La religion n’est-elle pas un produit de consommation comme un autre ?

Le comportement religieux se calque aujourd’hui sur le modèle du marché ! Avec la mondialisation, l’offre s’est diversifiée, la concurrence est apparue, de nouveaux produits exotiques et attractifs sont disponibles. Nos contemporains choisissent de plus en plus leurs croyances comme ils remplissent leur caddie ; on prend ce qui plaît : on laisse de côté les doctrines ou les exigences qui dérangent ou semblent démodées. Tenter l’expérience de Dieu, pourquoi pas ? Mais sans s’engager trop loin ni trop longtemps. Et surtout, en toute liberté. Pas question que quelqu’un prétende guider nos choix ; ce serait aussi incongru que de laisser un vendeur remplir le caddie à notre place.

Un lien authentique avec Dieu, but de la démarche religieuse, peut-il se nouer dans ces conditions ? Imaginons un jeune homme qui désire faire la rencontre de sa vie. Il décide d’employer les moyens à la mode. Il s’inscrit dans un forum spécialisé sur Internet, et même fréquente des soirées « speed-dating » (quelques minutes pour faire connaissance avec quelqu’un avant de passer à la personne suivante, mais oui !). Il a préalablement communiqué des renseignements le concernant (goûts, loisirs, âge, profession) et surtout le portrait idéal de la femme qu’il recherche.

Gageons qu’il ne trouvera jamais l’amour ainsi, ou alors ce sera par pure coïncidence. Car si je fabrique à l’avance mon image de l’autre, sans d’abord chercher à le (la) connaître tel qu’il (elle) est, je ne le (la) découvrirai jamais, ni a fortiori ne l’aimerai véritablement. Ce sera une illusion de rencontre, celle qui précipite tant de couples vers l’échec et la séparation.

Rencontrer Dieu, c’est comme tomber amoureux et ne jamais cesser de découvrir l’Autre avec son mystère et s’en émerveiller. Je ne peux pas choisir le Dieu qui m’arrange. Et si je m’y risque, je n’obtiendrai qu’une vision fausse de lui, un simple reflet de mes attentes, de mes rêves, de mes désirs, bref ce que la Bible nomme une idole.

C’est bien pourquoi Jésus présente le chemin qu’il nous ouvre vers Dieu bien autrement qu’à la façon d’un spécialiste du marketing. La publicité flatte les goûts, les besoins et les plaisirs du « client-cible ». Jésus, lui, appelle à se charger de sa croix et à le suivre. Cela signifie : renoncer à nous-mêmes pour donner à notre vie son véritable sens, la faire entrer dans l’éternité.

S’abaisser, se donner gratuitement, totalement et sans retour, voilà le chemin que Jésus a emprunté et sur lequel il nous invite à le suivre jusqu’au bout. En un mot, il nous appelle à lui ouvrir la porte, et à donner à Dieu et aux autres la place centrale dans notre vie ; tout le contraire de l’esprit de consommation.

L’Évangile ne s’essaye pas comme un vêtement ou une voiture. II faut tout donner, en confiance, pour tout recevoir. II n’y a pas d’autre Évangile en rayon((in Croire et Servir n° 19)).

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