L’Église et la catéchèse des adultes

Catéchèse

Préoccupé dès le début de son ministère pastoral par la question de l’enseignement, l’auteur a déployé, sans le préciser, une catéchèse mêlant prédications textuelles et dogmatiques ainsi qu’études bibliques suivies. C’est donc naturellement qu’en devenant enseignant à l’Institut biblique de Nogent, il a développé un cours sur la catéchèse des adultes. En voici l’essentiel.

Le terme de « catéchèse » et les mots qui lui sont associés « catéchisme », « catéchumène » … sont assez peu utilisés dans les Églises évangéliques, alors qu’ils sont courants dans l’Église catholique et dans les Églises luthéro-réformées. Ce sont des termes techniques, préférés à ceux d’enseignement ou d’instruction, qui paraissent avoir un sens trop général.

Dans l’Église des premiers siècles, la catéchèse désigne l’enseignement donné au croyant avant le baptême (catéchèse pré-baptismale). Après une éclipse due au double fait que l’Église devient religion officielle de l’Empire et que l’on adopte la pratique du baptême des enfants, la catéchèse sera remise à l’honneur par les Réformateurs au 16e siècle (voir article « Histoire de la catéchèse », ppxx-xx). Il s’agit « d’aider le croyant à franchir l’étape qui sépare son baptême de la fréquentation de la table sainte[1] ».

D’une manière générale, la catéchèse se préoccupe de l’enseignement donné aux croyants avant ou après leur baptême, mais aussi tout au long de leur vie chrétienne, même si on pense le plus souvent à l’instruction de base donnée à de nouveaux chrétiens (catéchèse post-baptismale)[2].

Parler de catéchèse en milieu évangélique, c’est donc prendre à notre compte un vocabulaire chrétien spécifique pour dire notre conviction que l’Église a la responsabilité d’enseigner tous les croyants, jeunes et moins jeunes en âge et dans la foi, et ce, avant et après leur baptême. Envisager ce ministère catéchétique (titre du livre de Pierre Lestringant) dans nos Églises repose sur deux convictions fortes et nécessite la prise en compte de spécificités propres à notre ecclésiologie et à notre siècle.

1.    Convictions 

a.         Une Parole qui nous fait vivre

Comme le dit l’apôtre Pierre (1 P 1.23,25), nous sommes régénérés (BC) ou nous sommes nés de nouveau (BFC) « par la parole vivante et permanente de Dieu… Cette parole est celle qui vous a été annoncée par l’Évangile ».Ainsi donc, l’Esprit de Dieu se saisissant de la Parole nous a fait naître à une vie nouvelle et se sert de cette même Parole de Dieu pour nourrir cette vie et guider le croyant (2 Tm 3.16s).

L’Église a donc pour mission, au moyen de ceux qui exercent un ministère, de faire retentir cette Parole pour amener les croyants « à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Ep 4.13).

b.         Annoncer tout le conseil de Dieu

Lorsque Paul fait ses adieux aux anciens d’Éphèse, il dit à deux reprises sous des formes un peu différentes que, « sans rien dissimuler », il a annoncé tout ce qui leur était utile (Ac 20.20) ou plus loin « tout le dessein de Dieu » (Ac 20.27). À l’évidence, l’apôtre ne s’est pas contenté de quelques vérités élémentaires, mais il a eu soin d’apporter de la nourriture solide à cette Église (cf. Hé 5.11-14). Ainsi, nous ne pouvons pas nous contenter de répéter à l’envi quelques généralités, au demeurant très bibliques – la foi, la prière, l’Église, l’amour ou l’espérance – mais nous devons travailler à l’enseignement de telle sorte que toute l’Écriture dans sa richesse, ses finesses et sa force retentisse au milieu de nos communautés. S’il a plu à Dieu de se révéler à nous au travers de grands récits, de prières et de chants, de paroles de sagesse, d’épîtres instructives et surtout par le Fils, ce n’est pas pour que nous réduisions ce texte à quelques vérités utiles, mais forcément réductrices.

2.    Contexte spécifique

a.         Une ecclésiologie d’Églises de professants

La première spécificité à prendre en compte dans notre travail de catéchèse, c’est celui de notre ecclésiologie. Nous ne visons pas la multitude dans notre enseignement, mais seulement les croyants dans la mesure où nous sommes convaincus que ce sont eux, et eux seuls, qui forment la communauté locale. Cela ne signifie pas que nous exclurons les non-croyants de nos rencontres, mais que nous nous efforcerons de distinguer évangélisation et édification. Nous aurons donc le souci de fortifier les croyants dans leur foi avec cette conviction : des croyants solides sont les meilleurs atouts pour évangéliser les non-croyants. À ce propos, avez-vous remarqué que la question de l’évangélisation préoccupe assez peu l’apôtre Paul dans ses lettres alors qu’il se soucie beaucoup de l’état des croyants ? Ce n’est pas que Paul se désintéresse de la propagation de l’Évangile – c’est tout le sens de son ministère d’apôtre des païens – mais plutôt qu’il veut s’assurer que l’Évangile pénètre correctement les vies, gage d’une propagation qui se poursuit[3].

b.         Une culture du zapping

La deuxième spécificité à prendre en compte dans notre travail de catéchèse, c’est celui de la culture dans laquelle nous évoluons et que je qualifierais volontiers de culture du zapping. J’entends par là que nous avons affaire à tout sauf à un public captif qui va nous écouter patiemment quoi qu’il arrive. La tâche de l’enseignement est compliquée par plusieurs phénomènes concomitants : la mobilité des personnes (déménagements et changements d’Églises), leur attitude volontiers passive et consommatrice, et la concurrence de nombreux divertissements, y compris religieux (télévision, Internet, orateurs de passage, conventions…). Cela nous conduira à deux choses au moins :

  • Envisager, dans une certaine mesure, de spécialiser l’enseignement en fonction de groupes spécifiques : hommes/femmes, jeunes/personnes âgées, jeunes convertis/croyants mûrs… Cela permettra d’adapter l’enseignement aux besoins des personnes et aussi de les rendre plus actives par la taille des groupes envisagés. Les groupes de maisons, sans entrer dans une telle « spécialisation », peuvent aussi remplir ce rôle pour autant qu’ils soient utilisés pour l’édification, ce qui n’est pas assez souvent le cas.
  • Développer une pédagogie active et adaptée à notre temps. S’il a toujours été utile de faire preuve de pédagogie, c’est devenu vital dans un monde d’images où la quantité d’informations et les moyens innovants pour les transmettre se sont multipliés. Aujourd’hui, il convient de réfléchir non seulement au fond de ce que nous allons transmettre, mais aussi à sa forme. Comment bien utiliser le vidéoprojecteur pour la prédication ? Quel type d’animation développer pour intéresser les personnes à l’étude biblique ? Comment donner envie aux personnes, non seulement d’écouter et de regarder, mais aussi de participer pendant les réunions et de se préparer avant de venir ? Comment inciter un public qui lit peu ou différemment à fréquenter les textes bibliques ? Autant de questions qui doivent nous accompagner pendant l’exercice du ministère.

I. Définition

Le terme « catéchèse » et les mots qui lui sont associés « catéchisme », « catéchumène » viennent du verbe grec kathxew qui évoque au sens propre tout ce qui frappe les oreilles. Dans le Nouveau Testament, « il désigne l’acte par lequel on informe quelqu’un, on lui fait entendre un message, on l’instruit[4] ». Il est utilisé :

  • soit pour dire qu’une nouvelle a été communiquée :

« Or, on leur a fait croire que tu enseignes à tous les Juifs qui sont parmi les païens, à se détourner de Moïse, en leur disant de ne pas circoncire leurs enfants et de ne pas suivre les coutumes. » (Ac 21.21)

  • soit pour marquer la répétition ou la continuité de la parole et son intention : « afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#139 - 2026-07-23

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