Quelles sont les relations entre la psychologie et la foi ? Les médecines de l’âme sont-elles en opposition à la foi ou complémentaires ? Quels sont leurs rôles spécifiques ?

On peut grosso modo définir la psychologie comme la recherche des lois fondamentales qui régissent les fonctionnements psychiques. Elle essaie d’analyser le psychisme humain avec une certaine rigueur scientifique((Nous utilisons le singulier, mais il ne faudrait pas croire que la psychologie est une et indivisible : de nombreuses écoles, de nombreux courants s’opposent. Michel Richard présente avec beaucoup de pédagogie ces différents courants dans son livre, Les courants de la psychologie, Chroniques sociales, (2001, édition revue et augmentée). Il décrit ainsi la crise présente de la psychologie : « Cette crise n’empêche pas la recherche d’avancer dans quelques domaines abstraits, mais elle se repère par l’éclatement, la multiplicité des mouvements et des écoles, la volonté de chacun d’inventer de nouvelles pratiques, sans en rechercher nécessairement les fondements. Cette crise affecte aussi l’objet de la psychologie, si on le définit de manière générale comme étant le psychisme. Qu’y a-t-il de commun, en effet, dans la découverte du réflexe conditionné par Pavlov, la notion de pulsion chez Freud, ou le concept de développement structural de l’intelligence chez Piaget ? Cette diversité exprime en même temps la richesse et la complexité, et la complexité des phénomènes psychologiques ».)). Cela signifie que la psychologie concerne l’être intérieur de l’homme dans son « appareillage » psychique et dans ses modes de fonctionnement. En effet, de même qu’il existe un organisme corporel avec ses différents « appareillages », il y a aussi un organisme psychique avec son appareillage propre ; la psychologie s’intéresse aussi à tout ce qui altère ce fonctionnement. Cela signifie que, de même que notre corps (qui est un organisme) peut tomber malade, de même notre organisme psychique peut dysfonctionner. Les médecines de l’âme se préoccupent aussi de la manière de soigner le psychisme.

La foi, quant à elle, a plutôt affaire avec ce que la personne, dans sa liberté, fait de sa vie, avec l’appareil psychique dont elle dispose…

Le spirituel est préoccupé par les choix que l’individu opère, les orientations qu’il donne à sa vie. La foi concerne fondamentalement le rapport à Dieu, elle s’intéresse donc à certains aspects de la vie humaine que la psychologie ne prend pas en compte : le péché, le salut, la relation avec Dieu, les combats intérieurs du croyant (résistance à la tentation, etc.).

Distinctions et chevauchements

On peut donc distinguer le spi et le psy de cette manière. Mais il y a beaucoup d’interférences, beaucoup de chevauchements possibles entre les deux. Dans beaucoup de situations ou de problèmes, des facteurs à la fois psychiques et spirituels interviennent, sans qu’il soit toujours possible de distinguer.

Il n’y a pas nécessairement conflit entre les deux. L’homme est une créature ; même la partie la plus intime de lui-même – son âme/esprit/être intérieur – a été créée. Le Créateur a institué des structures et des lois qui régissent les différents domaines du créé. Les mouvements de notre psychisme obéissent aussi à des lois que les sciences psychologiques peuvent découvrir. Celles-ci peuvent aussi mettre à jour ses dysfonctionnements et proposer des voies pour les corriger ; la foi accueillera volontiers ces apports. Cependant, la foi refusera le réductionnisme psychologique, c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle l’homme ne serait que son appareillage psychologique. Elle dira qu’il y a plus : les décisions que prend l’homme, ses orientations, ses choix, sont fonction de ses convictions philosophiques, idéologiques, spirituelles, etc. et pas uniquement de son appareillage psychique.

Il n’est pas possible d’entrer dans des détails techniques sur les rapports entre la foi et la psychologie. J’aimerais simplement me concentrer sur la question des relations. La psychologie et la foi s’intéressent toutes les deux à cette question. L’homme est un être relationnel. La personnalité se forme (ou se déforme) au gré des relations. La personnalité est façonnée par les relations (familiales, sociales, etc.) dès la petite enfance. On sait le poids important dans la formation du psychisme humain de la relation aux parents (père, mère, fratrie, etc.). La psychanalyse accorde en conséquence une place importante aux traumatismes de la petite enfance, souvent dus aux relations difficiles et conflictuelles avec les parents, la fratrie, les amis…

La réconciliation est au cœur de la foi

Les médecines de l’âme proposeront différentes voies pour tenter de soigner les conséquences psychiques de relations difficiles. La foi, quant à elle, mettra l’accent sur le thème de la réconciliation.((Pour davantage de précision, voir Manfred Engeli, Makarios ou en route vers le bonheur, Dossier Vivre 28, Je Sème, Genève, 2007, p. 84ss.))

Se convertir, nous l’avons vu, c’est se laisser réconcilier avec Dieu. L’apôtre Paul écrivait : « Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c’est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Corinthiens 5.17). Être réconcilié avec Dieu, c’est finalement lui donner raison. C’est comprendre que Dieu n’est pas contre nous, mais qu’il est pour nous (Romains 8.31). Avoir foi en Dieu, c’est croire que Dieu nous aime et qu’il veut notre bien, même lorsque l’on ne comprend pas pourquoi il nous a fait passer par telle situation. Être réconcilié avec Dieu, c’est recevoir le pardon de nos péchés qui nous séparent de lui, mais c’est aussi renoncer à toute amertume, toute aigreur contre lui. C’est au contraire se reconnaître coupable devant lui (à cause de nos fautes) et lui remettre tous les griefs que nous avions contre lui.

Réconciliation avec Dieu et avec les autres 

Mais la réconciliation avec Dieu implique la réconciliation avec les autres. En effet, plus nous sommes conscients de notre besoin de la grâce, du pardon divin, plus nous sommes compatissants avec les autres. La foi nous donne les ressources pour nous libérer de nos rancunes et de nos blessures intérieures, lesquelles nous empêchent de vivre. La foi permet de vivre l’expérience thérapeutique du pardon : pardon reçu et aussi pardon accordé.

La réconciliation avec Dieu implique aussi la réconciliation avec soi-même. L’estime de soi est importante, car si on ne s’aime pas, si on ne s’accueille pas, on pourra difficilement aimer les autres (parents, conjoint, enfants, amis….). Celui qui ne s’aime pas a tendance à sans cesse ressasser les choses et à se voir de manière négative. La foi nous aide à changer notre relation négative à nous-mêmes. En effet, par la foi, on fait confiance à Dieu qui nous dit qu’il nous aime, que nous avons du prix à ses yeux. Jésus martèle qu’il est le bon berger qui ira chercher son unique brebis égarée. La foi nous apprend à nous regarder avec les yeux de Dieu : si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature (2 Corinthiens 5.17), un être nouveau (Éphésiens 4.24 ; Colossiens 3.10), un citoyen du Royaume de Dieu, un enfant de Dieu (Jean 1.12), etc. Avoir la foi, c’est donc porter un autre regard sur soi ; c’est retrouver l’estime de soi.

Réconciliation avec soi-même 

La réconciliation avec Dieu permet aussi la réconciliation avec la vie. Se réconcilier avec la vie, c’est lâcher prise. Ce n’est pas approuver les choses difficiles qui nous sont arrivées, mais c’est décider de quitter l’attitude de révolte, d’amertume contre les circonstances, contre le passé. C’est aussi refuser la logique de l’apitoiement et la posture victimaire. C’est donc ne plus utiliser ce qui a été difficile dans son passé pour en faire une excuse continuelle et justifier certains de ses comportements. C’est donc accepter d’assumer sa part de responsabilité par rapport à ce que l’on fait et à ce que l’on est.

Être réconcilié avec Dieu, c’est être réconcilié avec son passé. Si on est obnubilé par le passé, on ne peut pas vivre l’instant présent et profiter de la vie que Dieu nous donne. La foi nous permet de remettre le passé (ainsi que le présent et l’avenir) entre les mains du Dieu qui est Seigneur du passé, du présent et de l’avenir. La foi apporte la libération du passé. Certes, Corinne nous le rappelle dans son témoignage, certains souvenirs peuvent ressurgir, accompagnés de regrets et de culpabilité. Le diable, nous l’avons vu, agit aussi à ce niveau. Il ramène à la surface certaines choses qui, objectivement aux yeux de Dieu, sont enterrées définitivement. Il s’agit alors de mener ce combat de la foi, en s’appuyant sur les promesses de Dieu : nous avons l’assurance que « ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 8.38s).

Voilà donc ce qu’apporte la foi. La psychologie peut, bien sûr, aider ; il ne s’agit pas de contester l’aide précieuse qu’elle peut apporter. Mais on perçoit que la foi a aussi certaines ressources pour nous aider à faire face à nos blessures, à notre passé, à nos souffrances, voire à certains dysfonctionnements psychiques.

C’est tout l’intérêt du témoignage de Corinne. Dieu est vivant, il agit dans les vies. Il nous aime. Il nous transforme. Il nous guérit de notre passé et nous tourne vers l’avenir. 

Merci à Corinne de nous l’avoir rappelé.

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