Le pasteur et ses priorités – Conjuguer ses engagements familiaux et ministériels
Si je vous demandais d’établir le classement des priorités d’un pasteur par ordre décroissant, à quoi ressemblerait-il ?
Nous n’avons malheureusement pas le temps de faire l’exercice ensemble. J’ai donc extrapolé un classement à partir de résultats que j’ai obtenus dans d’autres circonstances. Ce classement pourrait ressembler à ceci :
Le problème c’est que, face à un nombre si élevé de tâches, le pasteur établit l’ordre de ses priorités pendant que chaque chrétien de son Église imagine en silence qu’il suit un autre ordre de priorité ! C’est ce qui a donné naissance à des textes humoristiques comme celui-ci :
- « Mon pasteur est parfait. Il prêche exactement 20 minutes. Il arrive à condamner le péché, sans heurter les sentiments de personne.
- Il travaille à l’église de 7 h à 23 h dans tous types de travaux qui vont de la préparation de la prédication à la conciergerie. Il gagne le SMIC, mais est toujours bien habillé et s’achète de bons livres régulièrement. Il a une jolie famille, conduit une bonne voiture et donne 150 euros par semaine en offrande à l’Église. Bien entendu, il contribue également à chaque bonne œuvre qui se présente à lui.
- Il a 26 ans et prêche depuis 30 ans. Il est grand et petit, mince et corpulent, beau en somme. Il a un œil brun et l’autre bleu ; la ligne au milieu ; il a des cheveux noirs et droits du côté gauche et des cheveux bruns et ondulés du côté droit.
- Il a un désir brûlant de travailler avec les adolescents et donc passe tout son temps avec les personnes âgées. Il est très sérieux, mais souriant, car il a un sens de l’humour qui le maintient sérieusement concentré sur son travail.
- Il passe 15 appels par jour à ses paroissiens, évangélise et fait des visites à longueur de journée, tout en restant joignable à tout instant de jour comme de nuit. »
À vos réactions, je constate qu’il y a parmi vous des personnes qui seraient intéressées de faire sa connaissance… Malheureusement, j’ai oublié de noter ses coordonnées !
7. Moi ! – Mes besoins, mes plaisirs, mes envies… »
Permettez-moi de reconsidérer le point 4 (travail/ministère/Église). Car l’un des problèmes qui apparaît dans ce type de listes, c’est que ce point 4 a tendance à se confondre avec le point 1. C’est ainsi que Dieu, le travail, le ministère et l’Église se retrouvent, sans que le pasteur ne s’en rende compte, sur le même niveau de priorité : le premier niveau !
Cependant, le défaut principal de ce classement de priorité linéaire est qu’il est théorique, puisqu’il correspond plus à ce que nous aimerions vivre qu’à ce que nous vivons réellement ! N’étant pas réaliste, il n’est donc pas très utile à notre réflexion, puisqu’il est rarement possible de respecter ce classement tel quel. Nous pourrions dire que c’est un classement qui ressemble plus à un « vœu pieux » qu’à la réalité de la vie et du ministère du pasteur !
En réfléchissant à la question, je me suis dit alors : peut-être devrions-nous envisager un autre type de classement qui serait établi avec des données objectives, c’est-à-dire à partir du temps réellement consacré à chacune de nos priorités.
Notre classement de priorité se retrouverait alors complètement bouleversé, car, en réfléchissant à notre semaine de travail, nous réaliserions que beaucoup de notre temps est englouti dans des tâches qui ne sont pas toujours liées directement au ministère pastoral. Et nous serions surpris de constater le nombre réel de minutes que nous passons effectivement à prier, à étudier la Bible, à échanger avec notre conjoint ou à jouer avec nos enfants ; un temps qui risque bien d’être « minime » comparé au temps que nous consacrons à des activités qui ne sont pas même listées dans notre classement de priorité.
Mais, revenons au premier problème que nous avons relevé dans notre liste de priorités, car il m’apparaît clairement comme étant le nœud du problème qui nous occupe : les pasteurs ont des difficultés à distinguer clairement Dieu du trio travail/ministère/Église. C’est ainsi que, lorsque des choix de priorité se cristallisent entre la famille et le ministère (2ème et 4ème), beaucoup de pasteurs pensent devoir faire un choix pour Dieu !
Pourtant, nous le savons, notre consécration à suivre et à servir Jésus-Christ est indépendante de notre consécration à servir l’Église de Jésus-Christ ! En considérant l’auditoire auquel je m’adresse cet après-midi, il ne m’a pas paru nécessaire de m’attarder sur tous les textes bibliques qui fondent le ministère pastoral. Pour faire court, je vous propose donc de vous remettre en mémoire les engagements que prend généralement un pasteur lorsqu’il est consacré officiellement au ministère.
1. Les engagements ministériels
En fonction des dénominations, la consécration au ministère pastoral est plus ou moins solennelle, accompagnée de la signature d’un document, de l’imposition des mains, etc. Les us et coutumes varient, mais l’héritage commun de la Réforme conduit généralement ces cérémonies vers un climax : le moment solennel où le pasteur s’engage devant Dieu, devant ses pairs et devant l’Église rassemblée.
Cet acte d’engagement peut revêtir différentes formes. Il peut s’agir d’une signature au bas d’un document ou d’une série de questions auxquelles le pasteur doit apporter publiquement des réponses positives. Des réponses qui engagent le pasteur à :
- Être vigilant et persévérant dans la prière ;
- Transmettre l’Évangile par la prédication, l’enseignement, la célébration du baptême et de la cène, mais aussi par l’exemple d’une vie consacrée ;
- Secourir toute personne qui sollicite son assistance morale et spirituelle et à garder secrètes les confessions qu’il recevra.
C’est généralement ainsi que, depuis le 16ème siècle, les pasteurs sont consacrés au ministère de la parole et des sacrements.
Même si, depuis quelques décennies, les conjoints sont associés à cette cérémonie, ils le sont souvent comme « figurants silencieux et souriants », car il ne vous aura pas échappé que, dans les engagements que doit prendre le pasteur, aucun d’entre eux ne concerne sa famille ! Et pourtant, comme nous allons le voir, les engagements envers la famille sont essentiels au ministère pastoral.
2. Les engagements familiaux
En 1854, à Lausanne, Alexandre Vinet disait à ses étudiants qui se préparaient au ministère pastoral dans l’Église nationale du canton de Vaud :
« Quand on ne voudrait tenir compte que d’une chose, ne serait-ce pas de l’éducation des enfants, laquelle pour la plus grande partie, presque tout entière quelquefois, et surtout de la manière la plus directe et la plus continue, dépend des mères ? Le pasteur n’élève pas tout d’un temps ses enfants avec sa paroisse : tant s’en faut ; avec la meilleure intention, il ne peut pas faire pour ses enfants tout ce qu’il voudrait et ce qu’un autre pourrait faire ; il faut qu’il puisse s’en reposer sur sa compagne((Alexandre VINET, Théologie pastorale, Phoenix, Éditions TheoTeX, 1854, p.153.)). »
Visiblement, au 19ème siècle, il était normal pour un pasteur de ne pas participer à l’éducation de ses enfants et de se reposer presque entièrement sur son épouse. Pourtant, un peu plus loin, Vinet semble se contredire en affirmant :
« C’est une grave erreur de croire que la paroisse doive aller avant la famille. Pour le pasteur, comme pour tout autre homme, la famille est le premier intérêt. Si l’on ne veut pas admettre ceci, il est plus simple de ne pas se marier. Ce que la famille gagne par nos soins profite à la paroisse même ; d’abord, parce que la famille, comme dit Quesnel, est un petit diocèse, où se font les essais du zèle, de la piété et de la prudence épiscopale et ecclésiastique ; – ensuite, parce que la paroisse gagne à ces soins domestiques par l’exemple édifiant qui en résulte pour elle, et par l’esprit pastoral répandu dans tous les membres de la famille((Ibid, p.156.)). »
Si la famille devait demeurer l’intérêt premier du pasteur avant l’Église, on est en droit de se demander quelle forme concrète pouvait prendre cet intérêt en matière de temps et d’investissement. Sans compter qu’il eut été intéressant qu’Alexandre Vinet développe les arguments qui, selon lui, fondent la priorité de la famille sur le ministère pastoral. Pour combler ce vide, je vous invite à poser, à ce stade, deux jalons bibliques qui vont nous permettre de mieux percevoir quels devraient être les intérêts premiers du pasteur.
a. Une alliance humaine et divine
Comme vous le savez, le mot alliance que l’on trouve dans l’Ancien Testament (en hébreu ancien « berith ») décrit l’engagement solennel entre deux parties. Il peut décrire un contrat entre deux hommes, mais son usage le plus fréquent est religieux puisqu’il est employé dans le cas d’un contrat passé entre Dieu et certains hommes comme Adam, Noé, Abraham, Moïse, etc.
Cependant, plusieurs textes de l’Ancien Testament identifient l’alliance au mariage afin de souligner la notion de fidélité conjugale. Par exemple, en Ézéchiel 16.8, le Seigneur s’adresse à Jérusalem comme à une fiancée :
« Je passai près de toi, je te regardai, et voici, ton temps était là, le temps des amours. J’étendis sur toi le pan de ma robe, je couvris ta nudité, je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, l’Éternel, et tu fus à moi. » (LSG)
En prenant appui sur les coutumes de l’époque, le Seigneur couvre de son manteau celle qu’il a choisie. Par ce geste symbolique, il dit s’intéresser à elle et la prendre sous sa protection dans le but de s’engager envers elle par des fiançailles puis par le mariage. Nombreux sont les auteurs bibliques qui illustrent l’alliance conclue entre Dieu et le peuple d’Israël par l’alliance du mariage. Un rapprochement qui, par ricochet, met en évidence le sérieux de l’alliance du mariage entre un homme et une femme.
Un autre texte, Malachie 2.14, évoque une situation au retour de l’exil où des hommes avaient épousé des femmes étrangères en dépit de leur mariage antérieur contracté avec des femmes israélites :
« Et vous dites : « Pourquoi ? » Parce que l’Éternel a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse, à laquelle tu es infidèle, bien qu’elle soit ta compagne et la femme de ton alliance. » (LSG)
Dieu, qui était présent lors du premier mariage, se présente comme témoin de l’alliance contractée entre l’homme et la femme. Et en tant que témoin, il n’hésite pas à user de son autorité légitime pour exercer un droit de regard en rappelant aux époux le sérieux de leurs engagements, ainsi que l’exclusivité et la permanence de leur alliance.
On pourrait multiplier les exemples qui présentent le mariage biblique comme, une alliance à la fois humaine et divine qui engage un homme et une femme à s’unir l’un à l’autre totalement, intimement, exclusivement et pour la vie, avec l’approbation, la bénédiction, la présence et l’aide du Seigneur((Frank HORTON, « Le mariage : une alliance », Promesses, juillet-septembre 1994, n°109.)). C’est, je crois, ce qui fait de cette alliance tripartite, une alliance supérieure à toute autre alliance ou tout autre engagement que l’on peut prendre devant l’Église et devant Dieu. C’est peut-être ce qui a fait dire à Vinet : « Si l’on ne veut pas admettre ceci, il est plus simple de ne pas se marier. » Car, à lui seul, cet argument fonde la priorité et la supériorité des engagements du pasteur envers sa famille sur ses engagements ministériels envers l’Église.
b. La nécessité de prendre soin des siens
Pourtant, l’argument généralement avancé pour justifier la priorité de la famille pourrait tenir dans cette autre phrase de Vinet : « Ce que la famille gagne par nos soins profite à la paroisse même ». C’est l’argumentation que développe l’apôtre Paul dans les épîtres pastorales ; un argument qui, bien que décisif, me semble néanmoins secondaire dans la mesure où il replace discrètement l’Église au premier rang des préoccupations du pasteur. Voyons comment l’apôtre des païens présente et articule son enseignement à ce sujet.
Mais, avant toute chose, je me dois de rappeler, comme le fait l’apôtre Paul dans plusieurs de ses lettres (Éphésiens 5.25-6.4 ; 1 Pierre 3.7 ; 1 Timothée 5.8), que tout chrétien est appelé à assumer devant Dieu ses responsabilités familiales. « Maris, aimez vos femmes ; femmes, respectez vos maris ; pères, n’irritez pas vos enfants ; maris, honorez vos femmes ; prenez soin des membres de vos familles, etc. » Nous pourrions déjà dire, avant d’aller plus loin, que si ces responsabilités incombent à tout chrétien, elles devraient être assumées, à plus forte raison, par les responsables de l’Église.
Mais, il est possible de relever dans le Nouveau Testament au moins trois raisons supplémentaires((Albert, N. MARTIN, The Man of God: His Calling and Godly Life, Montville, NJ, Trinity Pulpit Press, 2018, pp.414-421.)) qui justifient l’impérieuse nécessité pour un pasteur de prendre soin des siens.
1. Des compétences domestiques
La première raison se trouve exprimée dans les textes qui énumèrent les qualifications des anciens. Avant toute chose, rappelons que le gouvernement collégial des Églises du Nouveau Testament était composé de presbuteros et d’episcopos de manière indifférenciée. Si, au fil des siècles, les episcopos ont pris la direction des Églises, pour être à la Réforme qualifiés de « pasteurs », nous pouvons considérer que les exigences de l’apôtre Paul envers les episcopos et les presbuteros du premier siècle concernent non seulement les anciens d’aujourd’hui, mais aussi les pasteurs.
Concentrons-nous particulièrement sur les exigences domestiques de 1 Timothée 3 et Tite 1. Pour rappel, en 1 Timothée 3.2, Paul précise que l’évêque doit être mari d’une seule femme et au verset 4, qu’il doit bien diriger sa maison et tenir ses enfants dans la soumission avec une parfaite dignité. En Tite 1.6, Paul dit également que l’évêque doit être mari d’une seule femme et qu’il doit avoir des enfants fidèles, qui ne soient ni accusés de débauche ni indisciplinés, tandis qu’au verset 8 il ajoute qu’il doit être hospitalier.
Relevons, pour commencer, un détail intéressant : les exigences domestiques sont les seules exigences de ces deux listes pour lesquelles l’apôtre Paul prend la peine de faire un commentaire. Il s’agit du verset 5 de 1 Timothée 3 : « … car si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ? » Ce commentaire, me semble-t-il, met en évidence l’importance que l’apôtre Paul accordait aux exigences domestiques en vue de l’exercice d’une fonction de gouvernance dans l’Église.
Le parallèle que Paul fait entre une maison bien ordonnée et une Église bien ordonnée est assez frappant. Pour mieux le saisir, je vous propose un autre parallèle qui nous interpellera peut-être davantage.
Que penseriez-vous d’une personne qui se présente comme candidat au ministère pastoral de votre Église, alors qu’il n’a jamais pris la peine de suivre une formation théologique et qu’il prétend même ne pas en avoir besoin ? Comment cette personne pourrait-elle remplir la condition de 1 Timothée 3.2 : « Il faut que l’évêque soit… apte à l’enseignement » et celle de Tite 1.9 qui précise qu’il doit être « … capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs » ?
Je suis sûr que plusieurs d’entre vous auraient du mal à ne pas faire remarquer à cette personne qu’elle n’est pas du tout en phase avec la réalité du ministère pastoral ni avec ses exigences et que son incompétence en théologie la disqualifie totalement.
De même, que penseriez-vous d’une personne qui excelle dans toutes les disciplines théologiques, mais qui ne se préoccupe nullement d’acquérir et de développer les compétences dont il devrait faire preuve dans sa famille ? Lui accorderiez-vous la responsabilité de diriger votre Église ?
Il serait possible de faire de nombreux parallèles entre la gestion d’une maison et la gestion de l’Église de Jésus-Christ, tant les qualités pour exercer ces deux fonctions se rejoignent sur de nombreux points.
2. Une position de modèle
La deuxième raison qui justifie l’impérieuse nécessité pour un pasteur de prendre soin des siens tient dans la position qu’il occupe, comme modèle du troupeau. Bien entendu, chaque chrétien se doit de vivre une vie exemplaire qui plaise à Dieu et qui témoigne de son amour.
« Faites tout sans vous plaindre et sans discuter, pour être irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans tache au sein d’une humanité corrompue et perverse. Dans cette humanité, vous brillez comme des flambeaux dans le monde, en portant la Parole de vie. » (Philippiens 2.14-15, BS)
Ce standard de vie s’applique bien à tous les chrétiens sans distinction. D’ailleurs, la Bible n’accorde aucune dérogation aux responsables d’Église, au contraire, puisque ce standard se voit même renforcé pour les personnes qui aspirent à la charge d’ancien.
En s’adressant aux anciens des Églises d’Asie Mineure, l’apôtre Pierre leur communique la directive suivante :
« N’exercez pas un pouvoir autoritaire sur ceux qui ont été confiés à vos soins, mais soyez les modèles du troupeau. » (1 Pierre 5.3, BS)
On peut donc dire que si les chrétiens doivent mener une vie exemplaire dans leurs maisons comme au-dehors, les anciens doivent atteindre et maintenir un niveau supérieur au leur s’ils veulent conserver l’influence morale qui est indispensable à leur rôle de guide. Car un leader est une personne qui influence les autres, qui inspire les autres à le suivre sur un chemin qu’il a déjà parcouru !
On retrouve cette même exhortation sous la plume de l’apôtre Paul dans ses lettres à Timothée et à Tite. Certes, aucun de ces deux hommes n’était « pasteur » dans le sens actuel du terme, puisqu’ils étaient une sorte de « représentants apostoliques ». Néanmoins, bien que mandatés par Paul, ils devaient remplir dans les Églises plusieurs tâches qui incombent aujourd’hui au pasteur. Voilà pourquoi, je vous propose d’examiner les injonctions données par Paul à ses deux collaborateurs pour en extraire quelques principes pour le pastorat d’aujourd’hui.
« Que personne ne te méprise pour ton jeune âge, mais efforce-toi d’être un modèle pour les croyants par tes paroles, ta conduite, ton amour, ta foi et ta pureté. » (1 Timothée 4.12, BS)
Conscient des difficultés de leadership que son fils spirituel allait rencontrer du fait de son jeune âge, Paul lui recommande de manifester envers les chrétiens des éléments probants de sa maturité émotionnelle et spirituelle, afin qu’ils perdent de vue son âge et décident de le suivre.
De la même manière, Tite est chargé par l’apôtre Paul d’enseigner les personnes âgées comme les jeunes gens, ainsi que les personnes de toutes classes sociales, en étant lui-même « en tout un modèle d’œuvres bonnes » (Tite 2.7-8, BS).
Dans ces exhortations apostoliques à Tite et à Timothée, le mot « modèle » traduit le grec tupos qui a donné en français le mot « type ». Le type est comme le « patron » que le tailleur utilise pour découper tout ce qui, dans le tissu, n’appartient pas à la forme désirée. Aux yeux des chrétiens, Timothée et Tite devaient donc être des prototypes du disciple de Christ !
L’apprentissage par imitation qui est mis en avant dans ce contexte fait écho à l’enseignement même de Jésus : « Il suffit au disciple d’être comme celui qui l’enseigne et au serviteur comme son maître. » (Matthieu 10.25, BS) Selon Jésus, l’objectif du maître était de modeler le caractère de son disciple selon la forme de son enseignement et de son vécu. C’est là, je pense, un principe majeur de pédagogie biblique qui permit à Paul de dire :
« Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. » (1 Corinthiens 11.1, LSG)
Si, de manière générale, le pasteur doit être un modèle de vie chrétienne ; il doit l’être tout particulièrement dans le domaine familial. Car, pour l’avancement du règne de Dieu, aux côtés de l’Église, aucune autre institution n’est plus importante que la famille.
Lorsqu’un chrétien lambda peut observer le type de relation que son pasteur entretient avec son conjoint et ses enfants dans sa maison, quelque chose se produit en lui. Après quelques heures passées dans l’intimité de la famille pastorale, soit il écoutera dorénavant son pasteur avec un plus grand respect et une plus grande confiance, soit il luttera avec une question lancinante qui le fera douter que son pasteur soit vraiment celui qu’il prétend être !
3. Un contexte singulier
La troisième raison qui justifie l’impérieuse nécessité pour un pasteur de prendre soin des siens se fonde sur les circonstances particulières que nous vivons. Chaque période de l’histoire, chaque génération, chaque culture a eu ses propres manifestations aggravées du péché et de la dépravation humaine. On trouve d’ailleurs dans le Nouveau Testament un exemple bien connu, celui des Crétois, cité par l’apôtre Paul :
« Un Crétois, qu’ils considèrent comme un prophète, a dit : Les Crétois ont toujours été menteurs ; ce sont des bêtes méchantes, des gloutons et des fainéants. Voilà un jugement qui est bien vrai. C’est pourquoi reprends-les sévèrement pour qu’ils aient une foi saine. » (Tite 1.12-13, BS)
C’est comme si Paul disait à Tite : « Écoute Tite, puisque tu exerces ton ministère en Crète, tu ne peux pas ignorer quelles sont les manifestations aggravées du péché sur cette île. C’est pourquoi il te faut agir en conséquence. »
Car, lorsque certains péchés deviennent dominants dans une société, les chrétiens devraient se sentir poussés à manifester les fruits de l’Esprit correspondant à ce qui gangrène la vie de leurs contemporains. En d’autres mots, là où le diable déchaîne ses tempêtes, les phares chrétiens devraient briller d’autant plus fort !
À moins que vous ne rentriez à peine d’un très long séjour sur Mars, vous ne pouvez ignorer la corruption qui atteint depuis plusieurs dizaines d’années l’institution du mariage, ainsi que la famille dans nos pays occidentaux. C’est ainsi que tout chrétien, et qui plus est, serviteur de Dieu, devrait manifester la réalité et les implications éthiques du règne de Christ dans ce domaine particulier.
Malheureusement, pour la plupart de nos contemporains, les convictions concernant le caractère sacré du mariage en tant qu’institution divine impliquant un engagement mutuel à vie, sont devenues insignifiantes. Il en va de même pour l’enseignement biblique concernant les rôles respectifs de l’homme et de la femme dans le couple, des pères et des mères, sans oublier la discipline parentale et l’exercice de l’autorité.
Imaginez une société où l’abus d’alcool serait le problème numéro un. Une société en proie à une dépendance qui détruit inexorablement les personnes, divise les familles, affaiblit les associations et les entreprises, en somme, désintègre peu à peu le tissu social. Un pasteur pourrait-il prêcher avec conviction et obtenir des résultats si ses auditeurs ont le moindre doute sur sa propre tempérance dans ce domaine ?
Dans une société complètement ivre des fruits de l’approche humaniste du mariage et de la famille, il devrait être évident pour tous que le pasteur applique dans sa propre famille les standards les plus élevés de la Parole de Dieu.
3. Une panoplie de prétextes
Durant des siècles, la difficulté de conjuguer les engagements familiaux et ministériels a donné naissance à une panoplie de prétextes.
a. Certains justifient leurs échecs familiaux par leurs succès ministériels
Pourtant, il est évident que les bénédictions que Dieu accorde dans certains domaines n’équilibrent en rien les manquements dans d’autres domaines ; de même que les succès ministériels ne peuvent en aucune manière effacer les fautes commises envers le conjoint et les enfants. Pour un chrétien comme pour un pasteur, le non-respect de ses engagements envers Dieu et les membres de sa famille doit être identifié au manquement de la cible visée et donc au péché, qui ne peut être effacé que par le sang de Christ et non par ses réussites !
« Mais vous, qu’enseignez-vous ? Qu’il suffit de dire à son père ou à sa mère : “Je fais offrande à Dieu d’une part de mes biens avec laquelle j’aurais pu t’assister”, pour ne plus rien devoir à son père ou à sa mère. Ainsi vous annulez la Parole de Dieu et vous la remplacez par votre tradition. » (Matthieu 15.5-6, BS)
Jésus a qualifié les pharisiens d’hypocrites parce qu’ils enseignaient que l’on pouvait offrir à Dieu ce que l’on devait à ses parents. Et il arrive aux pasteurs d’offrir à Dieu le temps qu’ils doivent à leur conjoint ou leurs enfants et de tenter d’effacer leur sentiment de culpabilité en se convainquant qu’ils œuvrent pour le Royaume de Dieu. Mais, contrairement à ce qu’ils pensent et pratiquent, Dieu n’agrée pas leur service, car pour lui, l’obéissance sera toujours préférable aux sacrifices (1 Samuel 15.22).
b. Sacrifier un devoir pour un autre
Lorsqu’un chrétien doit choisir entre une virée avec ses collègues et une soirée en famille, le choix est tellement évident que sa conscience devrait réagir fortement s’il décidait de négliger sa famille. Mais lorsqu’un pasteur doit choisir entre une soirée de jeux avec ses enfants et une visite urgente à un chrétien hospitalisé, sa réflexion se trouble. Beaucoup de pasteurs annuleront la soirée promise de longue date à leurs enfants à cause des exigences du ministère pastoral qui commandent de prendre soin de la brebis en détresse.
Dans ce type de scénario, les devoirs envers la famille sont sacrifiés sur l’autel des devoirs envers le ministère pastoral. Les devoirs familiaux se voient, dès lors, placés en opposition aux devoirs ministériels.
Pourtant, je ne pense pas que Dieu prenne plaisir au sacrifice de nos devoirs. Comme je l’ai dit plus haut, pour Dieu, l’obéissance est préférable aux sacrifices. L’Écriture nous invite donc à sacrifier ce qui nous appartient, c’est-à-dire nos privilèges, notre confort, nos libertés, mais pas nos devoirs, puisque c’est ce que nous devons aux autres. Nos devoirs sont accomplis ou négligés, mais ils ne peuvent être sacrifiés. Le Seigneur qui nous a confié le soin de son Église nous a également et premièrement confié le soin de notre famille. Car c’est lui qui, par le Saint-Esprit, nous a commandé de ne pas exaspérer nos enfants, mais de les élever en les éduquant et en les conseillant d’une manière conforme à sa volonté (Éphésiens 6.4, BS).
c. Se décharger de ses responsabilités familiales sur Dieu
C’est peut-être le pire des prétextes, puisqu’il s’agit d’ignorer totalement ses engagements familiaux en s’en déchargeant totalement sur Dieu. Ces pasteurs partent du principe que Dieu peut prendre soin de leur famille à leur place puisqu’ils sont totalement à son service et accaparés par les nombreux besoins de son Royaume.
C’est pour l’avoir perçu dans des conversations pastorales ou pour l’avoir entendu clairement enseigner du haut de la chaire que j’en parle. Est-il nécessaire de préciser que ce genre de marché est à proscrire tant il est irrespectueux envers Dieu et les engagements pris devant lui, mais aussi néfaste pour chaque membre de la famille, même s’il arrive que, dans son immense miséricorde, Dieu fasse grâce aux familles de ces pasteurs.
Remarquons enfin que si plusieurs générations de pasteurs ont eu tendance à utiliser cette panoplie de prétextes pour ne pas respecter leurs engagements familiaux, mon constat aujourd’hui est qu’une nouvelle tendance se développe au sein de la génération actuelle de pasteur dont je fais partie. Après avoir longtemps été dans un extrême, le balancier atteint maintenant, pour plusieurs d’entre eux, l’autre extrême qui consiste à faire systématiquement des choix en faveur de sa famille au détriment du ministère pastoral ! Cela produit certes des familles en meilleure santé, mais des Églises en souffrance. Cet extrême n’est guère meilleur que le précédent.
Cette dernière remarque nous amène tout naturellement à envisager quelques pistes de réflexion. Car même si elles sont difficiles à mettre en œuvre, des solutions existent pour mieux conjuguer les engagements familiaux et ministériels.
4. Pistes de réflexion
a. Les temps de qualité
Selon certains, la solution résiderait dans une alternance de temps de qualité accordés, en fonction des circonstances, au ministère ou à la famille. Par exemple, le pasteur donne à certains moments un coup de collier pour le ministère et contrebalance ensuite par des moments privilégiés en famille. Les temps de qualité sont, par définition, des temps spéciaux, productifs, profitables pour chaque membre de la famille ; des temps qui sont mis de côté pour accorder une attention pleine et entière à chacun ; des temps pour faire des activités ensemble. C’est ce qu’enseignait mon professeur de théologie pastorale au début des années 1990 et c’est également ce que préconisait, entre autres, Maurice Ray :
« (…) il y a une solution à la fois simple et pourtant difficile à mettre en pratique : la décision à prendre et à tenir d’un jour hebdomadaire, ou d’heures convenues, à réserver absolument à l’épouse et aux enfants. Le nombre n’en est pas l’essentiel. Ce qui est prépondérant, c’est que l’époux et le père soit, à ces heures-là, réellement présent et non pas préoccupé par ce qu’il vient de vivre ou par ce qui va suivre((Maurice RAY, Théologie pratique : pour que notre service trouve son lieu, vol. 5, Lausanne, Ligue pour la lecture de la Bible, 1988, p.65.)) ! »
Comme nous venons de le lire, la quantité de temps ne serait donc pas essentielle, puisque le plus important serait la qualité d’un temps, bien que court et limité, mais entièrement consacré au conjoint et aux enfants ; un temps durant lequel il y aurait des interactions significatives dont chacun pourrait se souvenir parce qu’elles seraient empreintes de tendresse, d’intimité, de vulnérabilité, de rires, de franchise, de romance, d’épanouissement, de satisfaction, de plaisir, etc.
Malheureusement, vous savez comme moi qu’il est impossible de programmer sur demande les moments « magiques » de la vie, puisque ceux-ci se produisent souvent au moment où on s’y attend le moins. Par exemple, nous ne pouvons pas forcer nos enfants ou notre conjoint à s’ouvrir émotionnellement sur demande. Nous ne pouvons pas attendre d’un membre de notre famille qu’il réponde à notre attente de production d’une interaction significative à un moment donné et dans un laps de temps déterminé par notre agenda.
Notre conjoint et nos enfants ont leurs propres besoins, désirs et défis qui ne s’inscrivent pas forcément dans notre planning chargé. Pensez un instant à quelques beaux souvenirs familiaux de votre enfance. Comment se sont-ils produits ? Ont-ils été planifiés ou étaient-ils spontanés ? Le fait est que ce n’est qu’en prenant des temps relativement longs qu’il est possible de vivre les moments que l’on pourrait qualifier de « moments de qualité ». Autrement dit, nous avons besoin de temps pour pouvoir vivre des moments de qualité avec les membres de notre famille.
En outre, en ce qui concerne les enfants, notre meilleure manifestation d’amour envers eux sera toujours l’attention exclusive qu’on leur accordera. La plainte la plus fréquente que j’entends chez les enfants de pasteur adultes est que, durant leur enfance, leur père était absent. « L’Église m’a volé mon père », disent certains d’entre eux, quand ce n’est pas Dieu lui-même qui est considéré comme le voleur. Maurice Ray le reconnaissait également :
« (…) le seul langage admissible pour des enfants, c’est que leur père leur appartient. Car, si cela n’est pas, à la limite de leur frustration, ils pourraient refuser la foi et la vie dans la foi parce que Dieu leur apparaîtrait tel un tyran, un voleur, qui s’est accaparé de leur papa au point qu’ils ne l’ont jamais pour eux((Maurice RAY, op. cit., p.68.). »
Car les enfants veulent tout simplement passer du temps avec leurs parents ; ils veulent faire des choses avec eux ou être près d’eux ; ils veulent sentir ou savoir que leurs parents sont physiquement proches d’eux. Ils mesurent leur propre importance et leur estime de soi en fonction du temps que leurs parents leur consacrent. Et plus les parents passent de temps avec leurs enfants, plus ils ont de possibilités de vivre des moments de qualité inoubliables qui les construisent.
Il en va de même pour les relations au sein du couple. Pourquoi décide-t-on de vivre ensemble lorsqu’on se marie ? Indépendamment de l’injonction biblique, pourquoi ne vit-on pas séparément pour ne se voir qu’une ou deux fois par semaine ou par mois ? Pourquoi est-ce si important pour le couple de se voir et de dialoguer tous les jours ?
La réponse est évidente : nous avons besoin de nombreuses interactions directes avec notre conjoint. Nous avons besoin de passer beaucoup de temps ensemble pour réussir notre relation. Notre conjoint et nos enfants ont besoin que nous leur accordions du temps ainsi que toute notre attention. Car la qualité exige la quantité en matière de temps !
C’est pourquoi, si ce n’est déjà fait (et mon expérience me fait dire que ce n’est pas souvent le cas), chaque pasteur devrait instaurer un jour de congé hebdomadaire inviolable où le portable est éteint et où les mails ne sont pas consultés ; un jour à consacrer exclusivement à son conjoint et à ses enfants. Sans compter qu’il serait bon de prévoir de se libérer totalement un week-end par trimestre pour aller se ressourcer en famille dans une autre Église ; de prendre effectivement ses semaines de vacances annuelles et de les faire coïncider avec celles des congés de son conjoint et de ses enfants ; enfin, de prévoir également chaque jour, en soirée, une plage horaire où le pasteur est à la maison, totalement disponible pour sa famille – portable en silencieux. Par exemple, pour le temps des devoirs, du dîner et de la vaisselle, entre telle et telle heure. En somme, il s’agit de tout mettre en œuvre pour multiplier les occasions de vivre des moments de qualité en famille.
b. Distinguer l’activisme du service
Dans le ministère, il arrive que nous confondions service et activisme. L’activisme dans lequel les pasteurs glissent quelquefois se distingue du service par le fait que l’on finit par se servir soi-même au lieu de servir Dieu. Sans s’en rendre compte, le pasteur se retrouve très occupé à « faire » des choses que Dieu ne lui a pas demandé de faire. S’arrêter un instant pour réfléchir permettrait peut-être au pasteur de réaliser que sa motivation pour faire toutes ces choses prend sa source dans ses ambitions égoïstes, son orgueil, son désir de réussir, d’atteindre une position, d’obtenir plus de pouvoir, d’ajouter un titre à sa carte de visite, d’apaiser sa culpabilité, etc.
Lorsqu’un pasteur se sent surchargé, la première chose à faire est donc de s’arrêter afin d’examiner ses réelles motivations… Car, dans la masse de travail qu’il accomplit, il y a certainement des choses que Dieu ne lui a pas demandé de faire et qui prennent le temps de ses engagements familiaux. Dans la société hyperactive dans laquelle nous vivons, il est primordial de demeurer vigilants face à l’activisme, car il finit par nous consumer.
c. Distinguer ce qui est urgent de ce qui est important
Au moment où j’écris ces lignes, je suis en congé avec mon épouse et nous vivons de beaux moments de qualité ensemble. Bien entendu, il ne vous a pas échappé que je suis en train de travailler pendant mes congés… Mais, rassurez-vous, il s’agit juste d’un accord négocié avec mon épouse où, dans le planning de la journée, nous faisons ce qui nous plaît pendant un temps déterminé de loisir individuel.
Mais, voilà que mon portable sonne. Je ne réponds pas, car je suis en congé. La personne insiste ; appelle plusieurs fois et laisse un message. Le message est alarmant. La personne me demande de la rappeler rapidement, car, selon ses dires, c’est urgent. La question qui me vient à l’esprit immédiatement est : « Est-ce vraiment urgent ? »
Bien entendu, dans l’ordre des priorités de cette personne au moment où elle appelle son pasteur, son besoin est en première position et elle ne peut attendre. Mais, qu’en est-il de la liste de priorité du pasteur pour sa famille, l’Église et lui-même ? Doit-il permettre aux membres de l’Église de lui imposer leurs priorités individuelles ?
Après un bref regard vers mon épouse qui me fait ses « yeux revolvers » et connaissant la personne qui appelle, ses préoccupations et le temps que je devrais passer au téléphone avec elle, je lui réponds par texto que je suis en vacances et que je l’appellerais à mon retour dans quelques jours. Confrontée à mes priorités – puisque la personne prend conscience que je partage des moments importants de repos avec mon épouse –, la personne me répond que ce n’est finalement pas si urgent et que cela peut attendre mon retour. Moralité : si un pasteur n’apprend pas à distinguer l’important de l’urgent, il risque de ne plus être maître de son emploi du temps et de s’épuiser à courir derrière des urgences qui n’en sont pas.
Mais, il y a aussi les urgences que nous nous imposons. Cela se produit, par exemple, lorsque nous avons eu une semaine très chargée et que, forcément, la prédication du dimanche n’est pas prête, et que nous nous retrouvons le samedi soir en train de lutter avec notre texte biblique. Et c’est là, juste à ce moment-là, que notre ado se pointe, l’air de rien, avec deux manettes de jeu entre les mains parce qu’il voudrait, même s’il n’en est pas conscient, vivre un moment de qualité avec nous. Le voilà donc qui nous fait savoir qu’il est disponible, alors que nous ne le sommes pas du tout !
Combien de pasteurs déclineront ce moment privilégié avec leur adolescent en manifestant peut-être même de l’agacement parce qu’ils sont stressés par leur prédication ? Pourtant, dans ce cas, c’est bien la prédication qui peut attendre… et non l’adolescent. C’est pourquoi, prenons l’habitude de soumettre les urgences qu’on tente de nous imposer ou que nous nous imposons nous-mêmes à la lumière de ce qui est vraiment important.
d. Distinguer Jésus de l’Église
En tant que disciples de Christ, nous nous sommes engagés à suivre Jésus-Christ, à le mettre à la première place de notre vie, à ne pas regarder en arrière, à lui consacrer notre vie, etc. Mais, nous oublions parfois que Jésus-Christ ne se confond pas avec son Église. Tout ce que les membres de l’Église veulent ne correspond pas forcément à ce que le Seigneur veut. J’ai appris très tôt dans mon ministère que, dans l’Église, l’adage vox populi, vox dei est complètement faux.
Lorsque le pasteur permet à l’Église de devenir son maître, non seulement il se détourne de son véritable Maître, qui est Christ, mais il devient l’esclave de l’Église. Et, il s’agit-là d’un style de leadership néfaste tant pour le pasteur que pour l’Église. Il est donc indispensable de nous assurer quotidiennement que nous servons bien Christ à travers l’Église et non l’Église à la place de Christ.
e. Apprendre à déléguer
Il paraît que les cimetières sont remplis de personnes qui se croyaient indispensables. Chez les pasteurs, certains tempéraments ont du mal à déléguer. Ils ont du mal à accepter que les choses soient faites différemment ou que le résultat soit de moindre qualité ou prenne tout simplement plus de temps que s’ils s’en étaient chargé eux-mêmes… Faisant finalement tout eux-mêmes, ces pasteurs se retrouvent régulièrement submergés par les tâches à accomplir et ne cessent de se plaindre.
C’est ce qu’on appelle « les pasteurs martyrs » ! Mais, en réalité, ils se martyrisent eux-mêmes puisqu’ils n’acceptent pas de déléguer quelques-unes de leurs tâches ou, s’ils arrivent à les déléguer, ils s’emploient à demeurer derrière le dos de la personne pour vérifier, corriger, conseiller, modifier constamment ce qu’elle fait. Un manque évident de confiance qui aboutit à plus de travail encore pour le pasteur – ce qui le conforte dans l’idée qu’il aurait été préférable qu’il le fasse lui-même – sans compter qu’il décourage toute personne de poursuivre un quelconque service dans l’Église.
f. Résister à la culpabilité
Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe une culpabilité positive qui naît d’une conviction de péché produite par le Saint-Esprit qui nous pousse vers Dieu dans la repentance, mais qu’il existe également une culpabilité négative qui ne provient pas d’une faute commise, mais, dans le cas du pasteur, d’une vision incorrecte de lui-même et de sa mission.
Je ne pense pas faire de grandes révélations en disant que beaucoup de pasteurs sont torturés par une culpabilité inconsciente qui provient d’un jugement trop sévère qu’ils portent sur eux-mêmes, leurs capacités, leur discipline, leurs efforts ou leurs résultats (« Je ne prie pas assez », « C’est de ma faute si mon Église ne grandit pas », « Je devrais peut-être me spécialiser », « Je n’en fais pas assez », etc.). Quelques fois, ce sont les chrétiens qui utilisent la culpabilité pour influencer leur pasteur et l’amener à agir comme ils le souhaitent. « Vous ne pouvez pas venir me voir immédiatement, monsieur le pasteur ? Ce n’est pas grave. Je vous ferais parvenir la liste des chants de mes obsèques par voie postale. »
Qui ne s’est jamais senti coupable de partir en vacances en famille au lieu de prendre soin de certains chrétiens de l’Église en souffrance ?
Qui ne s’est jamais autopuni en s’interdisant de profiter de son jour de congé hebdomadaire parce que l’Église vivait des difficultés ?
Résister à la culpabilité passe par une bonne connaissance de soi, de ses capacités, de ses dons et de son appel, mais aussi par la reconnaissance consciente de ses véritables engagements familiaux et ministériels.
g. Évaluer ses relations familiales régulièrement((MARTIN, op. cit., p. 434-436.))
Il est important, pour le pasteur, de prendre régulièrement le temps d’échanger avec son conjoint, mais aussi de lui permettre de l’évaluer honnêtement. Remarquez qu’il faut une bonne dose d’humilité pour demander à son conjoint : « Si tu pouvais changer quelque chose en moi, ce serait quoi ? » Bien entendu, il sera indispensable par la suite d’évaluer ses suggestions à la lumière de l’Écriture pour, si besoin, effectuer les changements souhaités avec l’aide du Saint-Esprit. Le même échange devrait avoir lieu avec les enfants, en adaptant les questions à leur âge. Leurs suggestions pourraient, par exemple, permettre au pasteur de prendre conscience de son insensibilité aux besoins de ses enfants et de la nécessité de revoir ses priorités.
h. Rendre au Seigneur ce qui est au Seigneur
Il ne faut jamais perdre de vue que celle que le pasteur appelle affectueusement « son Église » n’est pas « son » Église, puisque c’est l’Église de Jésus-Christ. C’est le Seigneur qui en est le berger, tandis que le pasteur n’est que son représentant.
i. Être transparent
La transparence sur ces sujets est de mise, que ce soit devant le conseil d’Église ou l’assemblée. La tâche d’éducation de l’Église à laquelle le pasteur s’est engagé s’étend également à tout ce qui concerne le ministère pastoral.
j. Développer une relation de mentorat
Qu’il est précieux pour un pasteur d’avoir une personne de confiance à qui parler ; une personne qui s’engage à prendre soin, soutenir, encourager et fournir un espace sans jugement dans lequel il peut poser des questions difficiles ; une personne qui l’accompagne et l’aide à trouver un équilibre dans les diverses sphères de sa vie comme : sa relation avec Dieu, sa famille, son caractère, la réalisation de ses projets, ses relations avec les autres, ses finances, son travail, sa santé émotionnelle et physique, sa productivité, etc. !
Pour conclure, et cela va sans dire, la prière fervente et fidèle du pasteur en faveur de chaque membre de sa famille est essentielle. Mais, ce qui l’est également, c’est qu’il rafraîchisse régulièrement ses convictions au sujet du rôle premier et indispensable de modèle qu’il doit tenir devant les membres de sa famille. C’est ainsi que 1 Timothée 3 et Tite 1 devrait l’accompagner jusqu’à ce qu’une conviction profonde lui permette de dire chaque jour devant le miroir : « Je veux être le père/la mère, l’époux/l’épouse que Dieu veut que je sois et dont mes enfants et mon conjoint ont besoin, faute de quoi je ne pourrai pas remplir correctement le ministère pastoral auquel Dieu m’a appelé ».