L’Église et la catéchèse des adultes
Préoccupé dès le début de son ministère pastoral par la question de l’enseignement, l’auteur a déployé, sans le préciser, une catéchèse mêlant prédications textuelles et dogmatiques ainsi qu’études bibliques suivies. C’est donc naturellement qu’en devenant enseignant à l’Institut biblique de Nogent, il a développé un cours sur la catéchèse des adultes. En voici l’essentiel.

Le terme de « catéchèse » et les mots qui lui sont associés « catéchisme », « catéchumène » … sont assez peu utilisés dans les Églises évangéliques, alors qu’ils sont courants dans l’Église catholique et dans les Églises luthéro-réformées. Ce sont des termes techniques, préférés à ceux d’enseignement ou d’instruction, qui paraissent avoir un sens trop général.
Dans l’Église des premiers siècles, la catéchèse désigne l’enseignement donné au croyant avant le baptême (catéchèse pré-baptismale). Après une éclipse due au double fait que l’Église devient religion officielle de l’Empire et que l’on adopte la pratique du baptême des enfants, la catéchèse sera remise à l’honneur par les Réformateurs au 16e siècle (voir article « Histoire de la catéchèse »). Il s’agit « d’aider le croyant à franchir l’étape qui sépare son baptême de la fréquentation de la table sainte[1] ».
D’une manière générale, la catéchèse se préoccupe de l’enseignement donné aux croyants avant ou après leur baptême, mais aussi tout au long de leur vie chrétienne, même si on pense le plus souvent à l’instruction de base donnée à de nouveaux chrétiens (catéchèse post-baptismale)[2].
Parler de catéchèse en milieu évangélique, c’est donc prendre à notre compte un vocabulaire chrétien spécifique pour dire notre conviction que l’Église a la responsabilité d’enseigner tous les croyants, jeunes et moins jeunes en âge et dans la foi, et ce, avant et après leur baptême. Envisager ce ministère catéchétique (titre du livre de Pierre Lestringant) dans nos Églises repose sur deux convictions fortes et nécessite la prise en compte de spécificités propres à notre ecclésiologie et à notre siècle.
1. Convictions
a. Une Parole qui nous fait vivre
Comme le dit l’apôtre Pierre (1 P 1.23,25), nous sommes régénérés (BC) ou nous sommes nés de nouveau (BFC) « par la parole vivante et permanente de Dieu… Cette parole est celle qui vous a été annoncée par l’Évangile ».Ainsi donc, l’Esprit de Dieu se saisissant de la Parole nous a fait naître à une vie nouvelle et se sert de cette même Parole de Dieu pour nourrir cette vie et guider le croyant (2 Tm 3.16s).
L’Église a donc pour mission, au moyen de ceux qui exercent un ministère, de faire retentir cette Parole pour amener les croyants « à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Ep 4.13).
b. Annoncer tout le conseil de Dieu
Lorsque Paul fait ses adieux aux anciens d’Éphèse, il dit à deux reprises sous des formes un peu différentes que, « sans rien dissimuler », il a annoncé tout ce qui leur était utile (Ac 20.20) ou plus loin « tout le dessein de Dieu » (Ac 20.27). À l’évidence, l’apôtre ne s’est pas contenté de quelques vérités élémentaires, mais il a eu soin d’apporter de la nourriture solide à cette Église (cf. Hé 5.11-14). Ainsi, nous ne pouvons pas nous contenter de répéter à l’envi quelques généralités, au demeurant très bibliques – la foi, la prière, l’Église, l’amour ou l’espérance – mais nous devons travailler à l’enseignement de telle sorte que toute l’Écriture dans sa richesse, ses finesses et sa force retentisse au milieu de nos communautés. S’il a plu à Dieu de se révéler à nous au travers de grands récits, de prières et de chants, de paroles de sagesse, d’épîtres instructives et surtout par le Fils, ce n’est pas pour que nous réduisions ce texte à quelques vérités utiles, mais forcément réductrices.
2. Contexte spécifique
a. Une ecclésiologie d’Églises de professants
La première spécificité à prendre en compte dans notre travail de catéchèse, c’est celui de notre ecclésiologie. Nous ne visons pas la multitude dans notre enseignement, mais seulement les croyants dans la mesure où nous sommes convaincus que ce sont eux, et eux seuls, qui forment la communauté locale. Cela ne signifie pas que nous exclurons les non-croyants de nos rencontres, mais que nous nous efforcerons de distinguer évangélisation et édification. Nous aurons donc le souci de fortifier les croyants dans leur foi avec cette conviction : des croyants solides sont les meilleurs atouts pour évangéliser les non-croyants. À ce propos, avez-vous remarqué que la question de l’évangélisation préoccupe assez peu l’apôtre Paul dans ses lettres alors qu’il se soucie beaucoup de l’état des croyants ? Ce n’est pas que Paul se désintéresse de la propagation de l’Évangile – c’est tout le sens de son ministère d’apôtre des païens – mais plutôt qu’il veut s’assurer que l’Évangile pénètre correctement les vies, gage d’une propagation qui se poursuit[3].
b. Une culture du zapping
La deuxième spécificité à prendre en compte dans notre travail de catéchèse, c’est celui de la culture dans laquelle nous évoluons et que je qualifierais volontiers de culture du zapping. J’entends par là que nous avons affaire à tout sauf à un public captif qui va nous écouter patiemment quoi qu’il arrive. La tâche de l’enseignement est compliquée par plusieurs phénomènes concomitants : la mobilité des personnes (déménagements et changements d’Églises), leur attitude volontiers passive et consommatrice, et la concurrence de nombreux divertissements, y compris religieux (télévision, Internet, orateurs de passage, conventions…). Cela nous conduira à deux choses au moins :
- Envisager, dans une certaine mesure, de spécialiser l’enseignement en fonction de groupes spécifiques : hommes/femmes, jeunes/personnes âgées, jeunes convertis/croyants mûrs… Cela permettra d’adapter l’enseignement aux besoins des personnes et aussi de les rendre plus actives par la taille des groupes envisagés. Les groupes de maisons, sans entrer dans une telle « spécialisation », peuvent aussi remplir ce rôle pour autant qu’ils soient utilisés pour l’édification, ce qui n’est pas assez souvent le cas.
- Développer une pédagogie active et adaptée à notre temps. S’il a toujours été utile de faire preuve de pédagogie, c’est devenu vital dans un monde d’images où la quantité d’informations et les moyens innovants pour les transmettre se sont multipliés. Aujourd’hui, il convient de réfléchir non seulement au fond de ce que nous allons transmettre, mais aussi à sa forme. Comment bien utiliser le vidéoprojecteur pour la prédication ? Quel type d’animation développer pour intéresser les personnes à l’étude biblique ? Comment donner envie aux personnes, non seulement d’écouter et de regarder, mais aussi de participer pendant les réunions et de se préparer avant de venir ? Comment inciter un public qui lit peu ou différemment à fréquenter les textes bibliques ? Autant de questions qui doivent nous accompagner pendant l’exercice du ministère.
I. Définition
Le terme « catéchèse » et les mots qui lui sont associés « catéchisme », « catéchumène » viennent du verbe grec kathxew qui évoque au sens propre tout ce qui frappe les oreilles. Dans le Nouveau Testament, « il désigne l’acte par lequel on informe quelqu’un, on lui fait entendre un message, on l’instruit[4] ». Il est utilisé :
- soit pour dire qu’une nouvelle a été communiquée :
« Or, on leur a fait croire que tu enseignes à tous les Juifs qui sont parmi les païens, à se détourner de Moïse, en leur disant de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas suivre les coutumes. » (Ac 21.21)
- soit pour marquer la répétition ou la continuité de la parole et son intention : « afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. » (Lc 1.4)
On le trouve utilisé dans les autres passages suivants :
- Actes 18.25 : « Il [Apollos] était instruit dans la voie du Seigneur et, fervent d’esprit, il annonçait et enseignait avec exactitude ce qui concernait Jésus, tout en ne connaissant que le baptême de Jean. »
- Romains 2.17-18 : « Toi qui te donnes le nom de Juif […] qui connais sa volonté, qui, instruit par la loi, sais discerner ce qui est important. »
- 1 Corinthiens 14.19 : « Mais, dans l’Église, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire les autres, plutôt que dix mille paroles en langue. »
- Galates 6.6 : « Que celui à qui l’on enseigne (participe passé kathxoumenoj) la parole fasse participer à tous ses biens celui qui l’enseigne. »
C’est finalement un verbe assez peu utilisé par le Nouveau Testament qui aurait pu être remplacé par celui, plus courant de didaskw. Pierre Lestringant note toutefois :
« … une tendance à mettre ce vocable à part pour en spécialiser le sens. […] Ce n’est sans doute pas trop s’avancer que de croire qu’il fait état d’une forme originale de prédication. Il ne s’adresse pas à la foule des païens, mais à ceux qui ont répondu à l’appel du Seigneur. Il apporte les connaissances élémentaires qui conviennent aux néophytes[5]. »
Nous retiendrons donc la définition suivante de la catéchèse : il s’agit de l’enseignement déployé dans l’Église pour faire connaître à tous ceux qui la composent tout ce qui est utile à la foi, non seulement au début de la vie chrétienne (généralement dispensé lors de la préparation au baptême), mais aussi tout au long d’un cheminement avec Christ, qui conduit à la maturité et aux progrès dans la sanctification.
II. Quelques notions bibliques et pratiques
Il existe à la fois un lien et une différence sensibles entre l’Ancien et le Nouveau Testament à propos de l’enseignement religieux.
Le lien passe par les personnes – Jésus et les apôtres sont des fils d’Israël qui en respectent les coutumes et les usages – et par la synagogue, ce lieu où l’Écriture est lue et commentée et dont les pratiques influenceront le culte chrétien.
La différence tient à plusieurs choses liées entre elles :
- à la révélation du Fils, qui devient le centre de l’Écriture et dont la vie et l’œuvre forment désormais le socle incontournable de ce qui est enseigné au peuple de Dieu ;
- à l’ouverture du salut aux païens qui oblige à adapter la forme du message à de nouveaux contextes. Le discours de Paul aux Athéniens est un modèle d’une telle contextualisation (Ac 17.22-31) ;
- à l’influence qu’exerce une culture étrangère à celle des fils d’Israël sur ceux qui composent assez vite la majeure partie de l’Église primitive. Le concile de Jérusalem (Ac 15) et les épîtres témoignent des problèmes nouveaux que cela pose sur le plan cultuel.
Ceci étant dit, le Nouveau Testament reste assez discret sur la forme précise que pouvait prendre l’enseignement religieux dans l’Église primitive. Ici ou là, l’Écriture donne quelques rares indications, comme en Actes 19.9s :
« Mais, comme quelques-uns restaient endurcis et incrédules, et décriaient devant la multitude la Voie (du Seigneur), il se retira d’eux, prit les disciples à part et eut des entretiens chaque jour dans l’école de Tyrannus. Cela dura deux ans… »
Nous ne pouvons toutefois pas en conclure qu’il s’agissait d’une pratique uniforme et sommes plutôt inclinés à croire que la façon de faire pouvait varier selon les lieux, les besoins et les circonstances. À certains égards, la variété des évangiles et la diversité interne du Nouveau Testament en sont un témoignage discret. Je formule l’hypothèse que, comme c’est le cas pour le culte, le Seigneur n’a pas jugé utile de révéler de façon précise comment enseigner, pour laisser le soin à ses enfants de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation d’adapter les formes de ce ministère.
Je suis redevable dans les réflexions qui suivent à Robert Somerville, qui a rédigé un article intitulé « La catéchèse selon le Nouveau Testament[6] » dans les Cahiers de l’École Pastorale, il y a trente ans.
1. L’importance et le but de l’enseignement
Tout indique dans le Nouveau Testament que l’enseignement tient une place primordiale dans la vie de l’Église et des croyants. À commencer par Jésus, dont une partie de l’œuvre, celle qui correspond à son office de prophète, est celle d’un enseignant. Il commence son ministère en prêchant que le royaume des cieux est proche (Mt 4.17). À l’instar des rabbis, il réunit autour de lui des disciples et les enseigne quotidiennement. Il enseigne les foules et surtout indique à ses disciples qu’ils doivent suivre son exemple en enseignant aux disciples de toutes les nations à observer ce qu’il a prescrit (Mt 28.20). Les apôtres, à sa suite, enseigneront les disciples et veilleront à ce que les Églises reçoivent un enseignement sain et solide. Paul est particulièrement soucieux de cet aspect du ministère dans les épîtres pastorales au point de dire à son fidèle collaborateur Timothée :
« Veille sur toi-même et sur ton enseignement, avec persévérance. Car en agissant ainsi, tu sauveras et toi-même et ceux qui t’écoutent. (1 Tm 4.16) »
Théologiquement, cette insistance sur l’enseignement est doublement légitime :
- D’abord parce que Dieu s’est plu à se révéler et qu’il a inspiré l’Écriture pour faire connaître sa volonté aux hommes. Le christianisme, pas plus que le judaïsme, n’est une religion à mystères réservée à quelques initiés, mais une religion dont Dieu veut qu’elle soit annoncée jusqu’aux extrémités de la terre.
- Et plus encore parce que Dieu a envoyé son Fils, dont l’autre nom est la Parole, selon le prologue de l’évangile de Jean. Et cette Parole nous a été révélée par le récit de ceux qui ont été témoins de sa vie et de son œuvre parmi les hommes. Et la proclamation de l’Évangile et l’explication de l’Écriture sont des moyens décisifs choisis par Dieu pour faire naître et grandir son Église.
Il convient de bien noter à ce stade que le but de l’enseignement chrétien n’est pas d’abord d’acquérir un savoir, mais de connaître et de suivre le Seigneur. Jean dit à propos de l’Évangile qu’il nous a transmis : « Ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20.31) Cela s’applique admirablement à tout l’enseignement chrétien. Cette connaissance du Christ implique un changement de vie durable qui commence par la conversion et qui se poursuit par la sanctification. Un changement de vie où l’amour est central : « Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour. »(Ep 3.17) À cette croissance personnelle dans la foi s’ajoute l’édification des Églises dans la foi, l’espérance et l’amour.
2. Le contenu de la catéchèse
Le Nouveau Testament ne livre pas de catéchisme-type, c’est-à-dire de manuel d’instruction chrétienne. On y trouve un grand nombre d’instructions données aux chrétiens, mais souvent occasionnelles, partielles, dispersées dans les différentes lettres. Certaines épîtres exposent les vérités de la foi d’une façon plus systématique (Romains, Éphésiens, Colossiens) ainsi que l’évangile de Matthieu, organisé de façon thématique (cinq sections correspondant probablement aux cinq livres de la Torah) et non de manière chronologique. C’est d’ailleurs dans cet évangile que nous trouvons le magnifique sermon sur la montagne. D’autres passages plus restreints ressemblent à un enseignement catéchétique : 1 Thessaloniciens 4 et 5 ; Tite 2.11-3.8 ; 1 Pierre 1.13-4.11.
a. Trois façons d’organiser le contenu
Sur la base de l’ordre de Jésus en Matthieu 28.19, il paraît assez logique de distinguer une catéchèse pré-baptismale et une catéchèse post-baptismale. La première consiste à donner un premier enseignement aux jeunes croyants pour qu’ils sachent à quoi ils s’engagent en passant par les eaux du baptême. Robert Somerville suggère que cette catéchèse mette davantage l’accent sur l’œuvre que Dieu a accomplie pour nous en Christ et sur la réponse de notre foi, alors qu’elle [peut] se contenter de ne tracer que les grandes lignes de la piété et de la morale chrétienne[7].
La catéchèse post-baptismale correspond à l’enseignement régulier des croyants nécessaire à leur persévérance dans la foi.
Certains voient en Hébreux 6.1s une description du contenu de l’enseignement de l’Église :
« Ainsi, tournons-nous vers un enseignement d’adulte, en laissant derrière nous les premiers éléments du message chrétien. Nous n’allons pas poser de nouveau les bases de ce message : la nécessité de se détourner des actions néfastes et de croire en Dieu, l’enseignement au sujet des baptêmes et de l’imposition des mains, l’annonce de la résurrection des morts et du jugement éternel. »
Voici ce qu’en dit Wim Verboom. Elle présente les principes essentiels de la foi chrétienne sous forme de trois cercles concentriques :
- la conversion avec l’abandon des œuvres de mort et la foi en Dieu ; c’est la foi personnelle ;
- la doctrine du baptême et de l’imposition des mains ; c’est la communauté chrétienne ;
- la résurrection des morts et le jugement dernier ; c’est l’avenir[8].
Enfin, un théologien canadien du nom de Philip Carrington dans un livre intitulé The primitive Christian Catechism, publié en 1940, a cru pouvoir discerner un catéchisme primitif dans les textes de 1 Pierre et de 1 Thessaloniciens 4 et 5. Ce modèle comporterait quatre motifs principaux : « abstenez-vous ; soumettez-vous ; veillez et priez ; résistez[9] ».
b. Six éléments de base
Robert Somerville propose, sur la base du commentaire de la première épître de Pierre d’Edward G. Selwyn, de compléter ces quatre éléments par deux autres qui complètent le modèle proposé par Carrington.
- La Parole de vie
Il manque un élément essentiel et même prioritaire à la proposition de Carrington, c’est celui de la doctrine. Les quatre éléments qu’il cite – « abstenez-vous ; soumettez-vous ; veillez et priez ; résistez » – ont tous trait à la morale et la piété. Or, il est évident que, pour les apôtres, doctrine et vie sont étroitement liées. C’est ainsi que Paul adopte un schéma répété dans ses épîtres, il expose le message du salut et ensuite en tire des conclusions pratiques pour la vie des croyants. Ce passage de l’un à l’autre est articulé à plusieurs reprises par un « donc » qui souligne le lien entre les deux parties :
« Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. » (Rm 12.1 ; cf. Ep 4.1).
Ce lien apparaît aussi dans l’Évangile où il est indiqué que c’est parce que Dieu a pardonné nos fautes que nous devons pardonner à ceux qui nous ont fait du tort (Mt 18.21-35, la parabole du serviteur impitoyable). Ailleurs, il est dit aussi que c’est parce que Jésus s’est fait notre serviteur que nous devons nous mettre au service les uns des autres (Mc 10.35-45).
Tout enseignement qui ferait donc fi de l’importance et même de la primauté de l’annonce et de l’explication de l’œuvre du salut accomplie par Dieu en Jésus-Christ avant d’exposer les exigences éthiques de l’Écriture tomberait dans un moralisme stérile. Régénérés par la Parole vivante et permanente de Dieu (1 P 1.23), il nous est fait obligation d’exposer d’abord cette bonne nouvelle des effets rédempteurs de l’œuvre du Sauveur si nous voulons être de fidèles ministres de l’Évangile. Comme le dit Robert Somerville :
« L’enseignement de la Bible, de son contenu et de son message doit être un aspect central d’une catéchèse chrétienne, particulièrement dans un pays comme la France, où la Bible est très mal connue[10]. »
- Le culte et la louange
Deuxième aspect omis par Carrington, c’est tout ce qui concerne le culte rendu à Dieu. Toute la vie chrétienne, en réponse à l’amour de Dieu, doit être vécue comme un culte rendu à Dieu (Rm 12.1 ; Hé 13.15). Il n’y a désormais plus de lieu sacré ou, plus exactement, nos corps sont devenus le temple de Dieu, ce qui est beaucoup plus exigeant. Nos vies tout entières sont appelées à glorifier Dieu. Les chrétiens sont invités à prier sans cesse, à rendre grâce à Dieu en toutes circonstances (1 Th 5.18) et à chanter et célébrer le Seigneur de tout leur cœur (Ep 5.19s).
- Le renoncement
De nombreux textes invitent les croyants à abandonner des attitudes, des pensées qui affaiblissent leur relation avec Dieu (1 Th 5. 22, « Abstenez-vous du mal sous toutes ses formes. »). Jésus en parle en d’autres termes : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » (Mc 8.34) Ce renoncement décisif se décline en divers impératifs : « rejetez » (Rm 13.12), « renoncez » (Tt 2.12), « faites mourir » (Col 3.5), « crucifiez » (Ga 5.24), « purifiez-vous » (2 Co 7.1). Cela ne nous conduit pas à une vie ascétique (cf. 1 Tm 4.1-5), mais à une vie consacrée, mise à part où la relation avec Dieu prend la première place.
- La soumission
C’est un appel à l’humilité qui parcourt tout le Nouveau Testament et même la Bible avec cette affirmation forte : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles. » (Jc 4.6, cf. Pr 3.34) Il prend en particulier la forme d’un appel à la soumission mutuelle comme expression d’une juste relation entre croyants sous le regard de Dieu (Ep 5.21).
- La vigilance (veillez et priez)
La vigilance dont la prière fait partie a un double but : d’une part, nous mettre en garde contre les attaques du diable, d’autre part, nous maintenir prêts à accueillir le Seigneur à son retour. Il y a une perspective éthique (Ep 6.10-18) et une perspective eschatologique (1 P 4.7).
- La persévérance (résistez, tenez ferme)
Enfin les exhortations à la persévérance sont nombreuses dans l’Écriture (Lc 21.19 ; Rm 15.4-5 ; Hé 12.1-3). Suivre Jésus-Christ n’est pas facile. On doit faire face à « des luttes au dehors et des craintes au-dedans ». La présence du péché qui nous enveloppe si facilement (Hé 12.1), les épreuves et les persécutions peuvent être source de grands découragements. C’est pourquoi nous sommes appelés à résister et à veiller les uns sur les autres (Hé 10.24 ; 1 Th 5.11).
III. Une suggestion pratique
À mon sens, la prédication est un outil essentiel, sans être suffisant, de la catéchèse des adultes. Trois convictions fortes m’animent en la matière.
- La prédication mérite toute l’attention du pasteur et une solide préparation, car c’est le moment de la vie de la communauté où le pasteur a l’audience la plus large et où il peut faire passer des vérités fondamentales de la foi. John Stott a fort bien résumé le défi de la prédication :
« Nous devons rendre la Parole tellement claire qu’ils peuvent se nourrir eux-mêmes facilement, tellement riche qu’ils peuvent en extraire le suc pendant toute la semaine, et tellement savoureuse que leur appétit est aiguisé et prêt à en consommer davantage[11]. »
- « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner la vérité » comme le dit Paul à Timothée (2 Tm 3.16) et, à ce titre, aucun des genres littéraires, ni aucun des livres de la Bible n’est à négliger dans la prédication. Sans pouvoir tout aborder, le prédicateur doit donner le goût de la lecture de toute l’Écriture.
- Tout pasteur est appelé, autant que cela dépende de lui, à annoncer tout le conseil de Dieu (Ac 20.27) à la communauté dont il a la charge. Ce qui signifie qu’il devra ajouter à la prédication sur des textes – style qui a ma faveur – la prédication sur des thèmes dogmatiques pour s’efforcer de donner un aperçu complet de l’enseignement apostolique (voir L’Église dans tous ses états, « Prédication textuelle ou thématique » ).
Voici quelques conseils pratiques pour faire de la prédication un outil de catéchèse.
- Planifier vos prédications : Si vous voulez mettre en œuvre ce plan de prédications avec quelque succès, il faut impérativement planifier votre travail à l’avance pour au moins deux raisons :
- Si vous ne faites pas de cet aspect de l’enseignement une priorité, il y aura toujours de bonnes raisons pour le repousser à plus tard (visite d’un prédicateur, dimanche à thème…).
- La prédication dogmatique demande passablement de travail, puisqu’il faut mettre à la portée de tous en 25 à 30 minutes l’essentiel d’un sujet souvent complexe. Il y a donc un gros travail de synthèse à faire.
La planification des prédications dogmatiques devrait s’inscrire dans un projet global de planification de l’enseignement dans l’Église qui prenne en compte les contraintes suivantes :
- Prêcher régulièrement : Vous n’êtes pas seul à prêcher dans l’Église et c’est une bonne chose. Mais vous devriez, si vous êtes le pasteur de l’Église, demander à prêcher régulièrement (trois fois sur quatre ou trois fois sur cinq), car c’est là un aspect important du ministère qui vous est confié et pour lequel vous êtes formé.
- Aborder tous les genres de textes bibliques : la prédication tout au long de l’année, outre des sujets dogmatiques (voir « L’Église dans tous ses états »), devrait aborder des textes du Nouveau Testament et de l’Ancien Testament et, à l’intérieur de chaque Testament, tous les genres de textes (récits, Loi, sagesse, prophéties, évangiles, épîtres…). Pour cela, il faut aussi planifier son travail de prédication pour éviter la facilité qui consiste, surtout par manque de temps, à n’aborder que des textes qui nous parlent d’emblée ou qui correspondent à nos centres de préoccupation (quand il ne s’agit pas de nos « dadas »).
- Recourir à des séries : il me paraît nécessaire, quelques fois dans l’année, de programmer des séries de prédications sur un livre biblique ou sur un passage théologiquement dense. Cette pratique a plusieurs avantages : elle vous permet de bien situer le contexte du passage ou du livre abordé, elle vous oblige à travailler plus en profondeur et elle vous conduit à traiter de sujets divers, parfois sensibles, sans que cela puisse être interprété comme intentionnel.
- Faire un lien avec les études bibliques : je suggère très fortement que vous fassiez des études bibliques régulières en semaine. Pour ma part, j’ai eu recours à l’étude biblique tous les quinze jours dans l’Église, en alternance avec une réunion de prière dans les maisons. Cette étude était donnée deux fois : l’après-midi et le soir pour atteindre deux catégories de personnes fréquentant l’Église. Pour donner le goût de l’étude biblique aux personnes fréquentant l’Église, je préparais une grande série annuelle (durée moyenne de six mois) comprenant huit à douze études et quatre à sept prédications (par exemple, une série sur « Le chemin du désert : un détour révélateur » ou sur « Vie conjugale et familiale : repères bibliques pour aujourd’hui »). Le programme était distribué en début d’année et visait, par les prédications, à donner à toute la communauté des points clés de l’enseignement abordé ainsi que l’envie de venir entendre la suite. L’expérience que j’en retire, c’est que cette façon de faire a été payante, puisque j’ai réussi à fidéliser 30 à 35 personnes sur les 60 membres que comptaient, en tout, les deux communautés dont j’avais la charge.
- Rester souple et ne pas tout planifier : planification ne doit pas rimer avec rigidité et crispation. La vie d’une communauté comporte une part d’imprévus auxquels il convient de savoir s’adapter. Pour cela, la première règle à respecter, c’est de ne pas tout programmer. Dans ma planification (généralement faite pendant les semaines estivales), j’avais soin de laisser des dimanches libres pour pouvoir apporter des exhortations plus circonstanciées ou pour permettre de décaler des choses prévues.
- Formez d’autres personnes à la prédication : enfin, dernier conseil, votre ministère ne doit pas se contenter de transmettre la vérité, mais aussi de mettre en route la chaîne de transmission de cette vérité (2 Tm 2.2). Un des aspects sera d’encourager les prédicateurs de votre communauté à se former et à se perfectionner en vue du service. Une des façons simples de faire serait de les associer à la planification des prédications et de prendre le temps de faire le point avec eux sur les points forts et les points à améliorer de leurs prestations en cours d’année.
Le recours à des formations extérieures (École pastorale, offres de formation en cours d’emploi de la FLTE et de l’IBN, ITEA) peut aussi faciliter ce travail de formation. L’invitation d’un intervenant extérieur pour deux ou trois interventions avec atelier de prédication peut aussi être utile.
IV. Quelques remarques conclusives
- Nos Églises de professants sont généralement faibles en matière de catéchèse. Une brève initiation est donnée aux adultes avant leur baptême sous forme de préparation en groupe ou d’entretiens pastoraux. Par contre, il n’y a pas réellement de catéchèse post-baptismale cohérente et suivie. Les croyants doivent se débrouiller avec ce qu’ils peuvent picorer à travers les divers moments d’enseignement non systématique de l’Église locale et éventuellement quelques formations parallèles.
- La catéchèse devra veiller à ne pas se calquer uniquement sur les méthodes d’apprentissage du pays où elle s’exerce. En France, le défaut d’une telle approche serait de laisser croire que la vérité de l’Évangile est purement livresque et scolaire, or rien n’est plus faux. Le savoir délivré par le catéchète concerne l’être tout entier, cœur, tête et mains, et doit le conduire à marcher en nouveauté de vie. Il faudra donc à la fois apporter un enseignement équilibré et travailler la pédagogie de cet apport.
- La catéchèse devra par ailleurs être intégrée à la vie communautaire et jouer un rôle d’intégration dans l’Église. Il ne s’agit pas de cours particuliers, mais bien d’un enseignement donné par l’Église et pour l’Église, pour la construire. Il faudra donc prendre en compte la dynamique de groupe, favoriser les relations et proposer des activités communes.
- Enfin, il faudra régulièrement inculquer l’idée que l’apprentissage chrétien dure toute la vie. Nous restons des disciples toute notre vie et la nécessité de la croissance dans la foi est et reste permanente jusqu’à ce jour béni où nous connaîtrons comme nous avons été connus (1 Co 13.12).
Éléments bibliographiques
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SOMERVILLE, Robert, « La catéchèse selon le Nouveau Testament », Les Cahiers de l’École Pastorale, n° 23, 1995, pp.3-11.
VERBOOM, Wim, « L’Enseignement de la foi (1) », La Revue réformée, L, n° 202, 1999/1, pp.1-15.
VERBOOM, Wim, « L’Enseignement religieux dans le Nouveau Testament (2) », La Revue réformée, L, n° 203,1999/2, pp. 1-11.
VERBOOM, Wim, « Éducation et catéchèse (3) », La Revue réformée, L, n° 204, 1999/3, pp.1-10.
[1] Pierre LESTRINGANT, Le ministère catéchétique de l’Église – Esquisse théorique et pratique, Paris, éditions Je sers, 1945, p.65.
[2] Robert SOMERVILLE, « La catéchèse selon le Nouveau Testament », Cahiers de l’École Pastorale, n° 23, février 1995, p.3.
[3] Par la grâce de Dieu, des non-croyants seront touchés par des messages d’édification ou des études bibliques destinés aux croyants. Par ailleurs, nous apporterons un enseignement biblique régulier aux enfants des familles qui fréquentent l’Église. À cela, il faut ajouter que certains outils d’initiation à la vie chrétienne, comme les cours Alpha, seront à la jonction de l’évangélisation et du premier enseignement pour jeunes convertis.
[4] Pierre LESTRINGANT, op. cit., p.11.
[5] Ibid., p.12.
[6] Robert SOMERVILLE, « La catéchèse selon le Nouveau Testament », Cahiers de l’École Pastorale, n° 23, février 1995, pp.3-11.
[7] Robert SOMERVILLE, op. cit.,p.10.
[8] Wim VERBOOM, « L’enseignement de la foi (1) », La Revue Réformée, L, n° 202, 1999/1, p.10.
[9] Robert SOMERVILLE, op. cit., p.6.
[10] Robert SOMERVILLE, op. cit.,p.10.
[11] Cité par Paul BEASLEY-MURRAY, « Le pasteur en tant que théologien », Cahiers de l’École Pastorale n° 13, juin 1992, p.26.