Il y a des handicapés qui ne peuvent même pas comprendre la Bible
Derrière cette objection se profile une certaine conception de Dieu et de l’être humain. Qui d’entre nous n’a pas rencontré une personne handicapée devant laquelle il s’est senti perdu, incapable de communiquer de façon valable ? Elle nous paraît si différente et quelquefois si limitée… Parfois, elle ne manifeste rien, ni sourire, ni geste ; dans d’autres cas, elle s’exprime au contraire beaucoup, avec des gestes ou des sons que nous ne comprenons pas.
Cette difficulté, voire cette incapacité à communiquer d’une façon « normale », nous met en échec, nous perturbe. En est-il vraiment de même pour Dieu ?
Pendant plusieurs années, j’ai visité avec d’autres jeunes toutes sortes de milieux, y compris des institutions accueillant des handicapés. Nous leur annoncions l’Évangile par nos chants et nos témoignages. Pour l’adolescent que j’étais, c’était au début une expérience très difficile. Mais assez rapidement, je me suis rendu compte qu’« il se passait quelque chose ». Les éducateurs présents nous le confirmaient : les personnes handicapées ne pouvaient pas mettre de mots sur ce qu’elles ressentaient mais elles écoutaient. Une vraie communication passait.
Plus tard, j’ai découvert le témoignage de Jean Vanier et des communautés de l’Arche, centré sur l’accueil des handicapés. L’expérience de vie communautaire, au-delà des difficultés concrètes, était décrite comme la découverte d’une grande richesse humaine chez les personnes handicapées, un apprentissage d’autres manières de communiquer, un vécu de grande communion spirituelle, un chemin de croissance personnelle, émotionnelle et spirituelle, pour les « bien portants ».
Nos sociétés définissent les personnes handicapées à partir de leur handicap, mettant l’accent sur ce qui leur manque. Pourtant, elles ont souvent une grande richesse intérieure qui pourrait nous enrichir. La Bible est la Parole par laquelle Dieu se révèle. Elle n’est pas une fin en soi, mais un outil de communication pour entrer et grandir dans une vie de communion avec Dieu et avec les autres. Comme une lumière sur notre sentier (Psaumes 119.105), elle est précieuse car elle nous indique le chemin et nous permet d’y marcher. Si nous ne marchons pas sur le chemin, à quoi bon cette lumière ? Rien ne peut empêcher Dieu de se révéler aux personnes handicapées, de les accueillir dans sa communion et de vivre avec elles une relation d’amour à un niveau de profondeur que nous ne soupçonnons pas. II s’intéresse à elles d’une manière privilégiée, comme à tous les « pauvres ».
À travers elles, il veut nous communiquer une vision de l’être humain plus riche, moins centrée sur les capacités, et plus ouverte aux extraordinaires richesses du cœur, au-delà des handicaps les plus incapacitants.
Pour moi, la question est plutôt : sommes-nous prêts à élargir nos cœurs pour accueillir la personne handicapée et ce que Dieu veut nous donner à travers elle((in Croire et Servir n° 17)) ?