Pourquoi vouloir prendre soin de la nature ?

Il est vrai que certaines espèces bénéficient plus facilement de ma sympathie que d’autres. Je ferais probablement plus d’efforts pour libérer un papillon ou une abeille coincée derrière ma fenêtre qu’un moustique. Et pourtant, j’aime bien voir les martinets en vol au-dessus de mon quartier et je sais combien ils ont besoin de moustiques !

Ce qui me motive

C’est une joie d’observer un couple de chardonnerets élégants en train de se nourrir dans les herbes folles à côté de chez moi. Mais quand je me souviens que leur population a été réduite d’environ un tiers en France entre 2000 et 2020, je ressens une certaine tristesse ; une envie de préserver quelque chose qui est précieux, irremplaçable.
Se préoccuper de la préservation du vivant, c’est également prendre soin de mes frères et sœurs en humanité. Car nous aussi, êtres humains, faisons partie de cette merveilleuse création. Que nous le voulions ou non, la santé des écosystèmes sera décisive pour notre alimentation, notre santé et notre survie à l’avenir. L’impact de l’activité humaine sur le climat menace non seulement les autres créatures, mais également notre propre capacité à subvenir à nos besoins.

Il y a de la joie…

La meilleure manière de lutter contre l’éco-anxiété, ce n’est pas de faire l’autruche, comme s’il n’y avait pas vraiment de problème, mais de se mettre en mouvement avec d’autres. D’où l’intérêt d’initiatives comme les groupes locaux A Rocha ou l’initiative Église Verte, qui permettentde se former et d’agir sur le terrain. Car il y a de la joie à servir ensemble, à savourer les choses simples de la vie et à pratiquer la reconnaissance.
Passer du temps dans la nature a souvent un effet positif sur notre santé mentale et émotionnelle. Le lien avec le monde naturel peut être très enrichissant pour ceux qui sont en recherche de spiritualité. La tradition chrétienne reconnaît « Deux Livres » qui nous parlent de Dieu : la Bible, qui nous révèle Dieu qui vient nous sauver, et le livre de la nature, qui nous ouvre les yeux à sa beauté et sa majesté en tant que Créateur. Mais si nous ne prenons jamais le temps pour aller dehors, admirer les nuages et contempler les étoiles, il sera difficile d’expérimenter réellement ce que vit l’auteur du psaume 19 quand il affirme que « les cieux racontent la gloire de Dieu, et le ciel proclame son œuvre ».
C’est en faisant la connaissance d’une personne, en l’observant attentivement et en l’écoutant, que nous apprenons à l’aimer. C’est pour cela qu’A Rocha invite petits et grands à prêter attention aux différentes espèces de plantes, d’oiseaux ou d’insectes qui se trouvent autour de nous. Nous partageons notre environnement, même en ville, avec une diversité surprenante de plantes et de créatures.

N’est-il pas déjà trop tard ?

À force d’entendre de mauvaises nouvelles dans les médias, on peut se demander s’il vaut vraiment la peine de faire des efforts et de mettre en place des mesures coûteuses pour essayer de lutter contre le dérèglement climatique. Ce qu’il faut savoir, c’est que chaque dixième de degré compte. Si nous continuons sur notre trajectoire actuelle, nous multiplions les risques avec plus d’événements climatiques extrêmes, plus d’insécurité alimentaire, plus d’instabilité… Si nous agissons maintenant pour réduire de façon importante nos émissions, nous limitons ces mêmes risques. Même si certains dégâts sont déjà irréversibles, différents scénarios restent encore possibles.

Est-il vraiment si urgent d’agir ?

Ne pas agir face aux bouleversements climatiques et écologiques, c’est aggraver d’autres crises qui sont déjà en cours : crises alimentaires, migrations non choisies, instabilité politique liée au manque d’eau. La crise climatique est intimement liée à la perte de la biodiversité, l’état des océans, la santé des sols… C’est tout notre rapport au monde matériel qui est en question. Si nous tardons à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, le coût pour l’économie et le coût humain dans les décennies à venir seront d’autant plus grands.

Aimer mon prochain en situation de pauvreté

Pour moi, prendre soin de la création, c’est une façon d’aimer mon prochain. En tant qu’êtres humains, nous sommes des créatures interdépendantes. Non seulement les uns vis-à-vis des autres, mais également à l’égard des écosystèmes dont nous faisons partie.
Les bouleversements écologiques auront un impact sur tout le monde. Mais dans l’immédiat, les habitants de l’Europe et de l’Amérique du Nord ont plus de moyens pour se protéger que les habitants des pays du Sud. Dans les pays du Sahel ou en Inde, la sécurité alimentaire de millions de personnes est déjà gravement menacée par les changements climatiques.
D’une manière générale, dans nos sociétés, ce sont les personnes en situation de pauvreté qui sont les plus exposées à la dégradation de l’environnement. Elles vivent souvent dans des logements mal isolés et mal protégés contre des événements climatiques extrêmes ; ou encore dans la rue.

Est-ce que je peux vraiment faire une différence ?

Certains diront peut-être : « Je ne me sens pas trop concerné ; après tout, n’est-ce pas surtout la responsabilité des gouvernements et des grandes entreprises ? »
Mettre trop d’accent sur les gestes individuels peut effectivement dissimuler la nécessité de changements sociétaux plus profonds. Mais l’un n’exclut pas l’autre. Il y a différentes façons d’agir, et chaque niveau d’action a son importance.
Mettre en place des changements dans sa façon de se déplacer ou de se nourrir est souvent une porte d’entrée vers d’autres formes d’action collective et citoyenne. Caroline Moussy, de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) souligne cette réalité : « Certaines personnes veulent aider les oiseaux avec de petits gestes individuels, comme créer un refuge dans son jardin. C’est bien, chaque petite action aide, mais au niveau du déclin de la biodiversité où nous en sommes, il faut passer à une action beaucoup plus importante. C’est une réelle action politique qu’il nous faut. »

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