines joue un rôle pré- pondérant dans la prise de drogues en tant que mécanisme de récompense... Lorsque le taux de dopamine, qui est le neurotransmetteur clé de ce système se trouve en dessous du seuil normal chez un individu, son cerveau est amené à réclamer ce produit qui arrivera à maintenir un taux agréable de dopamine. Dans le cas où le taux ne remonte pas, cela peut entraîner un sentiment de mal-être, d’anxiété et d’irritabilité. L’addiction s’installe quand il y a une activation anormale et répétée du système dopaminergique : les circuits neuronaux en sont altérés et maintiennent le sujet dans l’addiction...

Addiction à une secte

Au début de la relation, la personne piégée vit dans un état d’exaltation complète, de jouissance totale et positive... Avec le temps, la victime va entrer dans un autre état, celui d’une jouissance bien plus morbide, négative et perverse... L’intensité de la relation crée une exaltation démentielle, une ivresse des sens et une perte totale du raisonnement. Cette « folie délicieuse » libère dans le cerveau de la victime de la dopamine qui agit immédiatement en tant que drogue. C’est, entre autres, à cette hormone du plaisir qu’elle devient dépendante, rendant le lien à l’autre plus qu’indispensable puisque vital.

* D’après des extraits du livre de Geneviève Schmit, Le manipulateur pervers narcissique : comment s’en libérer, Éditions Grancher, 2016.


Jacques Poujol est thérapeute, conseiller conjugal et familial. Auteur de nombreux ouvrages de psychologie pratique, il accompagne des victimes d’abus :
* « ABUS SPIRITUELS, S’affranchir de l’emprise », ed. Empreinte temps présent, Collection essenCiel.

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