Pouvoir et autorité : conseil d’Église et contexte français
Pouvoir et autorité
Je trouve la distinction entre « pouvoir » et « autorité » d’une grande utilité dans cette réflexion. Quelle est la différence fondamentale entre ces deux termes ? Mon vieux dictionnaire Hachette précise :
- le pouvoir est le droit, la faculté d’agir pour un autre en vertu du mandat que l’on a reçu.
- l’autorité est l’influence ou l’ascendant que l’on exerce (« il a une grande autorité sur ses élèves »).
Autrement dit, le pouvoir émane des structures d’une organisation, l’autorité découle de la personne. On retrouve cette même distinction sur des sites internet que j’ai consultés :
L’autorité est une valeur reconnue à une personne ou à une entité alors que le pouvoir est l’effet d’un droit ou de la légitimité exercé sur autrui avec plus ou moins d’autorité((www.ladifference-entre.com (consulté le 6 juin 2014).)).
L’autorité peut être considérée comme une supériorité grâce à laquelle un individu se fait obéir en inspirant croyance, crainte ou respect et en s’imposant à autrui son jugement, sa volonté ou son sentiment.
Le pouvoir se manifeste :
- soit comme une propriété inhérente aux choses entendue en termes de capacités ;
- soit comme un attribut conféré par un groupe social ;
- soit enfin comme une capacité conquise ou investie, par exemple, par la violence((www.cadredesante.com (consulté le 6 juin 2014).)).
Cette distinction n’est pas dénuée d’ambiguïté linguistique : on parle des autorités et des pouvoirs publics par exemple ; dans les deux cas il s’agit du gouvernement ou de l’administration publique chargée de faire respecter la loi. En revanche, cette distinction est extrêmement utile pour notre sujet. La gouvernance d’une Église locale peut aussi connaître des dérives selon la dernière définition du pouvoir : « une capacité conquise par la violence »… et la violence peut être subtile, voire « spirituelle ».
Pouvoir et autorité au sein d’une Église locale
En une phrase, le conseil de l’Église et la réunion des membres représentent le pouvoir, et l’équipe pastorale représente l’autorité. Mais avant d’aller plus loin, il convient d’apporter des clarifications sur les deux « instances » en question.
1. Le conseil d’Église
Le conseil d’Église est élu par les membres de l’association. Il me semble judicieux de faire correspondre la liste des membres de l’Église et les membres de l’association cultuelle. Maintenir deux listes différentes créerait des complications inutiles, à mon avis. Les membres de l’association sont donc tous ceux qui ont indiqué leur désir d’adhérer à l’Église et à sa confession de foi.
Pour concrétiser cette liste unique de membres, il faut veiller à la rédaction des documents officiels régissant la vie de l’association.
Par exemple, on pourra préciser au niveau des statuts, dans les différents alinéas :
Pour faire partie de l’association, il faut accepter sans réserve les présents statuts ainsi que le règlement intérieur de l’association et la confession de foi.
L’admission d’un nouveau membre s’effectue par vote de l’assemblée générale sur proposition du conseil d’administration.
Le conseil d’administration peut radier tout membre qui cesserait de se conformer aux présents statuts et au règlement intérieur ou dont la foi ou la vie serait en désaccord avec la confession de foi.
Et dans le règlement intérieur, on pourra ajouter des précisions supplémentaires :
Un chrétien né de nouveau par la repentance et la foi en Jésus-Christ et désirant devenir membre de l’association de l’Église Protestante Évangélique de… se mettra en relation avec le conseil. Le candidat fera une demande écrite en précisant son accord avec les statuts, le règlement intérieur et la confession de foi. L’équipe pastorale examinera le bien-fondé de la candidature sur le plan spirituel. Le conseil soumettra la candidature au vote de l’assemblée générale à la séance suivante.
Tout chrétien en communion avec l’Église Protestante Évangélique de… peut participer à ses activités sans être membre de l’association. Il ne peut cependant avoir de voix de délibération au niveau de l’association ni un ministère d’ordre important ou régulier au sein de l’Église.
La désignation de l’équipe pastorale : les membres de l’équipe en place, après avoir consulté l’Église, proposent de nouveaux membres avec le plein accord des intéressés. Après un temps de réflexion et de prière, l’Église est invitée à reconnaître l’appel de chacun et à s’exprimer par un large consensus avant que le frère proposé soit confirmé comme ancien. Cette responsabilité n’implique pas nécessairement l’abandon de la vie professionnelle.
Au regard de tous ces textes, quelqu’un pourrait se poser la question : mais pourquoi créer une association puisqu’il n’en est pas question dans le Nouveau Testament ? La réponse la plus pertinente serait que le respect de la loi (tant que cela ne constitue pas une désobéissance à Dieu) est conforme au principe énoncé par l’apôtre Paul : « Que chacun soit soumis aux autorités établies » (Rm 13.1 NBS).
Dans notre pays, un groupe de personnes qui voudrait obtenir la capacité juridique doit se constituer en association culturelle (loi de 1901) afin de pouvoir, entre autres :
- ester en justice
- recevoir et administrer les cotisations de ses membres
- ouvrir un compte bancaire
- acquérir un local destiné aux réunions de ses membres.
En ce qui concerne une Église, elle a tout intérêt à se constituer en association cultuelle (loi de 1905) car il s’agit d’un régime avantageux qui lui permet de recevoir des libéralités et des legs, d’émettre des reçus fiscaux et de bénéficier de certaines exonérations (telles que la taxe foncière sur ses locaux cultuels).
Cependant l’arrêté du ministère de l’intérieur du 1er août 2007, restreint ces avantages aux « associations cultuelles qui ont exclusivement pour objet l’exercice d’un culte et se soumettent aux dispositions du titre IV de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ». En clair, les activités de l’Église qui ne concernent pas l’exercice d’un culte n’entrent pas dans les compétences d’une association 1905 et il convient de créer une deuxième association (de type 1901) pour gérer légalement ces actions – scoutisme, action sociale, concerts, expositions… Cependant les comptes de cette association ne peuvent être alimentés par l’association cultuelle, car cela constituerait un contournement de l’avantage fiscal par rapport aux dons reçus pour l’association de l’Église.
Dans cette configuration, il faut qu’une Église réfléchisse bien sur les relations entre ses deux associations. On peut préciser, par exemple, que seuls les membres de l’association de l’Église peuvent être membres de l’association 1901. Les mêmes personnes peuvent faire partie du conseil des deux associations, surtout dans le cas d’une petite Église. On peut aussi prévoir une réunion régulière entre les membres du conseil d’Église et ceux de l’association 1901 en vue d’une plus grande harmonie entre les deux. Et on peut aller jusqu’à traiter les affaires des deux associations au cours d’une même réunion pour qu’il y ait une totale cohérence dans ces mêmes actions, à condition de rédiger deux PV séparés (un par association).
2. L’équipe pastorale
Les Églises ont souvent des noms différents pour l’autorité spirituelle. Plusieurs termes sont utilisés dans le Nouveau Testament pour désigner les responsables d’une Église, et ils sont traduits de façon différente selon la version de la Bible utilisée :
- Ancien (presbuteros = un homme âgé)
Ce mot a été emprunté par les premiers chrétiens à l’usage courant du peuple d’Israël pour désigner les responsables de la synagogue. Il met en avant l’expérience et la sagesse du responsable. - Évêque (episkopos)
Ce terme a été emprunté au grec. Il signifie « surveillant » au sens propre du mot : quelqu’un qui veille sur un groupe de personnes (organisation, communauté …). - Pasteur (= berger)
Il s’occupe des brebis du troupeau, il les conduit, les nourrit, les protège des dangers, les soigne quand elles sont malades ou blessées. - Conducteur
Il est celui qui conduit, qui guide en précédant, en montrant le chemin.
Nous trouvons les quatre éléments dans 1 P 5.1-4 (version NBS) :
– verset 1 « moi qui suis un ancien comme eux »
– verset 2 « faites paître le troupeau de Dieu »
– verset 2 « veillez sur lui »
– verset 3 « en étant des modèles pour le troupeau ».
Dans les traductions plus récentes de la Bible, ces quatre termes sont souvent traduits par des mots génériques tels que responsable ou dirigeant.
Dans l’usage du Nouveau Testament, ces termes sont interchangeables, car nous les trouvons parfois dans les mêmes textes ou dans des textes parallèles (par exemple, Ac 20.17,28 ; 1 Tm 3.1 et Tt 1.5,7). On remarque aussi que ces termes sont pratiquement toujours utilisés au pluriel au sein d’une Église. C’est la raison pour laquelle nous parlons de « collégialité », c’est-à-dire du groupe de responsables (Ph 1.1 ; 1 Tm 4.14 ; Jc 5.14 ; Hé 13.17, etc.). Dans ce contexte, une expression adaptée à notre époque serait « équipe pastorale », mais cette équipe doit se comprendre dans un sens plus large que le(s) seul(s) ministre(s) du culte à plein temps de l’Église, car elle englobe également des bénévoles reconnus par l’Église en vue de ce rôle pastoral.
Le rôle du conseil : pouvoir
Le conseil élu par les membres de l’Église représente le cadre structurel de l’Église. Il assure la cohésion, l’ordre et le bon développement de l’Église. Selon les lois sur les associations (1901 et 1905), c’est l’ensemble des membres d’une association réuni en Assemblée Générale qui est l’instance souveraine. Elle élit un conseil d’administration qui gère les affaires de l’association. On confie donc au conseil le pouvoir. Cela dit, puisque le pouvoir est potentiellement dangereux, il doit être contrôlé. Dans ce but, les pays démocratiques ont mis en place la séparation des pouvoirs (législatif, judiciaire, exécutif). L’Église se doit d’être transparente dans ce domaine. Il faut que tout soit fait « avec bienséance et avec ordre », notamment en respectant les délais de convocation des Assemblées Générales, le non cumul des procurations, le quorum, bref, en respectant les statuts et le règlement intérieur de l’association cultuelle. S’agissant des finances, le trésorier a des comptes à rendre, puisque c’est lui qui a la signature sur le compte bancaire de l’association. On peut demander à une personne compétente qui n’est pas membre de l’association d’assumer le rôle de vérificateur des comptes.
Les rôles du conseil sont au nombre de trois :
1. Servir de « conseil d’administration » de l’Église
Le premier rôle est de veiller à ce que l’association ne dévie pas de ses objectifs déclarés. Le conseil accomplira donc toutes les obligations inscrites dans les statuts et le règlement intérieur par la gestion pratique de l’association. Ceci inclut l’administration des biens de l’Église (le bâtiment et les finances), la préparation des réunions des membres (les assemblées générales), et l’élaboration du budget à soumettre aux membres.
2. Coordonner les activités de l’Église
Puisqu’il est fort probable que plusieurs membres du conseil soient également responsables d’activités, le conseil est l’instance idéale de coordination de toutes les activités de l’Église. Il n’est pas exclu dans cette optique que le conseil soit le lieu de réflexion sur la stratégie globale de l’Église, sous l’impulsion de l’équipe pastorale.
Par ailleurs, on peut aussi prévoir des réunions de conseil élargies pour permettre à tous les responsables d’activité d’y assister périodiquement, par exemple en vue de la rentrée ou pour faire un bilan global du programme de l’Église.
3. Assurer une certaine représentativité de l’Église
Dans la mesure du possible, il faut veiller à ce que le conseil soit le plus représentatif possible de l’ensemble des membres de la communauté. Il est possible de préciser dans le règlement intérieur de l’association que le conseil pourra proposer des candidats à son élection, et ceci va contribuer à cet équilibre : hommes/femmes, jeunes/moins jeunes, français de souche/frères et sœurs issus de l’immigration, par exemple. Cette représentativité apporte à la fois une richesse dans la réflexion et une contribution importante en ce qui concerne le bon déroulement des activités puisque l’on tient compte ainsi des attentes de chaque composante de l’Église.
Le rôle de l’équipe pastorale : l’autorité
L’équipe pastorale assure la direction spirituelle de l’Église locale par la prière, par l’enseignement, par les conseils, et par une vision globale sur le développement de l’Église. L’autorité de ces responsables spirituels est reconnue par les membres de l’Église lorsqu’ils considèrent la vie et le témoignage de ceux qu’ils ont choisis comme équipe pastorale. Sur le plan pratique, il est utile que cette reconnaissance soit renouvelée, par exemple, tous les quatre ans parce que, dans un monde en évolution (notamment les mutations professionnelles), il peut s’avérer qu’un bon nombre des membres n’était pas encore présent dans l’Église au moment de la reconnaissance de l’équipe pastorale.
Les deux aspects les plus importants du rôle de cette équipe sont les suivants :
Le domaine de l’enseignement de la Parole de Dieu
C’est bien à l’équipe pastorale de veiller sur les besoins de l’Église en matière d’enseignement et de formation, pour perfectionner les chrétiens en vue de « l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ » (Ep 4.12). Autrement dit, le rôle de l’équipe pastorale n’est pas de tout faire dans l’Église mais de former les chrétiens à servir selon leurs dons et leurs capacités, ancrés dans la Parole de Dieu. C’est en quelque sorte la même réaction que les apôtres ont eue devant le problème qui a surgi par rapport à la distribution de nourriture ou d’aide financière aux veuves hellénistes (Ac 6). Ayant nommé des frères pour servir aux tables, ils affirment leur volonté de s’appliquer à la prière et au ministère de la Parole.
Le domaine du suivi pastoral (suivi des personnes)
Il s’agit de ce que l’on appelait auparavant la « cure d’âme », mais aujourd’hui il y a presque toujours un élément de relation d’aide dans cet accompagnement. Cela dit, l’équipe pastorale ne doit pas se laisser noyer dans les problèmes de telle ou telle personne ; elle aura la sagesse de faire appel, là où c’est possible, à des personnes formées dans les domaines de la psychologie ou de l’insertion sociale. Le suivi pastoral implique surtout la relation avec Dieu, la marche du chrétien stimulé par l’enseignement et par l’exemple.
Deux conséquences importantes
Il faut tenir compte des deux conséquences qui découlent de cette répartition des rôles, deux corollaires de cette conception de la « gouvernance » d’une Église locale.
1. Il est fortement déconseillé de parler de personnes au cours des réunions du conseil d’Église.
Le rôle du conseil consiste à prendre des décisions sur les activités et la gestion de l’Église, mais il faut s’interdire de discuter sur la vie des membres de l’association et des personnes qui fréquentent les réunions de l’Église. La raison en est simple : c’est parce qu’il y a une déontologie pastorale, régie par le secret professionnel, qui s’applique à toute l’équipe pastorale, même si l’on n’est pas pasteur salarié, car le Code pénal assimile au rôle de pasteur chaque membre de l’équipe pastorale. Chacun est donc soumis au secret professionnel au même titre que celui qui porte le nom de pasteur((Pour approfondir le sujet, consulter le document rédigé sur ce sujet par la Commission juridique du CNEF.)). Or notre société actuelle est tellement sensible aux risques et privilège, tellement attachée au principe de précaution, qu’il faut veiller à ne pas aborder des questions concernant des personnes en-dehors des membres de l’équipe pastorale. En revanche, il semble que ceux-ci peuvent parler entre eux, sachant que chacun est tenu au secret professionnel((Voir l’article de Gordon Margery « La confidentialité : vie dans l’Église et secret professionnel » paru dans Les Cahiers de l’École Pastorale No83, 1er trimestre 2012. Il s’agit du principe du secret partagé qui affirme « qu’il convient de ne transmettre que les éléments nécessaires et de s’assurer que l’usager concerné est d’accord pour cette transmission ou tout au moins qu’il en a été informé ». (Circulaire santé-justice du 21 juin 1996).)). Mais il s’agit bien d’un domaine réservé à ceux qui se sont vu confier le rôle pastoral de par l’autorité spirituelle qu’on leur reconnaît.
2. Afin d’assurer l’harmonie au niveau de la direction de l’Église, il est recommandé que les membres de l’équipe pastorale soient d’office présents aux réunions du conseil de l’Église.
Cependant les statuts de l’association de l’Église doivent être conçus de telle façon que l’on évite de donner l’impression qu’il y a des « passe-droits ». Les statuts de l’Église peuvent préciser la manière dont la désignation des membres du conseil est prévue. Par exemple :
L’association est administrée par un conseil qui se compose d’au moins x membres, dont l’équipe pastorale qui est plus particulièrement chargée de la direction spirituelle de l’Église.
Les membres du conseil qui ne font pas partie de l’équipe pastorale sont élus par les deux tiers au moins des voix des membres présents ou représentés par écrit. Les membres de l’équipe pastorale sont désignés par les membres de l’Église selon le procédé détaillé dans le règlement intérieur, et sont confirmés dans leur fonction par l’Assemblée Générale aux deux tiers des voix des membres présents ou représentés par écrit.
En tout cas, la présence de l’équipe pastorale au conseil évite le tiraillement que l’on constate parfois entre deux instances décisionnelles différentes.
Et les diacres dans tout cela ?
Il y a un double problème autour du terme « diacre ». D’abord le fait que le Nouveau Testament, tout en exposant les qualités exigées pour le diacre (1 Tm 3.8-13), n’explique nulle part quelle est sa charge exacte. D’ailleurs, l’utilisation très diverse de ce terme dans les Églises évangéliques traduit ce flou dans la compréhension du rôle du diacre.
Ensuite, le mot « diakonos » signifie serviteur. Mais tous les chrétiens sont appelés à être des serviteurs ! Néanmoins le terme « diakonos » a pris assez tôt un sens particulier pour désigner un groupe de personnes à côté des « évêques » (voir Ph 1.1 : « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes, aux évêques et aux diacres »).
Personnellement, je suis tout à fait convaincu par la démonstration d’Alfred Kuen, dans son livre Ministères dans l’Église((Alfred Kuen, Ministères dans l’Église, Éditions Emmaüs, St-Légier, 2008.)) : « La différence entre les fonctions de l’ancien et celles du diacre tient essentiellement à l’étendue des responsabilités confiées. Le mot « episkopos » implique la supervision de l’ensemble de l’Église ». Dans cette optique, un diacre serait donc quelqu’un à qui l’Église a officiellement confié une responsabilité : trésorier, responsable du travail parmi les enfants, responsable de l’entretien du bâtiment, responsable du groupe de jeunes, responsable de la musique…
C’est pour cela que certains diacres vont être élus au conseil de l’Église, mais, comme déjà mentionné, il est tout à fait possible de prévoir une réunion élargie du conseil, deux fois par an, par exemple, où l’on invite tous les diacres (responsables d’activité) pour constituer l’essentiel du planning des activités de l’Église.
Relations pouvoir et autorité
Comment vivre concrètement la relation entre le pouvoir et l’autorité ? Il me semble qu’il faut envisager deux schémas étagés pour comprendre cette articulation.
1. Le pouvoir
Réunion de membres
Conseil d’Église
Équipe pastorale
Dans le domaine du pouvoir, l’équipe pastorale est en quelque sorte en bas de l’échelle !
En effet, s’agissant du pouvoir, l’instance suprême sur le plan juridique est l’ensemble des membres réunis en Assemblée Générale. Au cours de l’AG, ceux-ci élisent un conseil pour veiller au bon fonctionnement de l’association entre deux Assemblées Générales. Le conseil est donc soumis à l’ensemble des membres parce que les membres du conseil ont des comptes à leur rendre… et les responsables spirituels sont soumis au conseil en ce qui concerne le pouvoir.
Mais cela est tout à fait positif pour l’équipe pastorale puisqu’elle est protégée par ce biais. Ce n’est pas elle qui décide de l’utilisation des finances de l’Église. Ce n’est pas elle qui décide de l’achat d’une salle de culte. Elle doit respecter la décision de l’ensemble des membres en ce qui concerne le budget. Elle ne peut pas décider unilatéralement de dépenser autrement les offrandes recueillies dans l’Église. Par conséquent personne ne peut accuser le pasteur, par exemple, d’être le « gourou de la secte » et d’en profiter matériellement car, dans ce schéma, il n’a aucun pouvoir en ce qui concerne les comptes de l’Église.
Mais cette protection s’étend à d’autres domaines, tel que la discipline dans l’Église. Dans le texte bien connu de Mt 18.17, la dernière étape consiste à impliquer toute la communauté : « dis-le à l’Église ». C’est donc l’Église tout entière qui se prononce. Évidemment, il n’y avait pas d’association cultuelle au temps de Jésus ! Mais il n’en demeure pas moins vrai que, par une décision collective, les individus sont protégés, surtout si on suit la procédure indiquée dans les statuts et le règlement intérieur de l’association. En d’autres termes, l’équipe pastorale n’aura pas agi en son nom propre, selon ses propres intérêts, mais en toute transparence au regard de la loi.
2. L’autorité
Équipe pastorale
Conseil d’Église
Les membres de l’Église
Quand on regarde le schéma de l’autorité, on s’aperçoit que l’ordre est inversé. En effet, l’équipe pastorale a de l’autorité en ce qui concerne l’enseignement et le suivi pastoral : ils sont « pasteurs et docteurs » selon Ep 4. Ce n’est ni l’assemblée générale ni le conseil qui décident des besoins d’enseignement de la communauté ou du travail pastoral au sens strict du terme (le rôle du berger envers le troupeau).
On pourrait conclure en affirmant que le concept de ces deux schémas est une façon de bien vivre ce beau verset d’Ep 5.21 : « Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ ».