Être reconnu handicapé déception ou soulagement ?
Je tiens dans mes mains, un peu tremblantes, le courrier de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Je consens à l’ouvrir, le cœur battant. Je lis : « Votre dossier de reconnaissance en qualité de travailleur handicapé est accepté. » Je retombe mollement sur ma chaise, les bras ballants. Je suis reconnue handicapée, ça y est. Je suis une handicapée.
Un sentiment d’étrangeté
Mon cœur balance entre le soulagement et la déception. Je n’ai pas envie d’être de ces gens-là : les handicapés mis en marge de la société. En même temps, tous les efforts pour m’intégrer au travail sont enfin reconnus. C’est un nouveau qualificatif de moi-même un peu déconcertant : handicapée. Cette sensation d’étrangeté, je la partage avec beaucoup de personnes qui ouvrent leur courrier de la MDPH pour la première fois.
Je repense à ce patient quia subi un accident vasculaire cérébral et qui s’est retrouvé avec un gros handicap du jour au lendemain. Il ne pouvait plus utiliser ni son bras droit ni sa jambe droite. Quelle sensation étrange de devenir handicapé, alors que jusque-là, de par son métier, il était le sauveteur des autres. Je revois aussi ces parents dont l’enfant venait d’être reconnu handicapé car il vit avec un trouble du spectre de l’autisme. Leurs cœurs étaient partagés entre la joie d’être enfin soutenus, et la déception d’être officiellement les parents d’un enfant handicapé. Il y a de quoi ressentir une sensation d’injustice : « Pourquoi suis-je autant malade ? Pourquoi mon enfant a-t-il des problèmes si envahissants ? »
Un chemin d’espérance
Je suis passée par ces questions, un peu comme lorsque l’on fait son deuil. Après le choc et ce sentiment d’étrangeté, vient le déni. Puis la colère explose face à l’injustice ressentie, et la tristesse envahit le cœur. Elle se transforme doucement en résignation. Enfin, l’acceptation éclot et permet la reconstruction. Ce cycle du deuil est très souvent vécu à l’annonce de quelque chose de choquant qui touche à notre vie ou à notre identité.
Dix mois après avoir reçu le courrier, je retombe dessus. Je souris en pensant à ma première réaction. Depuis, mon idée a changé, au lieu de « je suis une handicapée », je me dis : « je suis en situation de handicap au travail ». Le handicap n’est pas toute mon identité, même s’il prend beaucoup de place dans ma vie. J’ai compris que c’était une épreuve utile, qui m’a fait croître en maturité. Que serais-je devenue si je ne l’avais pas vécue ? Je n’aurais pas cette certitude profonde que ma vie peut continuer malgré l’épreuve. Comme cet homme qui a pu reprendre son travail avec joie au bout de six mois de rééducation persévérante ; ou cet enfant qui a pu intégrer l’école à temps partiel. Chacun suit sa route, parsemée de défis, de joies et surtout, d’espérance.