Je souffre de toc

Mes tout premiers souvenirs de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), bien avant que je ne sache que ces troubles portaient un nom, remontent au début de mon adolescence. Un jour, alors que je sortais seul de la maison, j’ai vérifié que j’avais bien refermé la porte à clé comme d’habitude. C’était le cas. Mais doutant, j’ai vérifié une deuxième, une troisième, une énième fois… jusqu’à ce que la poignée se casse.

Une spirale infernale

On pensait au début que ce ne serait qu’un problème passager qui s’estomperait avec l’adolescence. Cependant, le problème est resté et n’a fait qu’empirer. Je me suis mis àtout vérifier : les portes sont-elles bien fermées ? La lumière est-elle bien éteinte ? Le frein à main de ma voiture est-il bien serré ? Une liste sans fin de craintes irrationnelles… Les TOC fonctionnent comme un disque rayé. L’aiguille se bloque sur une pensée et cette pensée ne cesse de tourner en boucle.

Une souffrance quotidienne

Jeune pasteur, je rendais souvent visite aux membres de l’Église. M’asseoir à table et manger avec eux provoquait de très fortes anxiétés en moi. Je voyais tant de choses dans leur maison à remettre en place, au « bon endroit », en ordre. Le simple fait de me concentrer sur une conversation devenait alors extrêmement difficile.
Très peu de gens dans mon entourage avait connaissance de ce que je vivais. Mes parents et mon frère souffraient autant que moi de me voir tourmenté par les TOC. Ils étaient terriblement frustrés de ne pas savoir comment me venir en aide.

Briser le silence

Sur ce long chemin de souffrance, j’ai connu à la fois des percées significatives, mais aussi des moments où j’ai fait marche arrière.
La plus importante percée s’est produite au printemps 2018. J’avais quelques jours de congé et j’ai écrit mon témoignage. J’ai mis à la lumière ce que, depuis 30 ans, je gardais caché. Accoucher de ce témoignage n’a pas été un exercice facile. Puis je l’ai envoyé à toutes les personnes répertoriées dans mon carnet d’adresses. Je n’aurais jamais imaginé la libération qui s’ensuivit.

Libérer la parole

À chaque fois que je parle en public de mon parcours, je vois dans l’auditoire des visages qui s’éclairent. Des regards qui reprennent espoir. Quand vous osez parler aux autres de vos combats et de vos souffrances, vous empruntez alors la voie de la restauration. De plus, ceux qui vous écoutent sont encouragés à leur tour à s’ouvrir. C’est ce que j’appelle « l’effet domino de la confession ». Je suis reconnaissant pour toutes ces personnes avec lesquelles j’ai eu le privilège de prier au cours des années pour ce sujet.
Quand je considère mon expérience, je suis conscient que les TOC auraient pu me maintenir enfermé dans une prison intérieure. Mais j’ai pris un jour une décision : celle de faire confiance à Dieu malgré les défis quotidiens. J’ai choisi de continuer à avancer, même dans la vallée de la souffrance.

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