Dieu attend notre prière

Au commencement, Dieu…

Nous sommes à l’instant où le cosmos, l’univers, le monde, vont exister. Et cela va naître d’une parole. Une Parole de Dieu est dite, et la création surgit.

Dieu parle : la chose s’accomplit. Premier jour, puis deuxième, puis troisième…

Entre chaque jour qui émerge du néant, un espace-temps, que nous ne connaissons pas, mais surtout, un long silence.

Dieu crée sur une Parole, puis il se tait.

Il contemple son œuvre et fait un bilan : « Il vit que c’était bon ! »

De la création, on débouche rapidement sur le silence, et le silence contemplatif.

Le 6e jour, c’est la création de l’humain. Dieu contemple sa création avec son bouquet final : l’homme. Depuis cette contemplation, il juge l’ensemble « très bon ».

À noter un petit changement qui change tout : on passe du « Dieu dit » à « Dieu leur dit ». Dès lors, Dieu a un interlocuteur. S’il n’y a pas encore de réponse, nous passons du monologue à la perspective d’un dialogue.

De la parole au silence

Le 7e jour, Dieu est – façon de parler – en attente d’une réponse de l’homme à qui il a dit quelque chose. L’attente de Dieu, qui est Parole, c’est d’entendre enfin l’homme – le seul animal doué de parole –, lui parler. Et lorsque l’homme parle à Dieu, ou plus exactement lorsqu’il lui parlera, ce sera la prière.

Dieu attend cette prière.

Nous sommes désormais confrontés à un nouveau silence : celui de l’homme.

Dieu attend, mais il ne commande pas. Il dit : « Cultivez ; gardez ; soyez féconds… » mais il ne dit pas priez !

Si l’Ancien Testament élabore plus de 600 commandements, aucun ne donne l’ordre de prier. Sans doute parce que la prière est un propos libre, comme la Parole de Dieu est libre.

Le septième jour, tout se met en place et Dieu attend toujours une parole de l’homme à son égard. De plus, ce jour-là est un jour très différent de ceux qui le précèdent car il ne semble pas limité. On ne dit pas : « il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le septième jour. » De fait, ce jour est, jusqu’ici, sans fin.

Pour un oratorio

Le 7e jour est aussi un lieu. Eh oui, un lieu, pas seulement un temps ! C’est le lieu autant que le temps de la prière ; le monde est créé et il devient le sanctuaire de Dieu. En effet, la création prépare la terre et la venue de l’homme sur la terre, mais en fait, Dieu est en train de construire son Temple.

Le mot hébreu qui parle de l’étendue d’eau du récit de la création est le même mot qui est utilisé pour parler du bassin de purification qui sera plus tard dans le Temple. De même, le soleil et la lune dont on parle pour présider au quatrième jour, sont le grand et le petit luminaire. Or, le terme luminaire n’est utilisé qu’une seule autre fois dans l’Ancien Testament, pour parler des lampes du Temple.

Le monde, avec ses deux luminaires et ses océans, n’est autre que le sanctuaire de Dieu (voire son marchepieds). Et c’est dans l’oratoire de ce Temple que doit retentir la prière de l’homme vers son créateur.

Parler et ne rien dire

Mais pour l’heure, Dieu attend toujours cette parole, cette prière.

Qui va dire cela à l’homme ? Qui va enseigner la prière à l’homme ?

Paul enseignera que c’est l’Esprit de Dieu qui suscite en nous la prière.

Or, le Saint-Esprit est là, dès le récit de la création. Il plane.

Un jour, peut-être, l’Esprit, tel une colombe, planera au-dessus de l’homme qui prie, mais pour l’heure, c’est encore le silence.

Enfin, une parole surgit. Lorsque Dieu présente à Adam l’être tiré de ses flancs, l’homme dit quelque chose. Mais cela ressemble à un soliloque, une parole intérieure, une remarque personnelle, presque égoïste :

« Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair. On l’appellera femme parce qu’elle a été prise de l’homme. »

On pourrait s’arrêter longtemps sur ces propos, sur ce « cette fois » qui semble dire à Dieu : il était temps que tu réussisses !

On pourrait aussi épiloguer sur cette première parole humaine : rien n’est adressé à Dieu ; aucun remerciement ! Aucune reconnaissance pour le don. Un silence qui hurle !

Dire et mé-dire

Pourtant, il y a une voix qui va retentir dans ce silence sidéral. Oui, enfin une autre voix. Une voix, à part le soliloque de l’homme, et une parole qui s’adresse à quelqu’un, plus directement. C’est la voix du serpent.

De quoi parle le serpent pour faire sortir l’homme du silence ? Il parle de Dieu !

Mais, le « Dieu dit » devient « Dieu a-t-il vraiment dit ? »

Jusqu’ici, le narrateur mentionnait « l’Éternel Dieu » ; il y avait toujours une double façon de dire Dieu. Mais, dans la bouche du serpent, et dans la façon dont la femme lui répond, on note que « l’Éternel Dieu » n’est déjà plus que « Dieu ».

Et c’est ainsi que le nom est limité ; sa puissance, sa définition, ses attributs sont diminués.

Sortir du silence

L’homme (la femme), l’humain et le serpent parlent de Dieu.

Entendez bien : ils ne parlent pas à Dieu, mais de Dieu.

Ils inventent la théologie alors que Dieu attendait une prière.

Ils parlent de Dieu comme si Dieu était absent ! Quelle erreur !

Parler de Dieu et parler à Dieu, ce n’est vraiment pas la même chose.

Et Dieu attend toujours une parole pour lui !

Je médite cette histoire.

Je cherche mes mots.

Enfin, je ne veux plus faire attendre Dieu.

Seigneur, apprends-moi à prier !

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