Une Église missionnaire


Introduction : C’est quoi une Église ?

On apprend dans les facultés de théologie que la question n’est pas entièrement nouvelle ! Les Pères de l’Église ont voulu donner un contenu à cette réalité difficile à décrire et ont proposé une définition que nous retrouvons dans nos confessions de foi…

L’Église est donc UNE, SAINTE, APOSTOLIQUE et UNIVERSELLE. Ces mots sont devenus soit difficiles à comprendre, soit difficiles à défendre.

  • L’unité, les protestants y ont clairement renoncé… 
  • La sainteté s’est concentrée sur celle de la Parole de Dieu… Qu’est-ce que les chrétiens manifestent comme spécificité ?
  • L’apostolicité de l’Église s’est réduite à sa dimension théologique… Et pourtant nous manquons de vision apostolique.
  • Son universalité… connaît le même problème que l’unité : l’Église a accepté de se satisfaire du domaine privé.

Alors que nos amis catholiques cherchent désespérément à faire coller leur réalité à leur conception de l’Église – qui reste fidèle aux Pères de l’Église – celle des évangéliques s’est trop souvent réduite à maintenir le statut de la Parole de Dieu et la fidélité à notre théologie. Les conséquences sont là : une pensée raffinée sur le plan théologique cohabite avec une réalité abandonnée, l’absence de l’Église dans la réalité de la cité et le manque évident d’un projet concret de rayonnement dans cette dernière.

Le mot efficacité ne fait plus partie de notre vocabulaire. On lui préfère la notion floue de fidélité. Je dis floue parce que la fidélité se situe pour Jésus dans la mise en pratique. Bâtir sa maison sur le sable, c’est connaître la Parole… et ne pas la mettre en pratique !

D’un côté des Églises continuent de maintenir des modèles décalés sur le plan culturel. De l’autre, des Églises cherchent à rejoindre leurs contemporains à n’importe quel prix… même celui du conformisme.

Je me situe ailleurs… dans un désir de retrouver une vraie théologie de l’Église… Karl Barth m’a beaucoup encouragé, non seulement comme théologien qui connaît bien la réalité du ministère pastoral, mais aussi dans sa position prophétique qui refusait de réduire la théologie à l’orthodoxie ou au libéralisme. Il voulait fonder l’Église dans une théologie pratique fondée sur le Christ vivant… Position que beaucoup rejoignent désormais sans citer leurs sources. Nous avons, en quelque sorte à trouver aujourd’hui, une position autre que la crispation ou le conformisme culturel. Jacques Ellul, notamment, a osé penser à l’éclairage de cette théologie, la culture moderne.

Une autre de mes influences théologiques importantes : le missionnaire anglican Leslie Newbigin – lui-même barthien – qui a réfléchi au décalage culturel entre l’Angleterre, 30 ans après son départ de mission, et l’Église anglicane. Il a posé non seulement une analyse de la situation, mais aussi des pistes de réflexion pour sortir de l’ornière, qui me restent extrêmement précieuses.

L’Église n’est pas une réalité démontrable, manifeste… Elle comprend sa part de mystère et de décalage que nous ne devons pas réduire à tout prix. Nous ne voulons pas éviter le mystère de l’Église, mais nous voulons – comme les Pères de l’Église – le clarifier !

Si l’Église est un mystère, c’est parce qu’elle repose sur une histoire différente de la nôtre : elle trouve son origine non dans notre histoire humaine, mais dans l’histoire du salut qui n’est rien de moins que le projet de Dieu pour le monde pleinement manifesté en Jésus-Christ et désormais par l’Église, soumise à son autorité (Jean 17).

Malheureusement, nous avons pris l’habitude de remplacer le décalage créatif de l’Évangile par le décalage crispé d’une culture dépassée.

Le décalage créatif de l’Église…

Non seulement l’Église naît d’un projet qui n’est pas celui des hommes, mais elle parle et elle conduit vers un Royaume, une réalité qui n’est pas la nôtre. Elle ressemble à celui qui la fonde – le Christ – elle vient d’ailleurs et elle va ailleurs que dans notre réalité, ET pourtant elle est incarnée dans ce temps et cet espace qui est le nôtre !

Elle ressemble à une maquette du Royaume de Dieu : elle représente, elle manifeste une réalité qui n’est pas encore là… prise entre le déjà du projet et le pas encore de la réalisation du Royaume de Dieu : ce mystère-là ne doit pas être réduit à la réalité présente, mais au contraire l’inspirer… voire l’utiliser ! Comme l’ont fait les premiers apôtres et avant eux les prophètes.

En attendant, que pouvons-nous montrer, témoigner au monde ? Quelle est notre mission ? Nous pouvons proposer au monde une culture alternative et simple en correspondance à la nature profonde de l’humanité créée par Dieu.

Nous pouvons écrire ensemble des projets, … nous réunir dans une Église, mais l’Église sera toujours au-delà de ce que nous allons (dé)montrer : nous ne cherchons pas à impressionner le monde par la réalité de l’Église, mais à placer nos contemporains devant un mystère qui nous ouvre au Royaume de Dieu : c’est-à-dire à la présence du Christ !

À la confession de Pierre qui ouvre les portes à la manifestation de Jésus « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! », Jésus répond : « tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas : car la chair et le sang ne te l’ont pas révélé, mais mon Père qui est aux cieux. Et je te dis aussi que tu es Pierre, et sur cette pierre j’édifierai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16.16-19).

A. Une Église est missionnaire

Une Église ne se contente pas de son organisation rationnelle : des locaux, un pasteur, un culte, des activités… Elle cherche à incarner un mystère. Elle est essentiellement spirituelle et missionnaire.

1. Elle présente une Église à visage humain (universelle)
2. Elle EST le projet que Jésus a laissé à ses disciples (unique)
3. Elle cherche à être simple et claire : ne pas ajouter notre flou au mystère (qui se doit de rester saint). Son rôle est apostolique.

1. Une Église à visage humain

Avant de nous poser la question de l’Église… nous allons nous poser la question de l’humain. Notons en premier lieu la proximité entre l’humain et l’Église !

  • L’humain est un projet de Dieu : il a été créé à son image…
  • L’humain est appelé à une réalisation qui dépasse sa propre histoire : la vie éternelle//Royaume de Dieu
  • L’humain est un être relationnel : appelé à un dialogue avec Dieu et avec son prochain (création de la femme)
    – Il est appelé à une responsabilité : la gestion de la terre
    – Il est appelé à vivre en synergie avec Dieu et son entourage
    – Il lui est demandé de ne pas prétendre à la toute-puissance… accepter sa relativité, sa dépendance à son créateur.
  •  L’humain a désobéi au projet de Dieu et a tendance à l’isolement et à se réfugier dans son monde à lui : une réalité qu’il confond avec son imaginaire (je ne crois que ce que je vois)
    – Il s’isole
    – Il a du mal à créer une communauté : il oscille entre indépendance et fusion idolâtre… Il est en échec.
  •  Jésus nous montre un autre chemin à la fois étroit et essentiel : celui de la simplicité. Être un homme selon Dieu, c’est tout simplement vivre sa vocation, son potentiel dans la responsabilité et la foi. Cela passe par sa mort et sa résurrection…
  •  La repentance et la louange sont deux mouvements liturgiques qui répondent au projet de Dieu pour l’humain : l’Évangile
    – relatif à Dieu et autres
    – reconnaissant de vivre en communauté (frères et sœurs) devant Dieu, notre Père.

2. Une Église qui suit le modèle du Christ…

Je vous propose maintenant que nous nous posions — comme pour la première fois — quelques questions simples…

  • Jésus attend quoi de son Église ?
  • Les croyants attendent quoi de l’Église ?
  • Les incroyants attendent quoi de l’Église ?

L’Église suscite des attentes parce qu’elle ouvre une porte sur une autre réalité que la nôtre… Elle est le signe d’une espérance qui existe dans la conscience humaine mais qui reste frustrée sans la présence du Christ Vivant.
Le Christ – pendant qu’il était parmi nous –, mais aussi le croyant comme l’incroyant vivent donc à la fois cette espérance et cette frustration…

  • Le Christ se demande pourquoi ces disciples ne comprennent pas qu’ils sont simplement des enfants de Dieu… aimés et envoyés par lui
  • Les chrétiens se demandent pourquoi leur communauté n’est pas plus proche du Christ et plus proche des gens…
  • Les incroyants ont — de manière imprévue — des attentes vis-à-vis de l’Église (l’écho sur l’élection du Pape en est juste un exemple)

Paradoxalement, l’Église reste une réalité simple : elle reste une action créative du Seigneur au milieu d’une réalité qui cherche constamment à le zapper ! Le Christ se révèle d’abord comme un scandalon, une pierre qui déstabilise tous nos systèmes fermés (1 Pierre 2.7).

Qui dit-on que je suis ? demande Jésus… Qui reconnaît ce qu’il est ? (Matthieu 16. 13-16). Deux réalités paradoxales émergent : ce que nous pouvons reconnaître du Christ et ce qu’il est vraiment. Nous sommes appelés à nous appuyer sur un fondement qui vient d’ailleurs que de notre réalité… C’est toute la difficulté de l’Église !

Simultanément, l’Église doit combattre ce qui empêche cette puissance de vie d’émerger au cœur de la réalité : Si l’Église et le monde sont un champ, nous devons enlever les pierres et les épines qui empêchent de pousser ce que le Seigneur sème en nous…

  • Une pierre ressemble à une graine, mais elle reste une pierre (réalisme)
  • Les épines ressemblent à une graine, mais elles ne portent pas de fruit (scepticisme)

Soyons plus précis encore… comme les apôtres l’ont été :

1 Pierre 2.1 « Débarrassez — vous donc de toute méchanceté et toute ruse, de l’hypocrisie, l’envie et toute médisance, et comme des enfants nouveau-nés désirez le lait pur de la parole. Ainsi, grâce à lui vous grandirez » [pour le salut]

  • La méchanceté consiste à casser ce que les autres font ou sont… La médisance, la ruse représentent le mode opératoire de la méchanceté. Jésus parlera même de meurtre symbolique…
  • L’envie représente ce désir de toute puissance… de tout soumettre à notre volonté.
  • L’hypocrisie consiste à accepter la fracture entre ce que l’on dit et ce que l’on vit mais aussi à dire autre chose que ce que l’on pense… Elle génère des personnalités non seulement bloquées, mais ambiguës !

Le flou de l’organisation de nos Églises prête le flanc à de nombreuses médiocrités : les structures et l’organisation ne sont pas là pour rendre l’Église complexe, mais pour limiter les effets pervers de la nature humaine…

La prise de conscience de notre situation humaine nous amène au pied de la croix… L’Église commence par une confession de notre péché, une réelle repentance et enfin une prise de conscience de la croix par laquelle nous pouvons être pardonnés, justifiés et même sanctifiés.

Si Jésus-Christ se manifeste comme sauveur par sa mort sur la croix — en nous pardonnant nos péchés — il se manifeste comme seigneur par sa résurrection qui en fait le premier homme ressuscité pour toujours !

Jésus-Christ est vivant pour toujours… Nous voulons, par notre fonctionnement, favoriser la manifestation de la présence du Christ au cœur de son Église : « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ».

3. Une Église qui agit comme elle se pense…

Il y a une complexité à combattre et un paradoxe à intégrer…

  • La complexité à combattre, c’est la contradiction entre ce que l’on enseigne et ce que l’on vit…
  • Le paradoxe à admettre, c’est la double nature de l’Église : d’origine humaine et divine… comme le Christ !

Nous devons pleinement assumer notre origine et notre perspective… combattre les portes de l’enfer que sont la méchanceté et la mort !

L’enjeu est spirituel : nous ne devons pas nier l’enfer, mais le combattre en plaçant la présence du Christ — mais aussi notre présence de disciples — au fondement de l’Église : la vocation !

Comment nous voyons-nous ?

Trois mauvaises manières d’envisager notre avenir :

a.    La nostalgie tue le rêve

L’Église qui prend conscience de son décalage, non seulement avec nos contemporains, mais aussi avec sa propre mission, a tendance à faire un retour sur ses pas… Mais le Christ ne nous invite pas à la nostalgie pharisienne, mais à la repentance et à la conversion qui ne se situe pas à la seule conversion (cf. le parcours de Pierre par exemple).

Ce n’est pas la loi, la théologie, la bonne manière de penser ou d’agir qui nous sauvent, mais uniquement la présence du Christ au cœur de son Église : réalité à la fois concrète et impossible à maîtriser. Comment faire ? C’est l’apôtre Jean qui nous répond avec une simplicité incroyable : « en obéissant à sa Parole » (1 Jean 1.10 ; 2.5-7), diantre !

Le Christ ne nous demande pas de penser comme avant, mais de nous laisser bouleverser par sa présence qui nous inspirera au fur et à mesure de notre chemin et qui nous bénira si nous vivons dans la foi en sa présence.

Nous avons besoin d’un nouveau projet apostolique aussi ambitieux que celui de Paul qui a répondu à des défis comme les viandes sacrifiées aux idoles, la circoncision, l’intégration des païens dans l’Église…

La Bible ne répond pas directement à nos défis : nous avons besoin de relever nos propres défis en observant comment les premiers apôtres ont fait pour relever les leurs !
Le Saint-Esprit nous aidera dans nos propres défis !

b.    Le découragement tue l’initiative

Nous passons parfois d’une conviction dépassée à un découragement total… Nous oublions que même les apôtres ont tâtonné malgré la présence de l’Esprit Saint. Paul a fait circoncire Tite avant de reconnaître que l’intégration des païens demandait plus de souplesse à l’Église. Il a repris Pierre publiquement (Galates) quand ce dernier n’était pas cohérent… ce qui n’a pas remis le statut de Pierre en question.

Si nous voulons construire une Église missionnaire, il nous faudra oser tenter de nouvelles pistes et réfléchir ensemble sur les moyens, la culture d’Église, la pédagogie utilisée…

Nous ne voulons pas regarder Willow Creek ou Rick Warren comme des modèles, mais comme des pistes apostoliques qui nous encouragent et nous (dé)montrent qu’il est possible de changer tout en restant fidèles au projet du Christ. Il y aura sur ce chemin des erreurs de parcours… Mais nous sommes appelés à changer pour redevenir missionnaires.

c.    Le déni de notre situation dérange la réforme

Le dernier boulet qui nous empêche d’avancer, c’est le déni… Savoir reconnaître que nos solutions – valables dans les années 70 – ne donnent plus rien dans un monde complètement sécularisé, ne consiste pas à scier la branche sur laquelle nous sommes assis…

L’Église ne s’appuie pas sur sa propre tradition. Faut-il insister en rappelant que nous sommes protestants ? Pourtant, nous sommes les témoins d’une crispation de nos instances ecclésiales et théologiques particulièrement dans le monde évangélique… qui n’a pas lieu d’être.

B. Comment (re)devenir missionnaire ?

Nous allons proposer — ici brièvement — les propositions des Églises qui se veulent missionnaires. Ces propositions n’ont rien de choquant sur le fond, mais représentent des changements assez radicaux sur le plan pratique.

Nous allons voir trois points dans ce chapitre :

  1. La caducité de nos modèles actuels
  2. Un nouveau fonctionnement
  3. Atteindre une culture qui n’est plus la nôtre

1. La caducité de nos modèles actuels

Nos Églises ont réduit la vision des ministères de l’Église à deux schémas trop limités…

a. Le modèle pastoral

Ce modèle a été longtemps le mien… J’en suis revenu. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une mission impossible ! Je m’explique.
Si vous demandez à une Église ses attentes concernant le pasteur, vous allez susciter des réponses à la fois justes et impossibles à assumer par une seule personne. Nous avons des types de pasteurs… complémentaires ou antagonistes ?

Le type apôtre

  1. Il structure l’Église selon l’Évangile
  2. Il veut une Église cohérente
  3. Il vise la maturité
  4. Il évite les conflits
  5. Il cherche la communion (Un)

Le type prophète

  1. Il est sensible à la présence de Dieu
  2. Il veut une Église fidèle
  3. Il vise la spiritualité
  4. Il remet en question
  5. Il cherche la sanctification (Sainte)

Le type évangéliste

  1. Il pousse l’Église à devenir missionnaire…
  2. Il veut une Église ouverte
  3. Il vise la croissance
  4. Il provoque des conflits
  5. Il recrute des missionnaires prêts à aller (Universelle)

L’Église a besoin de tous ces ministères… mais une seule personne ne peut pas tous les avoir ! Les apôtres ont connu ce défi d’élargir leur champ d’action en déléguant leurs tâches à sept ministères…

L’Église doit revoir sa vision des ministères pour que ces dynamiques soient complémentaires… La richesse des ministères tend vers un projet dynamique d’accueil et d’envoi qui représente la mission : Accueillir/Édifier/Envoyer

En synthétisant tous les ministères dans le ministère, l’Église finit par avoir les qualités et les défauts de son pasteur… qu’il reprend en partant de là !
Le conseil se retrouve dans la position de l’évaluation du pasteur. Ce dernier ne se sent pas soutenu par ce dernier. Comment le pasteur pourrait-il développer chez les autres des ministères paradoxaux aux siens ? Et si des ministères se développent sur le même registre, ne risquent-ils pas de lui faire concurrence ? L’Église — sans le vouloir — pousse le pasteur à l’isolement.

On en arrive aux conséquences dramatiques : on souhaite le départ du pasteur épuisé ; on est nostalgique du pasteur plein de charismes… dans ces deux cas, l’Église vit les changements de pasteurs comme des traumatismes.

b.    Le modèle frère

Ce modèle pense résoudre le problème du modèle pastoral… Il n’en est rien. Tout d’abord la définition des anciens reprend presque point par point celle du pasteur… rôles donc qui vont entrer assez rapidement en compétition. L’enseignant, le visiteur, l’organisateur… Chacun va piocher ses compétences dans son expérience professionnelle ou ses lectures personnelles.

Pire, cette définition réduit le rôle pastoral dans une optique de surveillant : un gardien de la morale chrétienne sur le plan collectif et personnel ; une vision claire sur la vie chrétienne, la vie de famille, la piété…

Les rôles apostolique et prophétique sont très difficiles à développer dans un tel contexte : le pasteur — s’il y en a un — reste le fonctionnaire qui fait fonctionner l’Église, mais n’a pas les moyens de créer une dynamique.

Que dire des diacres ? D’abord mon scepticisme sur une séparation entre les domaines spirituels et pratiques… Philippe et Étienne ont été nommés pour le service des tables et on les retrouve comme évangélistes…

Soit, ils seront soumis aux anciens et n’auront que peu de marge de manœuvre ; soit, ils auront un ministère… qui dépassera le seul cadre matériel pour toucher au domaine spirituel. Dans ce second cas, le modèle lui-même est remis en question.

Si je reconnais que mon analyse est caricaturale, elle n’en est pas moins vérifiable dans trop de cas : nos Églises ne sont pas efficaces non seulement parce qu’elles visent la stabilité et non l’efficacité missionnaire, mais aussi parce qu’elles sont structurées de manière pyramidale au point que même si on le voulait, il est difficile de changer !

2. Un nouveau fonctionnement

Le modèle missionnaire va chercher dans la pratique de l’Église primitive son inspiration. Plusieurs principes conduisent l’organisation de l’Église primitive non autour d’une organisation protectionniste, mais missionnaire.

a. Sa souplesse en fonction de sa mission
b. L’adaptation au fur et à mesure des besoins
c. Le travail d’équipe
d. La reconnaissance des ministères spécifiques : les cinq ministères cadrant tous les autres dons…
e. La centralité du projet sur le plan théologique ET pratique (les lettres de Paul en 2 parties)

Ces caractéristiques sont à la fois faciles à démontrer (je ne m’y arrête pas… d’autres l’ont fait) ET peu mises en pratique dans l’Église d’aujourd’hui.

On doit se poser la question du pourquoi ? La réponse à cette question est assez terrible : l’autorité du Christ Vivant fragilise, de fait, la structure humaine de l’Église. Le modèle pastoral (garant de la théologie) ou même le modèle d’entreprise (frère ou autres) ne parviennent pas à rejoindre l’efficacité du modèle néo-testamentaire. Il est difficile de faire reposer notre modèle sur une présence spirituelle… C’est pourtant ce qui nous est demandé !

Une Église qui croit que le projet du Christ peut convaincre à la fois les membres et les responsables et que seule sa présence permettra à l’Église d’avancer nous demande de revoir non seulement notre spiritualité collective, mais aussi notre organisation d’Église.

Il ne suffira pas de responsables compétents pour faire une Église missionnaire… Il faudra un peuple qui s’engage dans un corps qui est l’Église !

a. Former des équipes par ministères

Dans cette vision du ministère collégial, ni le ministère pastoral ni les anciens ne suffisent. Le rôle du conseil – quel que soit le nom qu’on lui donne – va être de mettre en place des équipes de ministère et de former les membres à un engagement dans la vie de l’Église (interne et externe).

C’est là que l’enseignement de Rick Warren nous inspire de nouvelles perspectives.

– Quand nous avons affaire à des personnes non converties, il nous faut leur enseigner les fondements de la foi et de la conversion : ce qu’il appelle le parcours 101.
– À de jeunes convertis, il faudra enseigner la piété : le parcours 201
– À des personnes qui ont une certaine maturité dans la foi chrétienne, il faudra enseigner le service : le parcours 301
– Les personnes engagées dans un service doivent entrer dans une perspective missionnaire (parcours 401)
– Les responsables de l’Église sont appelés à coordonner cet ensemble (parcours 501)

Si cette vision peut sembler hiérarchique, elle ne l’est pas : elle vise à faire de l’Église missionnaire un lieu où les gens trouvent non seulement des repères clairs, mais, plus important encore, une place ! Ce n’est pas le pasteur ou le conseil qui placent les uns et les autres… C’est la vocation personnelle qui fonde les ministères. Chacun – inspiré par l’Esprit Saint – va entendre l’appel, y répondre, s’engager et montrer des fruits qui vont susciter la reconnaissance du ministère par l’ensemble de l’Église en commençant par ses responsables.

Ce parcours évite la confusion, la cooptation, le nivellement démocratique… et reste simple à communiquer et à vivre.

b. Enrichir le rôle pastoral…

Dans cette perspective, le pasteur a un rôle de formation, de relation transversale avec tous les publics, d’encouragement et de formation adaptée !

Il n’est plus « celui qui fait tout», mais celui qui encourage chacun à faire bien quelque chose. Même l’organisation n’est pas posée par lui, mais par le conseil. Il est là pour y amener soit une dimension apostolique (vision missionnaire), soit prophétique (dépendre chacun du Seigneur), soit d’évangéliste (chacun appelé à témoigner à son niveau) et bien sûr de berger et d’enseignant. Il est donc important pour le conseil de s’évaluer et de se former pour vivre la complémentarité de ces dynamiques.

Le pasteur aura à cœur de travailler en équipe avec les membres du conseil afin d’avoir aussi des retours de personnes qui le voient travailler et sont autorisées à le former dans un climat dans lequel chacun est à la fois responsable et soumis aux autres responsables.

c. Renoncer à ce qui ne correspond pas à sa mission…

Si nous voulons mettre en place – en Église – un projet de cet ordre, il faudra développer des actions missionnaires du type Parcours Alpha, cultes ouverts…

Mais il faudra aussi renoncer à toutes ces activités qui remplissent nos agendas inutilement et ne travaillent pas à une mise en pratique de notre vocation chrétienne de témoignage.

Le développement des réunions de maisons – avec des responsables compétents – le témoignage et le rayonnement de l’Église nous demandent de ne pas remplir l’agenda des chrétiens des activités intra-muros, mais leur laisser du temps d’être présents ailleurs… au nom de l’Église !

Nos Églises n’ont plus le temps de l’essentiel parce que nous avons rempli nos vies personnelles et collectives d’activités qui remplissent nos agendas de rendez-vous inutiles.

Ça nous rassure, mais ce n’est pas efficace. Encore un raccourci vrai : on peut aller à l’étude biblique, à la réunion de prière et au culte toute sa vie sans avoir progressé concrètement dans sa vie chrétienne… et son témoignage !

3. Atteindre une culture qui n’est plus la nôtre

Si nous voulons atteindre notre culture, il faudra d’abord l’observer – comme Paul à Athènes (Actes 17). Nous pouvons observer plusieurs éléments de la culture agnostique.

a. La prise en compte du ressenti

Bien que la psychanalyse soit remise en question, elle a influencé durablement le positionnement de l’humain.

À la remise en question radicale de la vérité objective – puisqu’on peut défendre rationnellement une opinion et son contraire – répond forcément l’émergence du ressenti qui revendique son expression et sa vérité !

Cela dérange la modernité qui a fondé tout son système sur la raison… Cela ne devrait pas nous déranger tant nous croyons que la vérité dépend de la révélation de Jésus-Christ !

Sans Jésus-Christ, la vérité n’est ni subjective ni objective… Elle reste prétention humaine à remplacer Dieu par ses propres idoles…

b. Le refus du système

Tous les systèmes scientifiques, politiques, économiques… religieux, ont montré leurs limites. Il nous reste juste un grand scepticisme et la volonté que les individus ne soient pas victimes : l’humain compte plus que le système… Pour le meilleur et pour le pire ! Même l’institution du mariage en fait les frais !

c. L’importance de la convivialité

L’humain cherche à vivre sous la protection d’une nouvelle tribu : une communauté qui part d’en bas et non plus d’en haut…

Cette protection de cette tribu représente à la fois un repli et une ouverture… On revient de la virtualité pour des relations assez fusionnelles.
Le problème, c’est la fermeture de ces tribus, de ces clubs… un amour de la pensée unique et régressive. Il n’est pas toujours sûr que nos Églises échappent au mouvement !

d. L’accélération de la sécularisation

L’agressivité vis-à-vis des Églises fait désormais place à une ignorance totale de tout catéchisme chrétien !

Nous sommes dans un pays agnostique : plus du tout chrétien sur le plan culturel !

Quand nous voulons notamment imposer notre morale chrétienne au monde, nous sommes complètement décalés et incompris dans une culture qui refuse à l’Église toute direction de conscience.

e. La créativité plus investie que la science

Tout le monde veut être artiste : du karaoké à la peinture en passant par les activités sportives et artistiques, tout le monde veut exprimer son art.
Il en ressort une communication qui tient plus compte de la forme, du style que du fond. Qu’importe ce que dit un roman, c’est le style qui compte. Qu’importe le message pourvu que ce soit bien dit !

f. L’isolement des personnes

L’isolement des personnes est quasi général :

  1. Les jeunes et les vieux
  2. Les malades
  3. Les chômeurs et les pauvres
  4. Les moches
  5. Les étrangers…

Être intégré, c’est effacer toutes nos différences et entrer dans le fade !

g. Les réseaux sociaux

L’humain s’implique affectivement dans le virtuel tant la réalité concrète l’étouffe et l’empêche d’être soi…

Tous ces retournements visent davantage la modernité que le christianisme, mais il existe un christianisme lié à la modernité – rationaliste et bourgeois – comme il a existé un christianisme néo-platonicien et antique… que la Réforme a dénoncé !

L’Évangile est transculturel ! Nous devons en retrouver l’essentiel si nous voulons rester pertinents et inspirés.

Concrètement, nous sommes appelés à répondre et à investir cette culture-là : cesser de vouloir l’amener à adopter notre culture évangélique, mais la conduire à reconnaître Jésus comme Sauveur et Seigneur.

– Renoncer à nos discours moralistes et abstraits
– Favoriser la louange, la repentance et le témoignage qui illustrent trois types de relation directe avec le Christ Vivant.
– Faire des propositions pratiques pour manifester et intégrer la présence du Christ dans notre réalité !
– Étudier la Bible dans une perspective missionnaire (cf. l’excellent livre de Christopher Wright, La mission de Dieu, qui montre que l’ensemble du texte biblique est missionnaire…)
– Prier pour développer notre lien au Christ Vivant
– Développer notre communion de corps de Christ et permettre l’intégration de nouvelles personnes : avec les 3 aspects de la réflexion, la mise en pratique et la convivialité.

Conclure ?

Mon propos induit une sacrée remise en question des fonctionnements des pasteurs et des Églises… Je le reconnais. Mais avons-nous le choix ?

Juste un témoignage personnel pour finir : j’ai été un pasteur d’une Église stable pendant 15 ans… J’ai eu des bénédictions, mais aussi des frustrations : le sentiment que je mettais en place des énergies contradictoires d’accueil et de replis, de désir d’engagement et d’inadaptation de l’Église à prendre les gens là où ils en sont.

Aujourd’hui, même si ce chemin est difficile, je me suis engagé dans un autre ministère : je suis pasteur d’une Église missionnaire – pas évangéliste pour autant – et je vis désormais des bénédictions jamais connues avant…

– Le travail collectif
– Les progrès des chrétiens en formation
– L’intégration de nouvelles personnes et le développement
– La créativité des membres
– L’amélioration permanente du culte…

Je reconnais que cela prend du temps et provoque des crises de passer d’une Église stable à une Église missionnaire…

Cher collègue pasteur,

Je voudrais t’encourager à t’engager avec moi sur cette piste. Oui, pour le moment, nous sommes minoritaires à nous engager sur cette voie, mais bientôt seuls les pasteurs qui auront pris ce chemin tiendront le coup tant le ministère pastoral et le fonctionnement d’une Église stable deviennent mission impossible.

Il y a les décalages à assumer et ceux qui sont à combler… La Sainteté est devenue transmissible grâce à l’action de l’Esprit Saint. L’Église devra sortir d’un protectionnisme régressif – quasi pharisien – pour assumer pleinement son rôle de trans-mission et de rayonnement.

Il y a de nombreuses bénédictions qui t’attendent si tu t’engages dans la mission que le Christ confie à son Église…

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