Les 150 ans de la naissance d’Ernest Shackleton
La popularité de Sir Ernest Shackleton (1874-1922), cent cinquante ans après sa naissance, est intacte ! Sa capacité à surmonter l’adversité et à conserver la loyauté de ses hommes inspire encore.
8 août 1914. Embarquement
Ernest Shackleton quitte l’Angleterre à bord d’un trois-mâts qu’il a baptisé l’Endurance. La reine Alexandra (veuve du roi Édouard VII) visite le navire. Elle lui donne une Bible ainsi dédicacée : « Que le Seigneur vous guide à travers tous les dangers sur terre et sur mer. Puissiez-vous voir les œuvres du Seigneur et ses merveilles dans l’abîme. »
Vingt-sept hommes l’accompagnent. Leur but : traverser l’Antarctique à pied. Après six semaines de navigation au milieu des blocs de glace, le navire est pris dans la glace et le bateau dérive vers le Nord pendant neuf mois sur plus de 1.000 kilomètres. La glace finit par enserrer le bateau comme un étau et le broyer (1).
Octobre 1915. Coincés dans les glaces
Shackleton et ses hommes doivent quitter le navire avec quelques provisions et des canots. Donnant l’exemple, Shackleton se débarrasse du superflu, de ses pièces d’or ainsi que de la Bible qui pèse un kilo et demi, le même poids qu’un gros sac de sucre. Il en arrache toutefois quelques pages, notamment celle avec l’inscription de la reine (2),le psaume 23 et un verset du livre de Job : « De quelle mère est née la glace ? Le givre, qui l’a mis au monde ? Quand il gèle, l’eau devient dure comme pierre, la surface des flots se prend en un seul bloc. » Quand Shackleton a le dos tourné, Thomas McLeod (1869-1960), un marin écossais, récupère la Bible.
Survivre avant tout !
Les vingt-huit hommes pensent à Dieu, créateur de tout, même de la neige et de la glace. Ils prennent place à bord des trois canots de sauvetage et touchent enfin terre sur l’île de l’Éléphant. Bien qu’inhabitée, elle offre un refuge précieux de terre ferme après des mois à la merci des glaces. Shackleton prend alors le plus grand des canots et, avec cinq hommes, va chercher du secours, à 1.300 kilomètres de là, dans un port baleinier.
Enfin la délivrance
Ils abordent enfin sur l’île de la Géorgie du Sud mais du mauvais côté ! Avec deux hommes, Shackleton marche pendant trente-six heures sans s’arrêter de peur de s’endormir. Ils arrivent dans un village de pêcheurs norvégiens. Après trois tentatives, le gouvernement chilien lui donne un bateau plus costaud, le Yelcho. Finalement, tout l’équipage est sauvé le 30 août 1916. Pas un homme n’a été perdu.
Aujourd’hui, dans une banlieue de Londres, vous pouvez voir à la bibliothèque de la Royal Geographical Society, le canot de Shackleton. Demandez à voir sa Bible aussi. Il lui manque trois pages.