La foi n’est-elle pas dépassée par les connaissances scientifiques ?
On peut dire d’un nouveau modèle de voiture qu’il dépasse l’ancien, ou qu’une nouvelle version d’un logiciel informatique rend les précédentes périmées, parce que l’on compare deux objets de même nature, de même usage. Mais il n’en est pas de même entre foi et sciences.
Le rôle des sciences est de décrire et d’interpréter les phénomènes naturels ou humains. Elles s’attachent au « comment » des choses : comment l’univers s’est-il formé ? Comment la matière est-elle constituée ? Comment la vie est-elle apparue, comment fonctionne le cerveau ?… La foi, pour sa part, s’intéresse aux « pourquoi ». Ainsi, la biologie peut m’apprendre comment mes muscles peuvent fonctionner, mes cellules se reproduire et mes neurones mémoriser ce que mes sens perçoivent. Mais pas pourquoi ou pour quoi je suis né, quel est le sens de la vie, quelle valeur ont mes actes, mes pensées, ni pourquoi je dois mourir.
Sciences et foi, de plus, n’utilisent pas les mêmes outils dans leurs quêtes respectives. La science s’appuie sur l’observation, émet des hypothèses, les vérifie par le raisonnement logique, les soumet à l’expérience. Mais Dieu, que cherche la foi, ne se laisse ni mettre en équation, ni démontrer, ni réfuter. Il reste hors de portée du microscope, du télescope et du cyclotron ! Non que la foi renonce à observer et à réfléchir, mais elle dépend de ce que Dieu veut bien révéler de lui-même, et que les chrétiens trouvent dans la personne de Jésus-Christ et dans la Bible.
Donc, sciences et foi sont deux démarches distinctes. Mais leurs chemins peuvent se rejoindre dès lors que chacune renonce à empiéter sur le domaine de l’autre. La foi peut s’émerveiller de ce que la science lui apprend de la sagesse du créateur, mais elle n’a pas à chercher dans la Bible une science chrétienne ; sinon elle s’expose à refaire le procès de Galilée. La science, quant à elle, admet depuis bientôt un siècle qu’elle ne peut pas décrire le réel de manière totale, neutre, et objective. Tout énoncé scientifique contient ses propres limites : un élément d’incertitude, une part non démontrable. Même les notions de réalité, d’espace et de temps deviennent relatives. Ainsi, depuis que les astrophysiciens admettent un commencement à l’univers, l’idée (re)vient que le monde ne peut être à lui-même sa propre explication. À partir de là, il faut choisir : maintenir que le prodigieux concours de circonstances qui mène, en 15 milliards d’années, de l’instant zéro à la complexité du vivant et à l’homme est le fait du « hasard », ou postuler qu’une « volonté » est à l’œuvre et donne au réel une direction, un but. Là, le choix n’est plus entre sciences et foi, mais entre foi et incrédulité. C’est pourquoi l’on trouve des savants parmi les croyants et parmi les athées((in Croire et Servir n° 2)).