Ce texte est la dernière partie d’une étude sur le thème de ce Cahier produite par le Conseil Œcuménique des Églises en 2003, intitulée : L’Église de tous. Ce long document peut être consulté sur le site du COE. Cela explique la numérotation des paragraphes que nous maintenons suivant l’original.
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L’ÉGLISE POUR TOUS : UNE COMMUNAUTÉ
73. Lorsque Jésus comparait le Royaume de Dieu à un roi qui prépare un banquet pour ses meilleurs amis, peut-être pensait-il au passage d’Ésaïe sur ce thème. Il est certain que beaucoup de gens qui vivent avec un handicap – le leur ou celui d’un de leurs proches – ont l’impression qu’un linceul a été jeté sur leur vie, qu’ils sont considérés comme une honte pour leur communauté ! Dans la version de la parabole du festin qu’on trouve chez Matthieu, les invités sont trop occupés à leurs petites affaires personnelles pour répondre à l’invitation. Mais le roi ne remet pas le banquet à plus tard : au contraire, il invite tous ceux qui, à ce moment-là, se trouvent par là. Jésus n’a pas dit que le Royaume de Dieu était pour un monde à venir ; il a dit : « Le Royaume de Dieu est déjà parmi vous ». C’est une réalité actuelle ; c’est maintenant qu’il faut répondre à l’invitation ! Désormais, ce n’est plus le petit cercle des amis intimes qui est invité ; au contraire, il faut qu’y participent tous ceux qui ont été ignorés, oubliés et laissés de côté. Dès lors que tout le monde est invité à ce festin, à cette Église, la liste des invités inclut donc ceux qui souffrent d’invalidité physique ou mentale ou de maladie chronique. Et si, plutôt que de n’inviter que les personnes dont le comportement, le langage et les préférences correspondent à des schémas connus, nous adressons l’invitation à tout le monde, dans quelle mesure cela se reflète-t-il dans notre culte ? Quel est le message que nous devons, aujourd’hui, adresser à nos communautés ?
74. L’expression la plus évidente du rassemblement de la communauté, c’est le culte commun de la paroisse. Si on veut que la liturgie soit véritablement l’œuvre du peuple et que tous les membres de la communauté rassemblée y participent, il nous faut alors, peut-être, nous rappeler ce que Dieu a dit il y a longtemps : « Élargis l’espace de ta tente ; les toiles de tes demeures, qu’on les distende ! », afin qu’il y ait de la place pour tout le monde (És 54.2). Peut-être faudra-t-il réaménager notre espace, repenser la manière dont nous célébrons la liturgie, reconsidérer le rôle joué par chaque personne. Le drame de la liturgie et le drame du handicap ont tous deux pour thème la fragilité de notre vie et notre dépendance à Dieu. Il nous faut arriver à intégrer nos luttes dans notre culte de façon que les symboles de la liturgie nous parlent. Symboliquement, c’est la table du banquet de Dieu. Avons-nous fait en sorte que tous ceux qui le désirent puissent venir s’y asseoir, partager le festin et participer à la conversation ? Dans cette assemblée, y aura-t-il une place pour chaque personne ? Veiller à ce que tous et chacun puissent participer au culte, cela signifie qu’il nous faut réfléchir à la manière dont notre expérience et notre expression de la liturgie engagent l’ensemble de la personne – par les mouvements physiques et les sens, mais aussi par l’intellect. Lorsqu’elles sont intégrées dans une communauté, les personnes qui ont des troubles d’apprentissage réagissent positivement ; elles saisissent la participation réelle et authentique des personnes qui les entourent, et réagissent en conséquence.
75. Dans notre enseignement et notre manière de célébrer le culte, en particulier dans les traditions protestantes, une grande importance a toujours été accordée aux mots. La Parole de Dieu est un constituant important et essentiel de notre foi. Les textes de la Bible nous présentent des événements et des personnages, ils racontent l’histoire des relations entre Dieu et l’humanité, ils nous enseignent les voies de Dieu et ils nous guident dans notre vie de tous les jours. Les paroles des sermons, des prières et des hymnes peuvent nous stimuler l’esprit et atteindre le tréfonds de notre cœur et, ainsi, nous faire réfléchir, nous inspirer ou nous consoler. Les mots que nous utilisons ont le pouvoir de créer des images ainsi que de définir notre identité et nos relations à chacun. Trop souvent, pour les personnes handicapées, ces mots n’ont pas été l’annonce de bonnes nouvelles ni n’ont transmis des messages d’espoir. En fait, trop souvent, il ne peut y avoir de pleine participation des enfants et des personnes qui ont des troubles d’apprentissage « parce qu’ils ne comprennent pas ». De même que pour les pauvres, les sans-abri, les prisonniers ou les toxicomanes, les prières et les textes fréquemment utilisés par nos Églises parlent d’eux à la troisième personne : « ils...
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