Comment croire en une Bible remplie de contradictions ?

C’est une objection souvent entendue. On peut brièvement classer les « contradictions » supposées de la Bible en différentes catégories :

• contradictions entre la Bible et la science ; exemple : les récits bibliques de la création ;
• contradictions dans l’enseignement des textes ; exemple : la violence de Dieu dans certains récits de l’Ancien Testament ;
• contradictions dans la description du même récit par différents évangiles.

Je ne peux me borner ici qu’à proposer quelques réflexions d’ordre plus général touchant à la Bible et à sa lecture.

D’abord, il nous faut lire les textes bibliques en fonction de leur genre littéraire, en tenant compte des principes d’écriture des diverses cultures où les textes ont été rédigés et de l’objectif de l’auteur. Par exemple, les premiers chapitres de la Genèse se présentent à nous comme un poème, avec une introduction, six strophes et une conclusion. L’auteur utilise un langage imagé, plus facilement compréhensible pour ses contemporains que pour nous. Son but est de mettre en évidence la création de Dieu par sa parole toute-puissante, sans violence, centrée sur la création de l’homme et la vocation de celui-ci, vocation de gérance de la terre vis-à-vis du Créateur. Le sabbat organise et rappelle cette vocation. Le texte apporte donc un enseignement fondamental sur Dieu et sur l’être humain. Ajoutons qu’il y a dans le texte une pointe de polémique face aux récits de la création des -religions du Proche-Orient. Vouloir comparer ces récits aux théories scientifiques de la création sans tenir compte de ces différents éléments n’a pas de sens.

Ensuite, même si certains textes ont l’apparence de récits historiques, leur but n’est pas de faire une chronique détaillée et chronologique des événements. Chaque évangéliste, par exemple, a opéré des choix dans la matière qu’il avait à sa disposition et a regroupé en conséquence des enseignements et des événements. Matthieu a regroupé divers enseignements de Jésus dans le Sermon sur la Montagne (chapitres 5 à 7) et ensuite différentes paraboles au chapitre 13 (comme Luc dans son chapitre 15). Marc a fait se succéder divers épisodes qui mettent en évidence des conflits entre Jésus et les scribes ou les pharisiens (Marc 2.1 à 3.6). Ceci explique une diversité entre les évangiles qui rend impossible une harmonisation parfaite entre les quatre récits. Ceci n’empêche pas que nous pouvons avoir une parfaite confiance dans ce qu’ils nous communiquent.

On pourrait poursuivre encore longtemps dans cette direction et montrer qu’une lecture adéquate de l’Écriture fait un sort à beaucoup de prétendues contradictions. II nous faut lire l’Écriture pour y trouver ce que les auteurs y ont mis. Si nous y cherchons autre chose, notre lecture risque d’être faussée…

Ceci dit, certaines choses restent mystérieuses et parfois incompréhensibles. Tout ne s’explique pas si facilement. Mais notre foi se fonde sur Dieu et non pas sur notre capacité à expliquer toutes les difficultés du texte biblique.

Je ne sais plus qui a dit un jour : « Ce n’est pas ce que je ne comprends pas dans la Bible qui me dérange, ce qui me dérange, c’est ce que je comprends ! » Parler des contradictions de la Bible, ne serait-ce pas une manière pour nous d’éviter de l’écouter sérieusement((in Croire et Servir n° 14)) ?

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