En rentrant de Martinique, je m’installe dans l’avion. J’entame une discussion avec mon voisin. Alors que nous échangeons sur nos activités respectives, je lui dis que je suis pasteur, il me répond : « Moi, je crois en la science ! » Mais moi aussi, je crois en la science ! Aurais-je pris l’avion si ce n’était pas le cas ? Pour mon interlocuteur, la confiance en la science entrait en opposition directe avec la foi en Dieu. Cette pensée est très répandue. Mais est-elle justifiée ?
Parfois nous entendons aussi : « Je ne crois pas en Dieu, je suis plutôt cartésien. » Mais oublions-nous que Descartes était croyant et qu’il a même tenté de prouver l’existence de Dieu par la raison ? Plus encore, l’ensemble de sa démarche s’appuie sur l’existence de Dieu.
La science est une activité humaine très précieuse et nous bénéficions quotidiennement de ses résultats lorsque nous empruntons les transports en commun, utilisons notre téléphone, prenons des médicaments, etc. Loin de moi l’idée de dénigrer ou bien de rejeter cet exercice intellectuel passionnant. J’ai moi-même fait des études de sciences qui m’ont conduit à devenir professeur de mathématiques dans le secondaire.
Pour répondre à la question, je vous propose de commencer par des définitions de la science et de la foi, puis de voir leurs rapports au cours de l’histoire et à l’heure actuelle. Ensuite, nous aborderons la question de Dieu. Dieu disparaît-il à mesure que la science avance ? La science peut-elle statuer sur l’existence de Dieu ? Si Dieu existe, a-t-il laissé des traces observables par la science ?
Comment fonctionnent la science et la foi ?
Qu’est-ce que la science ?
Selon le journaliste Patrice Van Eersel :
« La science utilise l’intellect et la raison ; elle catégorise, analyse, compare, mesure ; sa méthode expérimentale se fonde sur l’observation ; ses connaissances dérivent de l’expérience à travers des appareils de mesure . »
La science cherche à expliquer les phénomènes naturels par des causes naturelles. Elle adopte un matérialisme méthodologique, c’est-à-dire que dans son exercice, elle se limite au monde matériel. Notons que le matérialisme méthodologique est à distinguer du matérialisme philosophique. Le premier est un cadre d’exercice de la science, le second est la croyance que seule la matière existe.
Jean-Claude Ameisen explique :
« [La démarche scientifique] est fondée sur l’exploration d’hypothèses testables et sur une confrontation continuelle entre la raison humaine et ce que nous percevons de la réalité. Et le refus de tout recourt à la métaphysique comme ayant une valeur explicative en science n’a pas pour objet d’exclure en tant que tel ce qui est exclu du champ des explications scientifiques . »
En d’autres termes, la science ne fait pas appel à des réalités en dehors du monde physique, mais cela n’implique pas qu’elles n’existent pas !
La science se distingue du scientisme. Ce dernier est le courant de pensée qui stipule que la science est la seule source fiable de connaissance. On pourrait résumer cette position en disant que seul ce qui peut être prouvé par la science est digne de confiance. Cette affirmation n’est pas une conclusion scientifique, mais une posture idéologique. De plus, elle s’autodétruit. En effet, la proposition « Seul ce qui peut être prouvé par la science est digne de confiance » n’est pas prouvée par la science. Celui qui l’énonce ne devrait donc pas lui faire confiance !
Qu’est-ce que la foi ?
Le concept de foi est souvent mal compris. La foi, ce n’est pas accepter comme vraies des choses que l’on sait être fausses ! Ce n’est pas non plus un vague sentiment.
D’un point de vue biblique, la foi est comme une maison à trois niveaux : le premier est constitué d’un ensemble de propositions à comprendre. Par exemple : Dieu existe, Jésus est le Fils de Dieu, etc. La foi n’est pas une émotion vide, mais elle a un contenu intelligible. Le deuxième étage consiste à reconnaître comme vraies, à accepter ces propositions, à y adhérer. Il s’agit de placer sa confiance dans ces propositions. Mais la foi biblique va plus loin qu’une adhésion intellectuelle ; c’est un élan qui nous met en action et qui nous pousse à obéir à Dieu . Le troisième niveau est donc une appropriation personnelle, une application des principes reconnus comme vrais. C’est un acte d’engagement et d’obéissance.
La foi engage à la fois notre intellect (qui appréhende le contenu), notre cœur (qui accorde sa confiance) et notre volonté (qui met en pratique).
La foi n’est pas un saut dans l’irrationnel. Il faut des raisons pour faire confiance. La reconnaissance d’un contenu comme vrai et digne de confiance s’appuie sur des arguments. Bien que la foi dépasse la raison, elle ne va pas contre elle. Blaise Pascal écrivait : « La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non pas le contraire de ce qu’ils voient ; elle est au-dessus, et non pas contre . » Ainsi, la foi accepte des choses qui ne sont pas prouvées, mais elle ne rejette pas celles qui le sont.
À la différence de la science qui se base sur l’observation, la foi se base sur la révélation. Elle examine, adhère et obéit à ce que Dieu communique par sa création, sa providence et ses messages contenus dans la Bible. La foi vient de la réponse humaine à la révélation de Dieu, mais elle est aussi don de Dieu . Maintenant que nous avons défini la science et la foi, intéressons-nous à leur articulation.
Quel rapport la science et la foi entretiennent-elles ?
Une idée reçue contemporaine est d’opposer la science et la foi. Mais cette inimitié est loin d’être justifiée historiquement. Les fondateurs de la science moderne étaient majoritairement croyants et trouvaient dans leur foi la motivation, mais aussi le fondement pour l’exercice de la science.
En effet, croyants en un Dieu sage, ordonné, intelligent, les scientifiques s’attendaient à trouver de l’ordre dans l’Univers (voir par exemple Proverbes 3.19-20).
L’historien britannique Tom Holland écrit :
« La science est née en Occident parce que le christianisme ne conçoit qu’un seul Dieu créateur, ce qui implique l’unicité de l’Univers, son inscription dans un temps linéaire et sa compréhension unique selon des lois. De fait, si vous comprenez les lois de Dieu, vous pourrez comprendre l’Univers. Ce n’est pas ainsi que les Indiens et les Chinois considéraient le monde. Galilée et Newton ne se voyaient pas comme des “scientifiques”, c’est un anachronisme, mais comme chargés de deviner le but de Dieu . »
La conviction de vivre dans un monde ordonné issue de la foi chrétienne a permis l’émergence de la science moderne.
Les pères de la science moderne voyaient dans leur recherche le moyen de rendre gloire à Dieu. Ainsi, Johannes Kepler écrit, dans une lettre à Michael Mästlin :
« Je m’efforce que ces découvertes, destinées à la gloire de Dieu qui veut être reconnue à travers le livre de la Nature, soient divulguées le plus rapidement possible. […] Je voulais devenir théologien : j’avais longtemps hésité ; et voici que Dieu est maintenant glorifié par mon travail, même en astronomie . »
Pour beaucoup de fondateurs de la science moderne, cette discipline avait pour but non pas de chasser Dieu, mais de lui rendre gloire.
Aujourd’hui, la science moderne n’invoque pas Dieu pour justifier son exercice. Mais nous pouvons remarquer qu’elle repose sur des principes qui laissent toute la place à Dieu. Par exemple, le principe de simplicité énonce que la nature fonctionne selon des lois et que celles-ci sont simples (elles ne sont pas d’une complexité infinie ni incompréhensibles). En effet, si nous constatons que toutes les pommes tombent, nous en déduisons qu’il existe une loi – la gravité – qui fait tomber les pommes. Nous n’imaginons pas que leur chute systématique est une simple coïncidence.
Supposer l’existence d’une loi permet alors de faire des prévisions et de calculer la trajectoire d’autres objets. Mais dire que la nature suit des lois est un présupposé, ce n’est pas une conclusion de la science. Ce postulat colle très bien avec le Dieu de la Bible. Attention, ici, je n’ai pas montré que le Dieu de la Bible existe ; j’ai simplement souligné que l’exercice de la science ne l’a pas éliminé, et même que son existence est une explication possible (et peut-être la meilleure) à la possibilité de l’exercice scientifique.
Le philosophe Paul Clavier écrit :
« L’explication scientifique du monde se passe très bien de Dieu. Mais qu’en est-il de l’explication de l’existence du monde, et du fait que ce monde est explicable ? Aucune théorie physique ne traite le problème de la cause de l’existence de l’Univers, mais toujours celui de ses transformations à partir d’un état antérieur, plus primitif . »
Le penseur pointe ici deux questions – celle de l’explication de l’existence de l’Univers et celle de son explicabilité – auxquelles la science ne répond pas (et ne pourra pas répondre). Là encore, le Dieu créateur est une bonne explication.
Science et foi parlent de la même réalité, du même monde, mais sous des angles différents. Ces deux domaines ne répondent pas aux mêmes questions. La science répond aux questions « Comment ? » et « Pourquoi ? » en lien avec le fonctionnement (par exemple : « Pourquoi l’eau est-elle bleue dans la mer ? ») et la foi répond à la question « Pourquoi ? » en lien avec le but (par exemple : « Pourquoi sommes-nous sur Terre ? »). Galilée, dans sa Lettre à Christine de Lorraine, rapporte cette formule : « L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va au ciel et non comment va le ciel . »
Plus proche de nous, l’auteur et podcasteur Justin Brierley énonce :
« La science peut vous expliquer comment l’Univers est apparu, mais pas pourquoi il existe. La science peut vous dire de quoi vous êtes fait, mais pas ce que vous valez. La science peut apporter des solutions à la pauvreté, mais pas la compassion nécessaire pour les mettre en œuvre. La science peut vous faire gagner de l’argent, mais pas vous permettre d’avoir une existence pleine de sens . »
Science et foi présentent deux regards complémentaires sur le monde.
Cette présentation de regards complémentaires sur le monde vous paraît peut-être trop optimiste. La science n’a-t-elle pas prouvé que Dieu n’existe pas ? C’est une idée reçue bien loin de la réalité.
La question de Dieu
Comment la science se situe-t-elle par rapport à l’existence de Dieu ?
Le progrès de la science chasse-t-il Dieu ?
On raconte l’histoire suivante : comme le citoyen Laplace présentait au général Bonaparte la première édition de son Exposition du Système du monde, le général lui dit : « Newton a parlé de Dieu dans son livre. J’ai parcouru le vôtre et je n’y ai pas trouvé ce nom une seule fois. » Ce à quoi Laplace aurait répondu : « Citoyen premier Consul, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse . »
Cette anecdote illustre que l’intervention surnaturelle de Dieu n’est pas nécessaire pour expliquer le monde matériel. Faut-il pour autant en déduire que Dieu n’existe pas ? Loin de là.
Une erreur de raisonnement répandue consiste à dire : « Parce que nous pouvons expliquer le fonctionnement de l’Univers, alors Dieu n’existe pas. » Mais cela est absurde : ce n’est pas parce que nous avons l’explication du fonctionnement d’un système que l’auteur du système n’existe pas. Prenons un exemple : ce n’est pas parce que je peux expliquer le fonctionnement d’une voiture que M. Ford ou M. Renault n’ont pas existé. L’explication d’un système n’implique pas que ce système n’a pas d’auteur, au contraire. Lydia Jaeger, scientifique et théologienne, docteur en philosophie à l’Université de la Sorbonne, a écrit :
« La nature ne chante pas seulement la gloire de Dieu en ce qu’elle a d’inexplicable ; elle le fait aussi, et peut-être même surtout, en ce qui peut être expliqué. Car la possibilité même de la science rend témoignage au créateur qui a instauré un ordre naturel compréhensible par l’homme . »
Le fait que l’on puisse expliquer le monde n’exclut pas Dieu pour autant, au contraire, le fait que le monde soit intelligible et suive des lois exprimées en langage mathématique pointe en faveur d’un créateur intelligent.
Si Dieu n’est pas chassé par les avancées de la science, cette dernière peut-elle fournir une preuve de son inexistence ?
La science peut-elle se prononcer sur l’existence de Dieu ?
La question de l’existence de Dieu sort du champ de la science. Souvenez-vous, la science cherche des causes naturelles aux phénomènes naturels. Or, par définition, Dieu n’est pas une cause naturelle. Jean-Claude Ameisen explique :
« Les sciences n’ont bien sûr jamais fait la preuve de l’absence de toute finalité, de toute intentionnalité, et à plus forte raison de Dieu, dans l’Univers – la question d’une telle preuve sortirait de leur champ, le champ des hypothèses testables . »
Aux États-Unis, la National Academy of Sciences, dans son livret « Teaching About Evolution and the Nature of Science [Enseigner l’évolution et la nature des sciences] » énonce clairement :
« La science est un moyen de connaître le monde naturel. Elle est limitée à expliquer le monde naturel par des causes naturelles. La science ne peut rien dire sur le monde surnaturel. Si Dieu existe ou pas est une question par rapport à laquelle la science est neutre . »
La science ne peut pas statuer sur l’existence de Dieu, car cela sort de son champ de connaissance. Il n’est donc pas correct de dire que la science prouve que Dieu n’existe pas.
Si Dieu agit dans le monde physique, la science pourrait alors mesurer ses effets. Y a-t-il dans le monde matériel des traces d’un Dieu créateur ?
Y aurait-il des traces de Dieu décelables par la science ?
J’aimerais présenter quelques arguments qui utilisent des données scientifiques en faveur de l’existence de Dieu. Attention, je ne cherche pas à prouver Dieu par la science : je viens de dire que cela est méthodologiquement impossible. Mais plusieurs faits scientifiques peuvent être convoqués au sein d’arguments qui appuient l’existence de Dieu.
Le caractère intelligible de l’Univers
Nous avons déjà évoqué le caractère intelligible de la nature. Ce phénomène nous est tellement commun que nous oublions son caractère surprenant. Einstein reconnaissait, en parlant de notre monde : « Le fait qu’il soit compréhensible est un miracle . »
L’intelligibilité de l’Univers contient deux éléments. Premièrement, le monde semble suivre des lois, il n’est pas chaotique. Deuxièmement, notre cerveau est capable de saisir ces lois. Sur le premier point, l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan écrit : « La nature semble parler le langage des mathématiques, avouez que c’est un grand mystère . »
En 1962, le physicien Eugene Wigner, lauréat du prix Nobel en 1963, a écrit un article intitulé « L’efficacité déraisonnable des mathématiques dans les sciences naturelles », dans lequel il déclarait : « Le miracle de l’adéquation du langage mathématique à la formulation des lois de la physique est un don merveilleux que nous ne comprenons ni ne méritons . » Les lois auxquelles obéit le monde se transcrivent dans le langage le plus rationnel possible : celui des mathématiques. Cela est étonnant.
Sur le deuxième point, Trinh Xuan Thuan poursuit :
« Nous pourrions vivre dans un Univers où les régularités sont si bien cachées que déchiffrer le code cosmique serait impossible au cerveau humain. À l’inverse, nous pourrions habiter un Univers où les régularités seraient si évidentes qu’elles ne requerraient aucun effort mental pour en saisir le sens. Or, nous vivons dans un Univers où la difficulté du code cosmique semble ajustée à l’aptitude du cerveau humain à le comprendre . »
Il est surprenant que notre cerveau, qui est un produit de l’Univers, soit capable de saisir les lois qui régissent son cadre de vie.
Le fonctionnement de la nature selon des lois rationnelles et l’extraordinaire coïncidence que notre cerveau comprenne le monde pourraient-ils être une trace de Dieu ?
La Bible, écrite bien avant ces constats, donne une explication simple de ces faits surprenants : Dieu a créé par sa parole, en donnant de l’information et de l’ordre dans l’Univers. De plus, l’homme a été créé à l’image du Dieu créateur. Il y a dans ses capacités intellectuelles quelque chose qui reflète l’intelligence de Dieu.
Le réglage fin de l’Univers
L’argument du réglage fin de l’Univers, aussi appelé fine-tuning, repose sur la valeur des constantes physiques (par exemple la charge d’un électron, sa masse, la vitesse de la lumière) et les conditions initiales de l’Univers (par exemple sa vitesse d’expansion, sa densité). Si les valeurs des constantes physiques ou des conditions initiales de l’Univers étaient légèrement différentes, alors la vie n’aurait pas été possible. Et la précision requise pour les constantes physiques ou les conditions initiales de l’Univers est absolument vertigineuse.
Ceci est un fait scientifique qui n’est pas à discuter. Ce qui porte à discussion est l’interprétation de ce fait.
Donnons quelques exemples de réglages fins :
Si l’intensité de l’interaction nucléaire forte était 2 % plus petite ou 0,3 % plus grande, « toutes formes imaginables de vie, dans la totalité du cosmos » seraient impossibles.
Les quantités de nucléons et d’antinucléons au début de l’Univers doivent respecter les proportions suivantes pour permettre la vie : 10 milliards un (10 000 000 001) nucléons pour 10 milliards (10 000 000 000) d’antinucléons .
La masse du neutron ne doit pas varier de 0,1 % pour permettre la vie .
Le rapport « nombre d’électrons »/« nombre de protons » doit être réglé avec une précision de 10-37 (0,0000000000000000000000000000000000001). Sinon, les forces électromagnétiques de l’univers l’auraient emporté à un tel point sur les forces gravitationnelles que les galaxies, les étoiles et les planètes ne se seraient jamais formées. La précision de 10-37 est absolument exceptionnelle. L’astrophysicien Hugh Ross donne l’illustration suivante pour s’en donner une idée :
« Couvrez le continent nord-américain de pièces de dix centimes à hauteur de la Lune, c’est-à-dire à une hauteur de 382.000 kilomètres. Ensuite, empilez des pièces de dix centimes jusqu’à la lune sur un milliard d’autres continents, tous de la même taille que l’Amérique du Nord. Peignez une pièce en rouge et mélangez-la au milliard d’amoncellements de pièces de dix centimes. Placez un bandeau sur les yeux d’un ami et demandez-lui de choisir une pièce au hasard. Sa chance de tomber sur la pièce rouge est de 10-37. »
La vitesse d’expansion de l’Univers doit être réglée avec une précision de 10-55 (0,0000000000000000000000000000000000000000000000000000001) pour permettre la formation des galaxies. 10-55 correspond à la probabilité qu’un million de crayons tiennent en équilibre sur leurs mines, sur une surface de verre poli et sans support extérieur .
Le rapport « force électromagnétique »/« force gravitationnelle » doit être précis à 10-40 (0,0000000000000000000000000000000000000001) près .
La densité initiale de l’Univers doit être réglée avec une précision de 10-60 (0,000000000000000000000000000000000000000000000000000000000001).
Cette précision correspond à la probabilité qu’un archer plante une flèche dans une cible de 1 cm2 située à 14 milliards d’années-lumière !
D’après Sir Roger Penrose, prix Nobel de physique en 2020, la probabilité pour produire un Univers semblable à celui dans lequel nous vivons est de 1 sur 10^(10^123) (10 à la puissance 10 à la puissance 123). Ce nombre est ahurissant ! Penrose écrit :
« Même si nous inscrivions un “0″ sur chaque proton et chaque neutron distincts de l’univers entier – et que nous ajoutions toutes les autres particules par-dessus le marché – nous serions encore bien loin d’atteindre le chiffre requis . »
Face au niveau d’information nécessaire à la vie, Fred Hoyle, astrophysicien non chrétien, écrit, en parlant des processus évolutionnaires :
« La probabilité que des formes de vie supérieures aient pu émerger de cette manière est comparable à la probabilité qu’un ouragan traversant une décharge puisse assembler un Boeing 747 à partir des matériaux qui s’y trouvent . »
L’impressionnante improbabilité des valeurs des constantes physiques et des conditions initiales de l’Univers qui permettent la vie serait-elle une trace d’un dieu créateur ? « Pas si vite ! » répondraient certains. Plusieurs arguments sont avancés pour contrer la conclusion d’un dieu créateur. Je vais répondre à deux d’entre eux : premièrement, il n’y a aucune raison de s’étonner. Deuxièmement, l’existence d’un grand nombre d’Univers bien paramétrés rend probable la vie dans l’un d’entre eux.
Intéressons-nous d’abord au premier argument. Plusieurs raisons sont avancées pour ne pas s’étonner :
(a) Si les constantes n’étaient pas bien ajustées, nous ne serions pas là pour le constater.
(b) Des choses très peu probables se produisent sans qu’on s’en étonne.
(c) Nous ne devons pas chercher d’explication.
(d) Les valeurs des constantes physiques et des conditions initiales de l’Univers sont nécessaires, c’est-à-dire qu’elles ne pourraient pas être autrement.
(a) Ceci est tout à fait juste, mais cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les causes des valeurs qui permettent la vie. Cela ne nous empêche pas de nous demander pourquoi ces constantes sont réglées ainsi : qu’est-ce qui a causé l’agencement des constantes qui permettent la vie telle qu’on la connaît ?
De plus, bien évidemment, si les conditions qui permettent la vie n’étaient pas réunies, alors nous ne serions pas là pour observer le monde. Mais cela ne signifie pas que si les conditions sont réunies pour accueillir la vie, alors il n’y a plus de raison de s’étonner.
Pour illustrer cela, imaginez la scène, inspirée du philosophe canadien John A. Leslie et reprise par le penseur William Lane Craig : vous êtes amené devant un peloton d’un millier de tireurs d’élite qui visent tous vers votre cœur. L’ordre est donné. Vous entendez la déflagration des fusils. Les balles fusent. Puis, vous vous apercevez que vous êtes encore vivant, que les mille tireurs vous ont manqué. Il est vrai que vous ne devriez pas être surpris de ne pas constater que vous êtes mort. Néanmoins, c’est également vrai que vous devriez être surpris d’observer que vous êtes vivant. Puisque la probabilité que le peloton vous manque est quasi nulle, vous devriez être surpris d’observer que vous êtes vivant quand bien même vous ne seriez pas surpris de ne pas constater que vous êtes mort. Il en est de même avec l’Univers : c’est une chose de ne pas être surpris de l’inexistence d’un observateur si les conditions ne sont pas réunies. C’en est une autre, tout aussi légitime, d’être surpris de l’existence d’un observateur lorsque les conditions d’accueil de la vie sont si peu probables.
(b) Nous pouvons concéder que tout événement improbable n’est pas le fruit d’une intelligence. Par exemple, si on devait calculer la probabilité que mon jardin contienne exactement le nombre de brins d’herbe qu’il contient et que chaque brin d’herbe ait exactement la longueur qu’il a, on arriverait à un résultat extrêmement faible. Et pourtant, cet événement se produit. Il ne suffit pas qu’un événement ait peu de chances de se produire pour le rendre étonnant. Mais des événements qui ont un sens, une signification, une fonction, un but ont de fortes chances d’être le résultat d’une intelligence. Prenons un exemple.
Dessin 1 (à mettre sur la même page ou sur 2 pages)
La probabilité pour que les 20 points du dessin 1 aient été déposés exactement à ces endroits précis est très faible. Et pourtant, nous n’avons pas de mal à penser que ce dessin ait été fait par hasard, sans but particulier. La probabilité que les 20 points du dessin 2 aient été placés exactement à ces endroits n’est pas plus faible que la probabilité calculée précédemment.
Mais nous imaginons là qu’il y a une intelligence derrière cette figure. Il ne viendrait à l’idée de personne de penser que ce dessin ait été fait par hasard. Puisque ce dessin a un sens, une intelligibilité, qu’il contient une information, nous supposons que son auteur a une volonté, une intelligence.
Prenons un autre exemple : la probabilité que nous tapions exactement les lettres suivantes est très faible : « AepczidsfnsujZmfnjF. » La probabilité que nous tapions : « UnePhraseQuiADuSens » est aussi très improbable. Mais nous soupçonnons dans ce dernier cas qu’il y a une intelligence derrière, car ce qui est tapé a une signification.
Des événements peu probables ne sont pas forcément étonnants. Mais il serait très curieux que des événements peu probables et qui ont un sens, qui contiennent une information, soient dus au hasard.
Vient alors la question de savoir si notre Univers a un sens, une signification, une fonction ou un but. Nous constatons qu’il peut être décrit en langage mathématique, le langage le plus rationnel possible. De plus, les humains sont capables de penser, de raisonner, de produire un langage, des œuvres d’art, d’établir des lois, d’interagir les uns avec les autres, et de donner un sens à leur vie. L’Univers semble bien pourvu d’un sens.
(c) Ne pas chercher d’explications ne correspond pas à la manière de fonctionner au quotidien, ni à la manière dont la science fonctionne.
Prenons d’abord un exemple de la vie courante. Supposons que vous croisiez dans la rue sept jeunes hommes qui portent tous le maillot de l’équipe de France. Vous cherchez à savoir pourquoi : peut-être reviennent-ils d’un match ? Ils sortent entre copains ? Ils se sont mis d’accord pour porter les mêmes vêtements ? Vous cherchez une raison. Vous ne vous dites pas : « Des phénomènes peu probables peuvent arriver. » Vous ne vous dites pas non plus : « S’ils s’étaient habillés différemment, je ne me serais pas interrogé sur le lien qui les unit, donc il n’y a aucune raison qui a poussé ces personnes à s’habiller ainsi. »
Ne pas chercher les raisons derrière les événements peu probables est aussi contraire au fondement de la méthode scientifique. Si l’on raisonne ainsi, alors il n’y a plus aucune possibilité de faire de la physique. On ne peut plus tirer des lois à partir des observations. Dans ce cas, si les expériences répétées dans les mêmes conditions donnent les mêmes résultats, c’est un hasard. Nous habitons juste dans l’Univers où des milliards de pommes sont tombées au pied de l’arbre. Il n’y a pas de raison de supposer une loi de la gravité.
(d) À l’heure actuelle, il n’est pas établi si les valeurs des constantes physiques et des conditions initiales de l’Univers sont contingentes (c’est-à-dire qu’elles pourraient avoir d’autres valeurs) ou nécessaires (c’est-à-dire qu’il est obligatoire qu’elles aient ces valeurs). Mais même si les valeurs étaient nécessaires, cela n’empêcherait pas notre étonnement. En effet, il reste étonnant que les valeurs obligatoires correspondent précisément aux valeurs qui permettent la vie.
Il y a deux choses indépendantes : les constantes qui régissent l’Univers d’un côté et les conditions qui permettent la vie d’un autre côté. Il demeure très étonnant que les valeurs des constantes qui régissent l’Univers soient celles qui permettent la vie. Prenons une illustration : quelqu’un s’impose de jouer au loto en cochant les cases qui correspondent à la date et l’heure de jeu. Les nombres sélectionnés sont donc nécessaires (ils ne peuvent être autrement, car ils sont déterminés par la règle). Si le joueur gagne le gros lot, cela reste extraordinaire, même si les numéros étaient nécessaires.
Parfois, nous entendons qu’une théorie pourrait expliquer ces valeurs. Mais la complexité ne fait que reculer d’un cran. Qu’est-ce qui a réglé cette super-loi pour qu’elle fournisse des constantes qui favorisent la vie ? D’où vient le fait que cette loi oblige à donner des paramètres qui permettent la vie ? Ainsi, même si les valeurs étaient nécessaires, cela n’empêcherait pas le caractère surprenant de leur correspondance avec les conditions pour permettre la vie.
Intéressons-nous maintenant au deuxième argument : l’existence d’un grand nombre d’Univers bien paramétrés rend probable la vie dans l’un d’entre eux. C’est l’hypothèse du multivers. Elle consiste à supposer l’existence de plusieurs Univers et, par cela, tente de réduire le caractère très improbable de notre Univers en le situant parmi un très grand nombre d’Univers aux paramètres différents. Ainsi, parmi un nombre immense d’Univers qui ne produisent pas la vie, nous sommes dans celui qui a le bon réglage pour permettre la vie.
Voici une analogie : il est très improbable que M. Dupond gagne au loto, mais il n’est pas improbable que quelqu’un gagne au loto. Si toutes les combinaisons du loto sont jouées, quelqu’un va gagner ! Si tous les Univers possibles existent, alors il existe un Univers où les constantes sont suffisamment bien réglées pour permettre la vie. Notons ici qu’il ne suffit pas de supposer l’existence d’une infinité d’Univers avec des constantes de différentes valeurs. En effet, il est possible d’avoir une infinité d’Univers qui ne permettent pas la vie. Par exemple, si une constante C1 doit avoir une valeur située entre 4 et 5 pour que l’Univers soit fécond, l’infinité d’Univers dont C1 est supérieur à 5 ne fonctionnera pas.
Il faut donc supposer l’existence de tous les Univers possibles ou d’un grand nombre d’Univers déjà bien paramétrés.
Quelles objections pouvons-nous faire à cette explication ?
Tout d’abord, nous remarquons que cette hypothèse est très coûteuse. C’est sans doute l’hypothèse la plus audacieuse que l’on puisse imaginer ! Pour justifier l’existence d’un Univers, on suppose l’existence d’une infinité d’Univers. Ensuite, cette hypothèse est purement spéculative. Elle n’est pas démontrée. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, la théorie du multivers n’a pas d’appuis empiriques solides. Jusqu’à preuve du contraire, il semble sage d’affirmer que notre Univers est unique.
Ainsi, l’agencement de l’Univers, le réglage fin des constantes physiques et des conditions initiales de l’Univers constaté par la science est un argument en faveur de l’existence de Dieu. Ce n’est pas une preuve en soi, mais celui qui affirme que cette coïncidence est due au hasard le fait contre toute probabilité.
Conclusion
La science et la religion sont deux domaines différents, qui abordent parfois les mêmes sujets, mais avec des regards complémentaires. Ces domaines ne s’opposent pas, mais s’enrichissent. La science présente à la religion la beauté du monde. La foi offre à la science une justification possible du principe de simplicité. Bien entendu, il est possible d’être scientifique sans être croyant, mais rien n’interdit à un scientifique de l’être. Dieu n’est pas invalidé par la science. Au contraire, des arguments utilisant des constats scientifiques pointent en faveur de l’existence de Dieu.
Personnellement, je suis émerveillé par les résultats que la science permet d’obtenir. J’aime comprendre comment le monde fonctionne. Mais j’ai encore plus de joie à connaître l’auteur du monde merveilleux qui nous entoure. L’auteur britannique C. S. Lewis a écrit : « Dans le domaine de la science, nous ne faisions que lire les notes accompagnant un poème ; dans le christianisme nous découvrons le poème lui-même . »
Pour aller plus loin, voir la playlist « Science et foi » : https://www.youtube.com/watch?v=4a3-pYbAb2c&list=PL6xz9AsxAZLpNoCPozeBvg1hwc6tXUkXY
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