Une partie essentielle de la vie chrétienne
Après un entretien avec Françoise (40 ans), je lui ai demandé de prier. Baissant son regard et rongeant ses ongles, elle m’a dit : « Je ne sais pas prier ! Comment prier ? Vraiment j’aimerais bien prier, mais je ne sais pas comment m’y prendre. »
Une semaine après, j’ai fait un sondage sur la prière auprès de 197 personnes dans ma paroisse. Les résultats de cette enquête m’ont fait comprendre que Françoise n’était pas seule dans son cas puisque 168 m’ont répondu un peu comme elle.
Comme Françoise, certaines personnes ressentent en elles un ou plusieurs manques qui les poussent à se tourner vers Dieu. Certaines voudraient être heureuses ; d’autres sont confrontées à des questions existentielles et aux multiples épreuves de la vie : elles voudraient chercher des réponses, comprendre ce qui se passe, questionner Dieu pour en savoir davantage, découvrir des solutions et parvenir à la paix. Pour y parvenir, il faut passer par des moments de prière.
La prière ?
C’est s’adresser à Dieu, dialoguer avec lui, lui parler à cœur ouvert de la vie, de nos faiblesses, de nos besoins, de nos projets. C’est aussi le louer, l’adorer, le remercier et implorer sa grâce et son pardon. La prière est donc une partie constitutive et essentielle de la vie chrétienne. L’âme étant toujours en perpétuel mouvement, elle a très souvent soif d’entrer en communion avec Dieu. C’est pourquoi, dans la vie spirituelle, la prière joue le même rôle que la respiration dans la vie physique. Quand le chrétien prie son Dieu, l’âme est dans un élan d’adoration, de reconnaissance et d’amour vers celui à qui elle doit tout.
Prier implique que la personne donne le pouvoir à celui qu’elle prie car elle le reconnaît supérieur à elle-même. C’est aussi pendant la prière que l’homme découvre l’expression la plus parfaite de son humanité. Pour y parvenir, elle nécessite d’adopter une attitude à la fois intérieure et extérieure.
L’importance du silence
Posture extérieure et attitude intérieure doivent aller ensemble. La parole et la demande doivent être bien réglées, paisibles et modestes. Étant en présence du Seigneur, il faut que son regard divin trouve plaisir à l’attitude du corps et au ton de la voix. Tout doit commencer par le silence que l’homme laisse parler en lui. Dans le silence, il prend alors conscience de sa dépendance de l’Être Suprême qui est le principe de la vie. Sans lui, son existence n’a pas de sens. Saint Augustin s’adressait à Dieu en disant : « Tu nous as faits orientés vers toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi. » Ayant une bonne attitude intérieure, le chrétien ne doit pas plonger dans un bavardage bruyant. Sa requête doit être recommandée par la modestie. Il faut savoir, avant toutes choses, que Dieu écoute, non la voix, mais le cœur. Et ce sera peine perdue si l’homme pense attirer, par ses cris, l’attention de celui qui sonde les cœurs et qui connaît toutes les pensées. Dieu n’est pas physique, ni visible. Il est spirituel et demande une certaine élévation pour entrer en relation avec lui. La disposition intérieure consiste donc à se séparer de ce qui enferme l’homme pour entrer en relation avec cet Être Invisible.
La posture extérieure…
Notre attitude n’est que le prolongement de celle qui naît au-dedans de nous. Le temps de la prière est un moment de rencontre important avec Dieu, c’est pourquoi le lieu et l’environnement peuvent le favoriser. Le chrétien peut prier n’importe où, mais de préférence dans un lieu calme et discret. Ceci pour dire qu’il n’est pas obligé d’aller dans les temples ou les chapelles pour prier, mais il peut créer un climat de prière là où il se trouve. Ainsi, il peut prier dans sa chambre, dans sa voiture, dans son bureau… La prière doit se faire dans une attitude d’humilité, avec une foi et un cœur sincères. La posture appropriée est celle du recueillement devant le Dieu saint et tout-puissant, c’est-à-dire à genoux, debout et incliné, assis et incliné, même couché pour le cas d’un malade.
Les paroles prononcées doivent se faire avec précision et concision, en toute simplicité, avec des phrases courtes, sans multiplier de vaines paroles. Celui qui prie doit avoir conscience de sa situation devant Dieu et prendre la place qui lui revient, c’est-à-dire celle d’une créature. Il doit magnifier Dieu et non faire ses propres choix ou définir ses exigences ainsi que ses plans. Il doit prier Dieu de manière à le rechercher, à lui obéir, à attendre que sa volonté lui soit révélée et à agir comme Il le désire.
L’efficacité d’une prière…
Le résultat ne dépend pas forcément de celui qui prie, ni de son éloquence, ni du lieu où il s’exprime, ni même de la persévérance avec laquelle il prie. Quelle qu’en soit la longueur, la prière chrétienne est un élan confiant du cœur qui dépose, aux pieds de Dieu, les joies et les peines de l’homme pour que Dieu en dispose à volonté. Concrètement, une prière peut contenir habituellement une invocation, une louange, une action de grâce, une demande (pour soi-même et pour les autres), une confession et un appel au pardon. Elle suit ainsi le schéma de la prière modèle enseignée par Jésus-Christ à ses disciples.
Prier est bénéfique pour le chrétien au niveau de l’action, de la pensée et de l’attitude. C’est d’ailleurs la pierre angulaire dans la pratique spirituelle. Elle représente le canal primordial par lequel le chrétien peut s’adresser à Dieu et interagir avec lui, et c’est le moyen le plus efficace par lequel il peut établir une relation normale avec son Dieu.
Jean 4.20-24 ; Matthieu 6.7 ; 9-13