Prédication dans un cadre universitaire – Genèse 32

Texte de prédication

Cet exposé biblique a été donné dans le cadre d’une soirée Interfac organisée par les GBU (Groupes Bibliques Universitaires) d’Île-de-France. Interfac rassemble, chaque semaine, une quarantaine d’étudiants de plusieurs facultés et grandes écoles de la région parisienne. Il m’était demandé de m’adresser pendant 30 minutes aux étudiants chrétiens (qui étaient majoritaires) mais aussi aux non-chrétiens invités pour l’occasion. Le texte n’était pas choisi au hasard puisque le principe de ces rencontres est d’étudier un livre biblique de manière systématique avec un intervenant différent à chaque rencontre.

Le passage du jour portait sur Genèse 32 et on m’avait donné la consigne suivante : « Nous attendons de l’orateur une explication claire de l’idée principale du texte, dans son contexte, avec des suggestions pour la mise en pratique quotidienne dans la vie de l’étudiant moyen ». Il faut savoir que les GBU utilisent la méthode OIA (Observation du texte – Interprétation – Application) dans les discussions autour de la Bible sur les campus. Une approche qui permet de se mettre à l’écoute du texte.

Concernant le déroulement de la soirée, juste avant mon intervention, une discussion en petits groupes autour de Genèse 32 à 33.16 était organisée pendant 45 minutes, mais une partie seulement des étudiants y prenait part car tous ne pouvaient se libérer pour ce moment. Il était prévu que ce travail en groupes porte sur les retrouvailles entre Jacob et Ésaü et il m’était donc demandé de traiter l’ensemble du chapitre 32 en faisant un « zoom sur la rencontre avec Dieu ». Un échange avec l’assemblée était annoncé après mon intervention pour répondre aux éventuelles questions ou remarques.

Les défis étaient ainsi d’annoncer l’Évangile à une assemblée constituée uniquement d’étudiants, certains chrétiens, d’autres pas, et qui avaient, pour une partie d’entre eux, travaillé sur le texte avant mon intervention. Il fallait donc anticiper pour éviter les éventuelles redites, être pertinent et s’adapter à un auditoire étudiant. Heureusement, je pouvais utiliser le vidéoprojecteur. J’avais aussi décidé de suivre la méthode OIA en consacrant du temps pour l’observation du texte, son interprétation avant de proposer des pistes d’appropriation.
 


Le contexte

Au centre de ces chapitres 32 et 33 de la Genèse, il y a ce récit singulier où Jacob lutte avec cet homme que le prophète Osée identifie à un ange (Osée 12.5) et Jacob à Dieu comme il le dit au verset 30. Ce face à face avec Dieu va transformer, métamorphoser Jacob. Non seulement physiquement puisqu’il boitera, mais aussi personnellement comme l’indique son changement de nom. À la fin du récit, il ne s’appelle plus Jacob mais Israël. C’est la première fois que ce nom, Israël, apparaît dans la Bible et, par la suite, il désignera le peuple élu. Le récit attire lui-même notre attention sur ce point qui marque un avant et un après. En effet, le nom Mahanaïm que Jacob donne à ce lieu signifie « les deux camps ». C’est comme si le récit se situait entre deux mondes, deux espaces-temps, deux moments :

  • Le monde d’avant où Jacob était un fugitif – il a d’abord fui la colère de son frère Ésaü qui en voulait à sa vie puis il s’est enfui de chez son oncle Laban qui le maltraitait ;
  • Et le monde d’après où Jacob va faire face à ses peurs en se réconciliant avec son frère.

Car Jacob, vingt ans auparavant, avait fui la colère de son frère Ésaü parce qu’il avait usurpé le droit d’aînesse et la bénédiction paternelle qui revenaient de droit à son frère. Il n’avait alors que son bâton comme il le reconnaît lui-même dans sa prière (11). Vingt ans plus tard, le voilà de retour avec, cette fois, ses femmes, ses enfants, ses serviteurs, un cheptel important mais aussi avec la peur au ventre ! Beaucoup de choses ont changé durant ces années pour lui. Il n’est plus le jeune fugitif parti sans rien. C’est un adulte à présent, avec de l’expérience, des biens et une grande famille. Et pourtant, au fond de lui, c’est comme si rien n’avait changé. Quand il apprend que son frère vient à lui avec 400 hommes, Jacob a peur comme au premier jour. Alors que le récit ne nous dit rien sur les intentions d’Ésaü, Jacob perçoit cette arrivée en force comme une menace. Sa conscience le travaille comme au premier jour. « Il est saisi d’angoisse », nous dit le texte (8).

Il faut dire qu’Ésaü avait promis de se venger de son frère en le tuant (Genèse 27.41). La trahison de Jacob avait suscité dans son cœur une haine profonde. Aussi de retour au pays, Jacob craint plus que tout cette vengeance. Ce frère jumeau représente pour lui l’ennemi numéro 1, celui qui cherche à le détruire quoi qu’il arrive ! Mettons-nous à sa place ! Quels seraient nos sentiments à l’idée que nous allons affronter ce soir la personne qui en veut le plus à notre vie ? Certes, vingt ans se sont écoulés mais, pour Jacob, c’est comme si c’était hier....

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