Comment le cerveau mémorise
Comment le cerveau enregistre et stocke l’information
Mémoriser réorganise le système de connexions entre les neurones, les synapses. C’est ce qu’on appelle la plasticité synaptique. Les réseaux de synapses créés forment ainsi nos souvenirs.
Nos réseaux synaptiques sont en constante réorganisation et peuvent facilement perdre les informations dans la masse de données à enregistrer. Pour garder une trace de notre souvenir, il faut le consolider et réactiver plusieurs fois notre réseau synaptique. La répétition est donc le moteur de la mémorisation.
Pour garder un souvenir sur du long terme, c’est la molécule phosphokinase zêta qui intervient. Elle favorise les mécanismes impliqués dans le stockage des souvenirs.
En vieillissant, la plasticité synaptique diminue et peut avoir des effets sur la mémoire, même lorsqu’il n’y a pas de lésions cérébrales : une personne âgée sans démence peut avoir tendance à oublier des noms, des mots peu courants, etc.
Des cerveaux mieux équipés que d’autres ?
Les capacités de mémorisation sont différentes selonles gens à cause de deux facteurs :
• la réserve cérébrale : un volume cérébral élevé et un nombre élevé de neurones ou de synapses sont associés à une survenue plus tardive de la démence* et lorsqu’il y a lésion cérébrale, les symptômes sont moins sévères. Cette réserve cérébrale est influencée par la génétique et probablement par l’environnement.
• la réserve cognitive : plus on stimule son cerveau, plus on a une bonne plasticité synaptique et de meilleures capacités de mémorisation. Ainsi, l’apparition de démences serait plus tardive chez des personnes avec des interactions riches et un niveau d’éducation élevé. Si des paramètres génétiques sont probablement impliqués dans la constitution d’une réserve cognitive, on peut favoriser son amélioration par notre hygiène de vie intellectuelle et sociale. Voilà une bonne nouvelle !
Emeline Kreiss, Neuropsychologue
* déclin des aptitudes mentales assez grave pour interférer avec la vie quotidienne.
Comment préserver sa réserve cognitive
• apprendre encore et encore ;
• être stimulé intellectuellement tout au long de la vie ;
• avoir des interactions sociales de qualité ;
• veiller à la qualité de son sommeil et de son alimentation.
Les lieux de la mémoire
Deux zones cérébrales constituent des localisations clefs. Très connectées entre elles, elles participent au stockage et à la récupération des informations en mémoire :
• les hippocampes : situées au centre de notre cerveau, ces deux petites trompes sont bien cachées, l’une à gauche et l’autre à droite ;
• les lobes frontaux : ces grandes zones du cerveau se situent à l’avant, derrière notre front, l’une à gauche et l’autre à droite.
Quelques conseils pour mieux mémoriser
• voir et entendre plusieurs fois l’information ;
• multiplier les canaux d’enregistrement (écrire des fiches, expliquer à haute voix, colorier, regarder ses notes, écouter le cours, faire des schémas…) ;
• répéter pour consolider le stockage de l’information ;
• s’exposer à l’information avant de dormir.
La mémoire est plurielle
En 1972, le neuropsychologue Endel Tulving met en avant l’existence de différents types de mémoire dépendant de régions distinctes dans le cerveau.
La mémoire sensorielle capte les informations issues de nos sens (vue, ouïe, odorat…) pour un temps très bref, une seconde tout au plus : le temps de les percevoir pour éventuellement les transférer vers la mémoire courte si elles semblent utiles.
La mémoire à court terme (ou mémoire de travail) fonctionne un peu comme la mémoire vive d’un ordinateur : les données sont stockées pendant le temps nécessaire à l’exécution d’un programme avant de disparaître. Elle est limitée en capacité (7 éléments en moyenne peuvent coexister) et en durée (environ 15 à 30 secondes). Elle sert pour les tâches du quotidien, comme retenir un numéro de téléphone.
La mémoire à long terme stocke des informations pendant une période prolongée qui va de plusieurs heures à toute une vie. Sa capacité est quasi illimitée. On distingue :
• La mémoire sémantique (savoirs) : c’est l’ensemble des savoirs de la personne : les idées, les connaissances, les jugements explicites ou implicites. C’est par exemple, savoir que Paris est la capitale de la France.
• La mémoire épisodique (souvenirs) : ce sont les souvenirs de faits et d’événements vécus personnellement. Cette mémoire est propre à l’homme et lui permet de voyager dans le temps.
• La mémoire procédurale ou corporelle est celle des automatismes. Cette mémoire permet de se rappeler une séquence de gestes sans y réfléchir, tels que marcher, nager, faire du vélo, jouer d’un instrument de musique…
• La mémoire émotionnelle : Ce sont toutes les émotions qui entourent les souvenirs. Les souvenirs chargés d’une forte émotion sont les mieux stockés.
A-M Delaugère