Remplir la terre à l’image de Dieu (Genèse 1.26-31) Prédication pour un mariage mixte
Introduction
Cette prédication a été donnée lors de la cérémonie de mariage d’un couple « mixte » : un des deux conjoints était membre de l’Église quand l’autre se définissait comme non-croyant((Nous sommes conscients que la décision de répondre positivement à la demande d’un couple dans cette configuration n’est pas automatique. Dans ce cas, le conseil avait décidé de répondre positivement.)).
Une prédication de mariage peut remplir plusieurs fonctions :
- C’est une exhortation faite aux mariés. Elle arrive comme une conclusion de l’accompagnement débuté plusieurs mois auparavant (préparation au mariage). Elle est l’occasion d’une exhortation finale, une parole sur laquelle le pasteur souhaite insister.
- Au-delà du couple, elle s’adresse à tous. La vie conjugale n’est pas forcément un sujet de prédication régulier, alors qu’il y a tant à dire sur la façon chrétienne de vivre le couple ! Une cérémonie de mariage est un bon lieu pour exhorter ceux qui se sont rassemblés pour cette occasion… tout en se souvenant que, pour certains, le sujet du mariage est délicat (mariage difficile, divorce, célibat subi…)
- C’est aussi un lieu d’annonce de l’Évangile. En effet, l’auditoire lors d’un tel événement comprend toujours des personnes ne fréquentant pas d’Église. Sans transformer la cérémonie en réunion d’évangélisation, il serait dommage qu’un non-croyant reparte sans avoir reçu une invitation à s’approcher de Dieu.
Dans le cas de cette cérémonie, il apparaissait dès le départ que les croyants seraient en minorité (issus de notre Église, une dizaine de personnes tout au plus). La prédication devait donc relever le défi d’être pertinente et de faire le lien entre les préoccupations contemporaines et la révélation biblique.
Nous avons choisi de nous appuyer sur une interrogation du couple lors de la préparation au mariage. Confronté au mandat culturel (Gn 1.28), il s’interrogeait sur l’actualité du commandement de fécondité et de multiplication dans un contexte de surpopulation mondiale. Nous avons supposé que leur questionnement était partagé par certains de leurs proches, et que nous avions là un bon point d’accroche. Il nous permettait d’inviter le couple et l’auditoire à s’ouvrir à la fécondité et à la générosité, mais aussi à s’interroger sur ce que l’homme a fait du mandat que Dieu lui a confié, et de pointer vers Jésus-Christ. Le lecteur jugera si nous y sommes parvenus.
Le manque de culture ecclésiale de l’auditoire imposait un format court : un quart d’heure maximum. La prédication devait rester accessible, en particulier dans le choix du vocabulaire qui devait éviter les « évangélismes ». En revanche, nous n’avons pas cherché à défendre la véracité du texte biblique. Nous avons préféré témoigner de ce que nous le recevons avec foi.
Texte de la prédication
Le texte que je vais lire se trouve dans le livre de la Genèse, le premier livre de la Bible, au chapitre 1, lors de la création du monde.
« Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre. Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa. Dieu les bénit ; Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre. Dieu dit : je vous donne toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture. (…)((Nous avons fait le choix de supprimer de la lecture la majeure partie du verset 30 : « A tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui fourmille sur la terre et qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. ». En effet, le sixième jour de la création (v. 24-31) rapporte à la fois la création des animaux, et celle de l’homme. Nous limitant à la création de l’homme, il nous semblait justifié de ne pas mentionner ce verset 30.)). Il en fut ainsi. Dieu vit alors que tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : le sixième jour. »
Genèse 1.26-31 (NBS((Les autres citations seront, elles aussi, tirées de la traduction Nouvelle Bible Segond.)))
Je garde le souvenir, au cours des rencontres de préparation au mariage avec Nathan et Karine((Les prénoms ont été changés.)), d’une discussion fort intéressante autour de ce commandement divin : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. »
Nous nous étions posé la question : ce commandement est-il toujours d’actualité aujourd’hui ? En effet, si l’on comprend la nécessité de la multiplication de l’espèce humaine aux origines de l’humanité, l’est-elle toujours aujourd’hui ? Aujourd’hui, l’homme occupe toute la planète, et nous faisons face à des problèmes de surpopulation, avec tout ce que ça implique en termes d’écologie, mais aussi en termes de répartitions des chances et des richesses à travers le monde. Ce commandement biblique est-il pertinent aujourd’hui ? Nathan et Karine, et nous tous, devons-nous le suivre ?
Tout d’abord, il me semble nécessaire de rappeler que, dans le dessein de Dieu, la procréation n’est pas le but du mariage. Nous avons lu tout à l’heure((Avant l’échange des vœux.)) le texte qui institue le mariage : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair((Genèse 2.24.)) ». Vous noterez que l’auteur biblique s’arrête là. Il ne rajoute pas un « ils seront heureux et ils auront beaucoup d’enfants » comme nous le faisons à la fin des contes de fées.
Ce que je dis n’est pas anodin. Pour Dieu, un mariage sans enfant reste un mariage, plein et entier. Les enfants qui peuvent être ajoutés sont considérés comme une bénédiction supplémentaire, une joie, mais aussi – et en tant que père de trois enfants, je sais de quoi je parle – un défi ! Ce sont des personnes qui sont confiées par Dieu à la responsabilité du couple, des êtres à part entière, avec leur personnalité et leur volonté propre. Et c’est une joie de les voir grandir, prendre de ce que nous leur apportons et en faire leur propre mélange, pour finalement prendre le relais. Mais, je le répète, ils ne sont pas nécessaires au mariage. Et Dieu a en réserve pour le couple bien d’autres bénédictions.
Ceci étant dit, je crois nécessaire, pour mieux comprendre le commandement divin, de le lire dans son contexte. En effet, ce commandement ne tombe pas du ciel, si vous me passez l’expression, mais vient comme la conclusion de la création de l’humanité. La lecture biblique que nous avons faite commençait par ces mots : « Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent… » (v. 26). L’homme n’a pas seulement été créé, mais il a été choisi, au milieu de toute la création, pour la dominer. Par ceci, Dieu lui donne un statut à part, celui d’être à son image, selon sa ressemblance. Il ne faut surtout pas croire que l’auteur de la Genèse indique ainsi que Dieu ressemble à un homme avec deux bras et deux jambes ! Mais il a donné à l’homme des capacités uniques au milieu de la création.
Je pense que nous nous en rendons compte : si l’on trouve une grande intelligence chez certaines espèces animales, des capacités de jeu, de créativité, de communication… aucune n’a le niveau de l’homme. C’est cette supériorité, donnée par Dieu, qui lui a permis de remplir la terre et de la soumettre. Et le texte va jusqu’à conclure que Dieu est satisfait du résultat : « C’était très bon ». Très bon ? On peut se poser la question de ce qu’a fait l’homme de cette capacité unique… Comme je le disais plus tôt, le monde conquis et organisé par l’homme interroge. Les questions écologiques et climatiques nous inquiètent, les ressources naturelles diminuent dangereusement. Quant à l’homme, il faut se rendre à l’évidence qu’une petite partie du monde, dont nous faisons partie, exploite directement ou indirectement des populations moins favorisées. Est-ce cela, la réussite de Dieu ?
La Bible porte un regard sur cette situation d’échec, et elle pose une explication qui tient en un mot : péché. Le péché, c’est manquer la cible, ne pas suivre les directives données par Dieu, mais n’en faire qu’à sa tête. Fait à l’image de Dieu, l’homme était appelé à administrer la terre selon cette image. Dieu qui n’exploite pas les ressources sans fin mais instaure un repos pour l’homme comme pour la création((Lévitique 25.3-4.)). Dieu qui s’occupe de tout le monde, qui « fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes((Matthieu 5.45.)) ». Dieu qui souhaite imposer l’équité aux nations, qui « n’élèvera pas la voix, qui ne brisera pas le roseau qui ploie, n’éteindra pas la mèche qui vacille((Ésaïe 42.2-3.)) ».
Il y a encore du travail, non ? Du coup, je crois que ce commandement est toujours d’actualité. Il est toujours d’actualité, même si le point important n’est plus la multiplication de l’espèce pour la conquête, mais celui de retrouver ce que veut dire « être à l’image de Dieu », retrouver le modèle selon lequel Dieu veut que nous vivions pour nous et pour les autres. Et lorsqu’on lit le reste de la Bible, on se rend compte qu’en Jésus-Christ, fils de Dieu, nous avons le modèle de l’homme qui agit selon ce que Dieu attend. Nous avons la direction, nous avons le modèle… à nous de jouer !
Lorsqu’il fait l’homme à son image, qu’il lui donne ce statut à part, qui lui permet de dominer, Dieu lui donne un grand pouvoir. Or, tous ceux qui ont vu Spiderman savent que « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités((Réplique du personnage de Ben Parker, oncle de Peter Parker (Spiderman), dans le film de Sam Raimi (2002).)) ». Cette responsabilité, nous l’avons tous. C’est pourquoi, Nathan, Karine, j’avais à cœur de reprendre ce texte avec vous au moment où vous formez une alliance à travers le mariage. Car, vous le savez, le mariage n’est pas un aboutissement, mais un point de départ. Ce n’est pas un lieu où l’on se ferme, fermeture à l’extérieur, fermeture aux autres, mais, je le crois profondément, un lieu où l’on s’ouvre. Tout comme ce texte nous invite à nous ouvrir au monde pour partir à sa conquête. Non pas une conquête qui détruit, mais une conquête qui met en valeur et porte du fruit.
Aussi ai-je envie de relayer pour vous la bénédiction de Dieu pour l’humanité, et de vous inviter : soyez féconds ! Que vous puissiez toujours plus comprendre ce qu’est être à l’image de Dieu, selon sa ressemblance, tous les deux : homme et femme. Soyez ouverts à son Esprit, qu’il vous modèle à la ressemblance de Jésus-Christ. Et que ceux qui sont autour de vous puissent bénéficier de la force et de la générosité de votre couple.
Amen.